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Publié le par Père Jean-Pierre

«Subsistit in» | Accueil

dim. 15 juil. 2007

Recension : Wladimir Guéttée "De la papauté"

Guettee Wladimir Guéttée, De la papauté, L’Âge d’Homme, Lausanne, 1990, 327 pages.
Le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le cardinal William Levada, et Mgr Angelo Amato, S.D.B., secrétaire, ont publié le mardi 10 juillet un document, daté du 29 juin, jour de la fête des apôtres Pierre et Paul, intitulé : « Réponses à des questions concernant certains aspects de la Doctrine sur l’Église ». Le document précise que « au cours d’une audience accordée au soussigné Cardinal Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI a ratifié et confirmé ces Réponses adoptées par la session ordinaire de cette Congrégation, et en a ordonné la publication » Ce document affirme tout d’abord que « le Concile Vatican II n’a pas voulu changer et n’a de fait pas changé la doctrine antérieure sur l’Église, mais a bien plutôt entendu la développer, la formuler de manière plus adéquate et en approfondir l’intelligence ». Le document procède alors à l’exégèse d’un passage du concile selon lequel « l’unique Église du Christ [...] subsiste dans (subsistit in) l’Église catholique gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques en communion avec lui », et explique, en visant notamment l’Église orthodoxe, que « selon la doctrine catholique, s’il est correct d’affirmer que l’Église du Christ est présente et agissante dans les Églises et les Communautés ecclésiales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l’Église catholique, grâce aux éléments de sanctification et de vérité qu’on y trouve, le verbe “subsister” ne peut être exclusivement attribué qu’à la seule Église catholique, étant donné qu’il se réfère à la note d’unité professée dans les symboles de la foi (“Je crois en l’Église, une”) ; et cette Église une “subsiste” dans l’Église catholique.

Le document, qui utilise à propos de l’Église orthodoxe l’expression « Église séparée », explique que celle-ci est « victime de déficiences », mais qu’elle n’est cependant pas « dépourvue de signification et de valeur dans le mystère du salut » dans la mesure où « l’Esprit du Christ ne refuse pas de se servir d’elle comme de moyen de salut » ; néanmoins, la force de ce « moyen de salut »  « dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Église catholique ». À la question : « Pourquoi le Concile Œcuménique Vatican II attribue-t-il le nom d’“Église” aux Églises orientales séparées de la pleine communion avec l’Église catholique », le Document répond que « le Concile a voulu assumer l’usage traditionnel de ce nom ». Il cite un texte du concile selon lequel « parce que ces Églises, bien que séparées, ont de vrais sacrements, surtout en vertu de la succession apostolique : le Sacerdoce et l’Eucharistie, qui les unissent intimement à nous », elles « méritent le titre d’ “Églises particulières et locales” », mais ajoute que « la célébration de l’Eucharistie du Seigneur en chaque Église particulière » exprime seulement le fait que « l’Église de Dieu s’édifie et grandit ». Et il ajoute que « étant donné que la communion avec l’Église catholique, dont le Chef visible est l’Évêque de Rome et Successeur de Pierre, n’est pas un complément extérieur à l’Église particulière, mais un de ses principes constitutifs internes, la condition d’Église particulière dont jouissent ces vénérables Communautés chrétiennes souffre d’une déficience ».
Ce document fait suite  à la note de la Congrégation pour la doctrine de la foi en date du 30 juin 2000 et signée du cardinal Ratzinger qui refusait aux Église orthodoxes l’appellation « Églises sœurs », et à la modification introduite dans l’Annuaire pontifical le 1er mars 2006, exprimant que le pape avait renoncé au titre de « patriarche de l’Occident » pour conserver celui de « Souverain Pontife de l’Église universelle » et de « Vicaire de Jésus-Christ ».
Cette démarche méthodique du Vatican sous l’égide du cardinal Ratzinger devenu le pape Benoît XVI, qui s’accompagne de la réhabilitation des traditionnalistes (lesquels considèrent l’Église orthodoxe comme purement et simplement schismatique) et du rite ancien de la messe (plus éloigné de la Liturgie orthodoxe que le rite actuel, en raison notamment de l’absence d’épiclèse) constitue une gigantesque régression de l’Église catholique aux positions qui étaient les siennes à la fin du XIXe siècle, et une négation de tout le travail œcuménique entrepris depuis les années vingt du siècle dernier. Les orthodoxes qui n’en étaient pas encore convaincus s’aperçoivent que non seulement l’œcuménisme officiel n’a pas donné lieu à la moindre concession de la part l’Église de Rome sur les plans dogmatique et ecclésiologique (l’Église de Rome utilisant l’œcuménisme dans le cadre d’une stratégie visant seulement à obtenir, par un travail de longue haleine sur les mentalités, le ralliement des « Églises séparées » et leur retour dans le giron de « l’unique Église » qu’elle prétend être), mais encore que son seul effet tangible désormais est d’avoir introduit dans l’Église orthodoxe de nombreuses divisions (dont la plus importante est le schisme des Paléocalendaristes, maintenant étendu à toutes les Églises) et d’incessantes tensions internes qui ont été et restent pour elle extrêmement préjudiciables.
Dans ce contexte de régression de l’Église catholique à ses positions de la fin du XIXe siècle, les critiques approfondies qui lui ont été adressées à cette époque par le Père Vladimir Guéttée (un savant prêtre catholique converti à l’Orthodoxie) retrouvent toute leur actualité. Deux de ses ouvrages fondamentaux La papauté hérétique et La papauté schismatique, où il analyse toutes les innovations et déviations progressives de l’Église catholique romaine par rapport à la foi des origines dans le domaine du dogme et de l’ecclésiologie, ont été récemment rééditées par le monastère de Lavardac mais sont actuellement épuisés et en attente d’une réimpression. La volumineuse anthologie de ces deux ouvrages et de d’autres opuscules du même auteur, publiée aux éditions L’Âge d’Homme sous le titre De la papauté, est quant à elle toujours disponible.

Jean-Claude Larchet

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