Père Boris

Publié le par Père Jean-Pierre

Jean 1, 1-17

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Mes chers amis, le contraste est trop fort entre ce que nous avons vécu et

ce que nous vivons. Durant ces derniers jours, nous avons connu le serrement de

coeur, pendant les évènements de la semaine sainte et de la Passion du Sauveur

où nous accompagnons notre maître et Seigneur dans sa montée à Jérusalem et

dans sa passion, où nous avons été témoins, et peut-être plus que témoins, des

soufflets, des crachats et de toutes Ses souffrances. Nous ne pouvons pas être

neutres dans l'Eglise : "Celui qui n'est pas avec moi est contre moi". C'est

pourquoi ces évènements nous concernent et nous aussi nous avons eu le coeur

broyé, car nous étions, car nous sommes participants du Sauveur dans Sa

crucifixion, dans Sa mort et dans Sa descente aux enfers. Car la descente du

Seigneur aux enfers, c'est la descente dans tous nos enfers. L'enfer n'est pas une

réalité extérieure à nous, l'enfer, nous le goûtons tous les jours, et chaque fois

que nous nous détournons du Sauveur, même pour un instant, l'odeur

nauséabonde de l'enfer est là. Je dis bien, nous ne pouvons pas être neutres, et

lorsque par la grâce de Dieu nous pleurons sur nos péchés et nous nous

convertissons, nous nous retournons vers le Sauveur et nous sommes

véritablement participants, comme le dit Saint Paul, participants à sa mort et à sa

résurrection.

Le passage de la mort à la résurrection est une véritable Pâque. C'est un

saut, c'est un bond du néant à la plénitude, de la mort à la vie, des ténèbres les

plus totales à une lumière indicible et aveuglante, de la haine à l'amour. C'est

une véritable résurrection dont nous avons l'expérience dans notre vie

quotidienne. Car, depuis que Jésus est ressuscité, depuis cette fameuse nuit et

cette matinée où le tombeau a été trouvé vide, depuis lors donc, la puissance de

la résurrection a jailli et couvert le monde. Le monde ne le sait pas, le monde

rejette cette puissance, pourtant elle est là. Elle est là, et pour ceux qui ont cru,

pour ceux qui croient en Jésus, nous pouvons dire avec Saint Jean que "nous

sommes ceux qui ne sont pas nés de la chair et du sang et de la volonté humaine,

mais qui sommes nés de Dieu". Tous, dans la Résurrection, nous devenons nés

de Dieu, engendrés de Dieu, engendrés par la puissance de l'Esprit Saint. Et

l'Esprit Saint fait ainsi que nous devenons un seul corps, un seul être, une seule

vie avec le Seigneur ressuscité. "Quand je serai élevé de terre, j'attirerai tous les

hommes à moi (Jn 12,32)". Elevés de terre sur la croix, élevé de terre dans la

Résurrection et l'Ascension, désormais les bras de Jésus demeurent pour

toujours étendus, portant les stigmates et les marques des clous, mais aussi

portant des traces de lumière et de vie par lesquelles Il nous attire, Il nous

embrasse, Il nous élève et Il nous entraîne derrière lui dans ce mouvement

extraordinaire, ce mouvement irrésistible de résurrection et d'ascension.

Nous sommes dans ce mouvement incessant de montée vers le Père. "Il y

a beaucoup de demeures dans la maison du Père et je vais vous préparer une

place". Nous avons entendu ces paroles pendant les derniers jours de la semaine

sainte. Jésus devait partir et nous ne savions pas alors où Il allait. Notre coeur

était serré, mais nous savons maintenant que là où Il est, "vous serez aussi avec

moi car je vais vous préparer une place". Nous sommes dans ce petit troupeau

qu'est l'Eglise, dans ce petit troupeau noyé, on peut le dire, perdu dans

l'immensité d'un monde hostile ou en tous cas ignorant, nous sommes déjà ce

noyau de résurrection, le lieu où la loi même de la vie agit, là où la puissance de

la Résurrection est en marche, non seulement pour nous, non seulement pour

notre propre salut, non seulement pour l'Eglise, mais pour la vie du monde

entier. Jésus l'a dit : "Je suis venu non pour être servi, mais pour servir et pour

donner ma vie pour la vie du monde".

Rappelons-nous, mes amis, que si nous sommes ici aujourd'hui dans ce

lieu clos, chaud, béni, nous sommes ici aussi pour témoigner de la Résurrection

et pour la communiquer au monde. Le monde en a besoin : le monde l'attend,

l'attend inconsciemment peut-être en errant à droite et à gauche, dans la

souffrance et dans les ténèbres. Le monde a besoin de cette lumière, de cette vie

que le Christ est venu apporter. Soyons donc, comme le chante l'Eglise

aujourd'hui, dans la joie et dans l'allégresse, mais que cette joie et cette

allégresse ne soient pas seulement pour nous, qu'elles soient aussi pour tous les

hommes de bonne volonté, pour tous ceux qui cherchent, pour tous ceux qui ont

soif et faim de Dieu. Amen.

Le Christ est ressuscité !

En vérité, Il est ressuscité !

Père Boris Bobrinskoy

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Publié dans Homélie

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