Homélie de Père René, la Crypte, 1995
Homélie de Père René, la Crypte, 1995
Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit !
A la Pentecôte l’Esprit Saint descend sur les Apôtres et constitue l’Eglise. Depuis la Pentecôte l’Esprit Saint repose sur l’Eglise qui est le Corps du Christ. Nous tous qui, baptisés en ce même Esprit, participons à cet unique Corps, nous participons à ce titre à la sainteté de l’Eglise. C’est pourquoi saint Paul dénomme sans crainte les chrétiens comme les saints de l’Eglise. Pourtant il nous reste à répondre personnellement à cette vocation à la sainteté, qui nous est totalement offerte, mais à laquelle nous devons tous nous efforcer.
C’est ce à quoi nous venons d’assister en ce double baptême ce matin. « Il est normal qu’on vous appelle des chrétiens, dit saint Cyrille de Jérusalem parlant aux nouveaux baptisés, parce que vous avez reçu la marque du Saint-Esprit ». Mais la chrismation ne fait pas que nous assimiler en figure au Christ. Elle est aussi pour nous conférer les dons de l’Esprit Saint, pour susciter en nous l’éveil des sens spirituels et nous conduire à la perfection de notre vie. L’Esprit Saint est répandu sur nous pour opérer en nous une profonde transformation. L’œuvre de l’Esprit n’est pas achevée avec la chrismation. Elle se poursuit tout au long de nos jours, avec le concours de notre volonté. « Emplissez-vous de l’Esprit Saint, dit saint Paul, afin de faire de vos vies une action de grâce pour le Seigneur ». « L’Esprit n’agit que pour le bien et le salut, (...) il vient sauver, guérir, enseigner, conseiller, fortifier, éclairer l’intelligence... » affirme saint Cyrille de Jérusalem.
Le même enseignement revient chez saint Séraphim de Sarov : « Le but de la vie chrétienne est l’acquisition du Saint-Esprit ». Toutes ces instructions remontent aux paroles de Jésus lui-même : « L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit (...) Il vous introduira dans la vérité tout entière (...) C’est de mon bien qu’il recevra et il vous le dévoilera... ».
Le propre de l’Esprit est bien de garder vivantes en nous les Paroles du Christ, vivantes, c’est-à-dire intelligibles à nos âmes et porteuses de fruit dans nos cœurs. Or que rappelle l’Eglise dans l’Evangile de ce jour, sinon cet avertissement de Jésus : « Qui ne prend pas sa croix et ne vient pas à ma suite n’est pas digne de moi ». Qu’est-ce à dire ? Sinon que sans la mort, sans le pourrissement du grain en terre et sans la Résurrection pascale qui s’en suit, nous ne pourrons jamais atteindre la sainteté. Notre condition est de nous anéantir, à l’exemple de ce que fit le Seigneur, lui qui a abandonné sa Gloire pour se faire homme jusqu’à entrer dans notre mort. Si donc nous voulons participer à sa Résurrection, à sa Gloire et par là même à la sainteté qu’Il nous a acquise, il convient que nous mourrions d’abord à nous-mêmes. La condition première de la sainteté réside ainsi dans l’abaissement, dans l’humilité, dans l’esprit de service et dans le renoncement à toute volonté propre.
Cette marche vers la sainteté s’inscrit dans l’obéissance aux commandements, même au prix de nos sentiments d’affection, s’il le faut. C’est une exigence difficile, toujours dérangeante, parfois déchirante. Mais de même que Jésus a obéi en tout à la volonté de son Père, de même devons-nous obéir à la sienne, si nous ne voulons pas qu’Il nous renie devant son Père quand Il reviendra dans sa Gloire.
Tout ce qui est vrai de la vie de Jésus, lui le Saint par excellence, est vrai pour nous. L’abandon entre les mains du Père, la marche vers la croix, les souffrances de la Passion sont aussi notre voie. Comme Jésus a confessé la soumission à son Père, confessons-Lui pareillement la nôtre, ce qui ne peut être que dans une mort assumée, une mort quotidienne, une mort en toutes choses.
La mort au nom de Jésus, les premiers chrétiens l’ont vécue au sens propre. La sainteté, ils l’ont acquise par le martyre, par le baptême non pas d’eau, mais de sang. Aujourd’hui un tel sacrifice est rarement demandé, encore que toujours possible, comme l’actualité, hélas, le prouve encore. Mais la sainteté pour nous est habituellement de ne vouloir rien par nous-mêmes ni pour nous-mêmes, mais tout pour le Seigneur et par le Seigneur, dans l’Esprit du Seigneur. Elle est pour que nous devenions ce qu’Il veut que nous soyons : « Soyez saints comme votre Père des Cieux est saint ».
Ainsi, à côté de la sainteté que nous recevons en Eglise par le baptême et la Sainte Eucharistie, il y a celle que chacun doit acquérir pour lui-même. C’est un effort qu’il est impossible de refuser, sous peine d’apostasier notre appartenance à l’Eglise. L’Eglise n’est-elle pas glorifiée en ses saints, dont certains brillent déjà comme des astres, comme des joyaux de la couronne du Roi de Gloire ? Chacun de nous est appelé à construire en lui-même cette beauté du Royaume, dès lors que nous sommes appelés à œuvrer pour l’édification du Corps du Christ sur terre.
Il ne faut pas douter de la puissance de l’Esprit. La grâce de Dieu peut élever notre nature au-dessus d’elle-même, et même, dit Jésus, nous faire accomplir des œuvres plus grandes que Lui n’a faites. Dieu agit sans cesse à travers ses saints. Le saint prophète David ne suppliait-il pas déjà : « Ö Dieu, crée en moi un cœur pur, renouvelle dans mes entrailles un esprit de droiture ». Sous l’impulsion de l’Esprit, la ressemblance en nous peut s’élever jusqu’à la similitude.
Il n’y a pas de vocation spéciale à la sainteté. Il n’y a que des vocations particulières, celle de chaque baptisé. Il n’y a pas plusieurs catégories de chrétiens, clercs ou laïcs, moines, prêtres ou simples fidèles. Tous nous avons été chrismés ; tous nous avons à répondre de notre baptême. Tous nous constituons le même peuple de Dieu, une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, appelés à sanctifier le Nom du Seigneur par la foi et les œuvres. N’attendons pas de nous entendre dire au jour de la Régénération : « Tu as l’air vivant, mais tu es mort ». Comme saint Paul nous y invite, cherchons dès aujourd’hui la plénitude de l’Esprit en « ravivant en nous le don de Dieu, afin qu’Il nous trouve dignes de l’appel qu’Il nous a adressé ».
Amen