Pentecostaire

Publié le par Père Jean-Pierre

Dimanche 22 avril 2007 : 3ème dimanche après Pâques

Dimanche des Myrophores et du Juste Joseph d'Arimathie

Ton 2 ; Matines : 3è Evangile

Epître : Ac 6, 1-7 ; Evangile :Mc 15, 43 - 16, 8

Les porteuses de myrrhe allaient à ton sépulcre, Sauveur. Elles s 'interrogeaient en elles-mêmes et se disaient entre elles : Qui nous roulera la pierre du tombeau ? Mais elles virent que la pierre avait été roulée.
Eblouies par la forme et le vêtement de l'Ange, elles eurent peur et voulaient fuir. Mais il leur dit: Ne craignez pas : Celui que vous cherchez est ressuscité. Venez, voyez où était le corps de Jésus. Et allez annoncer aux disciples : Le Sauveur est ressuscité du sépulcre.
Les femmes en leur sagesse divine * Te suivaient avec la myrrhe * Mais Toi que dans leurs larmes elles cherchaient comme un mortel * dans la joie elles T'adorèrent en Dieu vivant * et annoncèrent à tes disciples, Christ * la bonne nouvelle de la Pâque mystique.

Textes liturgiques orthodoxes

Texte à méditer
L'entreprise des femmes ne parait pas - humainement parlant pouvoir réussir. Et cependant elles se sont mises en route. Sans savoir comment, elles entreront dans le sépulcre, elles marchent vers lui. De même, sans savoir comment sera ôté l'obstacle qui peut-être nous empêche d'avoir accès au Sauveur, ayons confiance. Faisons un premier mouvement. Levons-nous. Mettons-nous en route. Marchons vers Jésus que la lourde pierre sépare de nous. Que la foi et l'espérance nous guident.
Les femmes ne vont pas au sépulcre les mains vides. «Elles achetèrent des aromates pour aller oindre son corps». Apportons, nous aussi, quelque chose au sépulcre. Même si nous sommes souillés par les plus grands péchés, apportons au sépulcre un commencement de bonne volonté, notre peu d'amour, un acte charitable envers d'autres, notre faible prière. Sans doute ce ne sont pas nos pauvres dons qui obtiendront que la pierre soit ôtée, car notre accès à Jésus ressuscité et à la puissance de sa Résurrection demeure le présent magnifique et entièrement gratuit de la miséricorde divine. Mais le fait que nous ne nous acheminons pas vers le sépulcre avec des mains tout à fait vides montrera que notre cour non plus n'est pas vide. Où sont les «aromates» avec lesquelles nous voulons «oindre» Jésus ?
Et voici que le miracle s'est produit. «Elles virent que la pierre avait été roulée». Les femmes n'auraient pas pu enlever cet obstacle. Mais Dieu lui-même y a pourvu. L'Evangile que nous lisons ce dimanche ne précise pas comment la pierre de l'entrée du sépulcre fut roulée. Un autre Evangile est plus explicite : «Et voilà qu'il se fit un grand tremblement de terre : l'Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre... » Ce verset est riche de sens. Quand l'ange du Seigneur vient ôter la pierre du sépulcre, il ne la roule pas doucement. Ce n'est pas une opération qui puisse s'accomplir sans effort, sans une commotion violente et profonde. Il y faut un tremblement de terre. De même, l'enlèvement de l'obstacle qui nous sépare de Jésus ne doit pas être conçu par nous comme un ajustement partiel. Il ne s'agit pas d ôter ou de déplacer quelques pierrailles, de modifier quelques détails en laissant l'ensemble aussi inchangé que possible. Là encore, un tremblement de terre doit intervenir. C'est-à-dire que le changement doit être total, atteignant tous les aspects de notre être. La conversion est un «tremblement de terre» spirituel.

Un moine de l'Eglise d'Orient
L'An de grâce du Seigneur

Kondakion, t. 2

Ordonnant aux Myrophores de se réjouir, * tu as fait cesser les pleurs d'Eve la première aïeule par ta Résurrection, * O Christ notre Dieu aux Apôtres tu donnas l'ordre de proclamer: * Le Sauveur est sorti du tombeau!

Ikos

Venues près de ton sépulcre, Sauveur. * les Myrophores hésitaient, l'une à l'autre se disant : * Qui donc nous roulera la pierre du tombeau ? * Mais regardant, elles virent que la pierre était roulée, * effrayées par l'aspect de l'Ange resplendissant, * elles furent saisies de peur et pensèrent s'enfuir, * mais le jeune homme leur cria : Ne craignez point ! * Il est ressuscité, celui que vous cherchez ! * venez, voyez le lieu où reposait le corps de Jésus, * courez chez les Disciples, annoncez-leur * Le Sauveur est sorti du tombeau !

