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Vendredi 22 février 5 22 /02 /Fév 16:31
- Publié dans : Homélie
Par Père Jean-Pierre

Le Fils prodigue


1 Corinthiens VI, 12-20
Évangile selon saint Luc XV, 11-32.

Homélie prononcée par père Boris à la crypte le 23 février 2003.

Ce même jour fut baptisé avant la liturgie un petit enfant, Dimitri.

Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

L’Église nous prépare à entrer dans ce temps béni du Saint Carême et nous instruit par des paraboles. D’année en année, nous réentendons ces paraboles et nous les réapprenons. Pour nous, elles ont toujours un sens nouveau, nous les découvrons comme si c’était la première fois.

Dimanche dernier, nous avons entendu la parabole du Publicain et du Pharisien , aujourd’hui c’est la parabole du Fils Prodigue.

Il y a des analogies entre les deux paraboles et aussi des différences.

Une des analogies c’est l’orgueil, le sentiment de la justice, le contentement de soi du pharisien d’une part, et du fils aîné d’autre part, lui qui a toujours accompli la volonté de son père,. Tous deux ont le cœur dur. Le pharisien s’exalte au point de mépriser tous les autres hommes et, en particulier, le publicain qui se tient là en retrait. Quant au frère aîné, il n’a pas de compassion pour son frère dévoyé, il ne ressent pas la joie de le retrouver à la maison paternelle et refuse de participer au repas de fête.

Une autre analogie c’est l’humilité. Le publicain n’ose pas lever les yeux vers le ciel et ne peut que prononcer la prière « Mon Dieu, aie pitié de moi pécheur ». Cette parabole nous ramène ainsi aux origines de la prière du cœur « Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur ». Quant au fils prodigue, tenaillé par la faim, il revient, mais il ne se sent pas digne d’être accueilli autrement que comme un des serviteurs. Voilà pour les analogies.

Une différence est que le publicain est un homme pécheur, mais c’est un homme pécheur dans lequel l’Esprit Saint œuvre pour éveiller en lui un début de conscience et de repentance. Ceci nous rappelle que nous ne devons jamais, au grand jamais, désespérer de qui que ce soit. Dans notre vie, nous ne devons mépriser personne autour de nous, car nous ne savons pas ce qui se passe dans le cœur intime de chacun de ceux que nous estimons au plus bas, comme le publicain, les prostituées, les voleurs, les brigands… Tandis que celui-là est un pécheur, le fils prodigue était un enfant de la maison, il était fils – comme aujourd’hui Dimitri qui a été baptisé est fils, fils de Dieu, et nous sommes tous enfants de Dieu. Et là est précisément le problème, car un enfant, tout aimé qu’il soit, tout gâté qu’il soit par l’abondance de l’amour et la richesse matérielle de la famille peut s’en éloigner. Il peut se révolter et partir, comme le dit la parabole aujourd’hui « il s’en alla en une terre lointaine ». Cette terre lointaine est un symbole de l’état de péché qui est un éloignement infini de Dieu. Mais quel que soit cet éloignement, il n’est jamais un obstacle définitif pour la grâce de Dieu. L’Esprit Saint œuvre, Il œuvre non pas seulement en ceux qui sont loin depuis toujours, mais aussi en ceux qui se sont éloignés par l’usage de leur propre liberté ou par les choix du fond de leur cœur. Et c’est poussé par la faim que le fils prend le chemin du retour.

Ainsi celui-ci revient vers la maison paternelle, il est dignement accueilli, il reçoit une robe blanche, une robe de fête – comme aujourd’hui Dimitri a reçu une robe blanche –, le veau gras est immolé et il participe au festin – comme aujourd’hui Dimitri participera au banquet eucharistique.

Voilà donc pour les analogies et les différences. Mais à présent, nous pouvons nous interroger : « Ne fallait-il pas que le fils aîné montre de la compassion ? » ou bien encore « Ne fallait-il pas que, lui aussi, parte, non pas pour quitter la maison paternelle, mais pour se mettre à la recherche de son plus jeune frère ? ».

Or, le fils aîné n’a rien fait de tel. Par conséquent, en soulignant ce que le frère aîné a omis, cette parabole ne nous suggère-t-elle pas une autre réalité ? Celle d’un autre Fils aîné qui, Lui, s’en est allé au loin chercher celui qui était égaré et le ramener dans la maison du Père. Ainsi, par contraste et presque par contradiction, cette parabole nous suggère l’action du Christ qui a aimé Sa créature et qui n’a pas supporté de la voir s’en aller au loin dans la déchéance et dans la perdition. Cette lecture de la parabole nous est d’ailleurs confirmée par une parole du père qui m’a toujours frappé. Lorsque le fils aîné refuse d’entrer dans la maison, le père lui dit « Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui  est à moi est à toi. ». Nous retrouvons ces mêmes paroles dans l’évangile selon saint Jean lorsque le Seigneur Jésus, le Fils Unique, parle de son Père : « Tout ce qui est à mon Père est à Moi et tout ce qui est à Moi est au Père. »

Ces simples mots du père « Tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. » ne nous suggèrent-t-ils pas justement cet autre mystère qui est caché et que Jésus ne dévoilait pas encore, parce que le temps n’était pas encore venu d’en révéler la plénitude ? Il fallait en effet que Jésus s’en aille en terre lointaine, qu’Il soit bafoué par l’humanité, qu’Il soit mis en croix et que, ensuite, s’élevant vers le Père, soit élucidé le sens de cette parole « Et Moi, quand J’aurai été élevé de la terre, J’attirerai tous les hommes à Moi » . C’est ainsi que le Seigneur attire la brebis perdue, l’enfant dévoyé. C’est toute l’humanité, dans sa totalité, dans son ensemble qui est cet enfant perdu. C’est toute l’humanité, dans l’unité du genre humain qui est ce fils égaré, parti au loin, et que Jésus part rechercher, qu’Il retrouve et qu’Il ramène à la maison du Père. Quelle vision extraordinaire de salut et d’amour de Dieu nous révèle cette parabole !

Et je ne peux conclure sans vous rappeler ce moment qui ne cesse de me bouleverser : Après s’être levé pour aller vers son père, le fils prit le chemin du retour. Alors qu’il était encore loin, son père qui guettait son retour, le vit. C’est ému de compassion que le père courut se jeter à son cou et le baisa. Le père n’attendit pas fièrement, orgueilleusement, que le fils vienne se prosterner, il n’attendit pas comme un dû que son fils dise toutes ses phrases de repentance pour le recevoir comme un simple serviteur, mais au contraire il courut lui-même à sa rencontre. Et nous pouvons dire aussi que le Père céleste court à notre rencontre, Il est impatient de la conversion et du retour de chacun de nous. Cette impatience est une impatience d’amour parce que le cœur du Père, comme le cœur du Fils, est un cœur de feu, c’est un cœur d’amour qui brûle d’amour pour nous tous et pour chacun de nous sans exception.

Je pense que c’est tout cela que veut dire cette parabole. Puissions-nous nous en inspirer ! Puissions-nous être véritablement le fils prodigue qui, de tout son être, retourne vers la maison du Père. Soyons accueillis dans les bras éternels !

Amen.

Père Boris


Évangile selon saint Luc XVIII, 10-14.

Cf. évangile selon saint Jean XVI, 15 et XVII, 10.

Cf. évangile selon saint Jean XII, 32.

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