HOMELIE
LES SAINTES FEMMES MYROPHORES

(Marc 15,43-16,8)

Nous autres, orthodoxes, nous devrions «baptiser» la fête des mères en la célébrant chaque année le deuxième dimanche après Pâques. En effet, ce jour-là, la sainte Eglise fait mémoire des saintes femmes «myrophores», c'est-à-dire porteuses d'aromates. Jésus était mort un vendredi dans l'après-midi. Le repos sabbatique allait commencer à la tombée de la nuit, quand apparaîtrait la première étoile. Pour ne point enfreindre ce repos, les disciples et les saintes femmes durent s'empresser d'obtenir l'autorisation de descendre de la croix le corps de Jésus et de le déposer provisoirement, à la hâte, dans un sépulcre appartenant à un certain Joseph d'Arimathie, un homme riche qui avait ses entrées chez Pilate. Le repos sabbatique s'achevait le samedi au coucher du soleil. Dès ce moment, Marie de Magdala et la mère de Jacques ainsi que Salomé entrent en scène en allant dans les boutiques «acheter des parfums pour venir pratiquer sur (Jésus) les onctions, d'huile parfumée» (Mc 16,1). Dans la précipitation du vendredi soir on avait dû parer au plus pressé. Maintenant les femmes veulent compléter les rites de la sépulture (Cf. Jn 1 9,40 ). Déjà, en Marc 14,8 on avait vu à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, une femme verser sur la tête de Jésus «un parfum de nard authentique, d'un grand prix». Et Jésus avait remarqué : « Elle a oint mon corps d'avance pour la sépulture». Ne pouvant empêcher la mort du Sauveur, en des circonstances tragiques et qui interdisaient un deuil régulier, la femme a du moins fait ce qui était en son pouvoir. Elle a oint d'avance Jésus, elle l'a parfumé en vue de sa sépulture.
Dans la tragédie grecque antique, nous voyons l'Antigone de Sophocle désobéir, au péril de sa vie, à l'édit de Créon et donner une sépulture a son frère Polynice. Toute femme est mère : mère de son frère, mère de son époux et pas seulement mère de ses enfants. Mère, c'est-à-dire tendresse, douceur, compassion. Un monde sans femmes ne tarde pas à hypertrophier hideusement et monstrueusement la virilité, la dureté, la force et, très vite, la violence. L'univers SS des belles brutes blondes a pu comporter des «Aufseherinnen» (surveillantes portant l'uniforme SS), mais c'étaient des femmes déféminisées, des femmes virilisées, des «bourreaux femelles» qui tenaient en laisse des bergers allemands et les lâchaient sur les prisonnières de Ravensbrück.
Quoiqu'on en dise, le sexe féminin n'est pas le «sexe faible» : dans les usines, à Ravensbrück, à la campagne, la femme a pu témoigner (et elle continue à témoigner) qu'elle savait être vaillante et solide, parfois plus encore que l'homme. Mais cette solidité et cette vaillance peuvent et doivent s'allier à ce qu'on pourrait appeler une «maternité spirituelle» : encourager du regard, redonner l'espérance, pacifier par la douceur, réchauffer par la tendresse, réconforter par le sourire et la bonté. Dans le grand froid et la lourde tristesse traversée de frénésie qui s'appesantissent sur notre civilisation de technique et de drogue, les femmes chrétiennes ont un rôle essentiel à jouer : en rayonnant leur féminité ; en refusant confondre leur égalité en dignité par rapport aux hommes avec le fait de s'identifier à eux et de les singer, ce qui serait encore une façon (la pire) d'être leurs esclaves ! Il n'est pas sûr que ce soit en devenant prêtres (puis, un jour, évêques !), comme les mâles, que les femmes seront leurs égales en dignité chrétienne. Dans le Corps du Christ, aucun membre (I'oeil, la main, etc... Cf. 1 Col2,12-30) n'est inférieur ou supérieur : il doit être lui-même, irremplaçable, incomparable, irréductible dans la mesure même où il est ce qu'il doit être : lui-même. Dans l'Eglise, le charisme féminin est hors de prix : seule la femme peut apporter à l'humanité, pécheresse et déchue mais conviée aux épousailles divines, une maternité spirituelle, une douceur, une tendresse, une bonté, une compassion sans lesquelles cette humanité se déshumanise en prisant la brutalité et la dureté, la cruauté froide et systématique. L'homme (nous voulons dire : non point l'être humain, homo, mais le mâle, vir) ne saurait éviter de régresser vers l'infra-nature s'il laisse s'atrophier en lui la modalité féminine de son être. Sans une certaine féminité, l'homme est fermé au mystère. Sans la femme, la volonté virile, d'expansive et conquérante qu'elle est spontanément, devient dureté et violence, domination et possession.
Les femmes myrophores que nous voyons venir maternellement entourer de leur délicatesse et de leur amour le corps du Seigneur dont elles ignorent encore qu'il est ressuscité, sont les «mères spirituelles» de toutes les femmes chrétiennes qui, dans l'Eglise, patiemment pétrissent de douceur le cour de pierre des hommes pour en faire des cœurs de chair.

Père André Borrély

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