P.Lev Gillet , méditations , suite....

Publié le par Père Jean-Pierre

 Père Lev Gillet

Père Lev Gillet « Un Moine de l'Église d'Orient »

Retraites avec le père Lev Gillet

Le Buisson Ardent (couverture)

Le Buisson Ardent
Couverture de l'édition américaine :
The Burning Bush


LA PIÉTÉ COSMIQUE
PRÉSENCE DU CHRIST
LE BUISSON ARDENT – LA GRANDE VISION
LE SEIGNEUR EST MON BERGER


LA PIÉTÉ COSMIQUE

Au commencement était le Verbe… Toutes choses ont été faites par lui, et rein de ce qui a été fait n’a été fait sans lui (Jean 1, 1-3).

Le Christ, dès le moment de la création était, il demeure, le lieu universel entre toutes les créatures et tous les phénomènes, non seulement les phénomènes humains, mais les phénomènes cosmiques. On disait hier justement dans nos réunions qu’il s’agissait d’élargir, d’approfondir notre piété jusqu’à ce que l’appel, les dimensions cosmiques du Christ dépassent ce qu’on pourrait appeler notre piété finie, nos dévotions personnelles. Ne les supprimons pas mais élargissons-les aux dimensions du Christ. Que notre piété embrasse la création entière !

Dieu, que l’essence divine, est un Amour sans limites, un Amour qui s’exprime non seulement dans les hommes, mais dans le monde total, dans le monde des animaux, des plantes, des fleurs, des minéraux, les étoiles, les galaxies… Je crois qu’il y a là un aspect que nous oublions bien vite et que nous oublions de manière d’autant plus étrange que les orthodoxes parlent très souvent, précisément, de leur piété cosmique ; ils parlent de l’univers, de la terre – mais quelle est la place de cette piété cosmique dans leur vie personnelle, dans leur spiritualité personnelle ?

Si nous voulons comprendre quelle pourrait être une telle piété, je vous engage à lire attentivement le psaume 103 (104), en particulier les trente premiers versets de ce psaume. Voyez d’ailleurs, comment en général les livres de l’Ancien Testament nous font participer à tout l’acte créateur. Dans ce psaume 103, c’est le monde entier des animaux, depuis les poissons jusqu’au quadrupèdes, jusqu’au loup, qui entre en jeu. Ils nous sont représentés comme étant l’objet d’une sollicitude divine. Nous retrouvons d’ailleurs ceci dans l’Évangile ; il n’arrive rien à un oiseau, à un pinson, qui ne soit permis par Dieu (cf. Mt 6,26 ; Lc 12,24). La bonté de Dieu s’étend à chacune de ses créatures.

Eh bien, est-ce qu’il n’est jamais arrivé à tous ces orthodoxes qui parlent si volontiers de leur piété envers la terre et de leur conscience cosmique, est-ce qu’il ne leur est jamais arrivé, par exemple, de prendre dans leur main une pierre, de prendre dans leur main une fleur, et d’être capable, pendant une heure, d’en faire un objet de méditation et d’union avec Dieu ? De quelle manière ? Il y aurait d’abord un procédé très simple que connaissent bien tous ceux qui pratiquent la prière de Jésus. On peut essayer de prononcer le nom de Jésus non seulement sur les hommes, mais aussi sur les animaux, les chiens familiers, sur les animaux sauvages, les tigres et les lions, et aussi prononcer le nom de Jésus sur les pierres, sur les fleurs, sur les fruits, sur la neige, sur la pluie, sur le soleil, sur la lune. Nous trouvons tout cela dans l’Ancien Testament, et surtout dans ce psaume 103, et rappelez-vous aussi le cantique des trois enfants dans la fournaise appelant le vent, la pluie à bénir le Seigneur (cf. Dn 3,51-90).

Je vous disais que nous pourrions prendre un pierre, une fleur dans notre main, et que pourrions-nous faire avec cela, eh bien tout d’abord on peut mettre dans cette fleur, dans cette pierre, la présence divine… Dieu partout, non seulement la présence divine, mais la présence, l’action divine qui maintient la créature dans son être. Il n’y a pas une fleur, il n’y a pas une feuille qui ne soir l’objet d’une attention, d’une sollicitude divine. Il faudrait, si nous prenons dans notre main cette feuille ou cette fleur, adorer cette intention divine que nous ne connaissons pas ou que nous connaissions d’une manière si imparfaite. Il nous faudrait, s’il y a de la beauté (et en réalité il y a de la beauté dans chaque créature, même celle qui nous paraîtrait à première vue la plus hideuse), il faudrait que nous prenions la fleur dans notre main, il faudrait être capable de remercier, de nous perdre dans un sentiment de reconnaissance envers Dieu pour cette beauté, pour le reflet de Dieu lui-même dans cette fleur. Remercier Dieu est remplir un ministère d’interprète au nom de cette nature muette. Cette nature qui ne peut pas parler ; mais nous pouvons parler pour elle.

Qui pourra dire cette aspiration des choses inanimées vers Dieu, une aspiration qui ne trouvera son accomplissement qu’à la fin des temps ? Nous pouvons dès maintenant en discuter. Nous pouvons reconnaître dans chaque chose inanimée une phase, un épisode du mouvement d’évolution qui emporte vers Dieu tout ce qui est, qui emporte tout ce qui est vers le Christ, conclusion de l’évolution.

Il y a là peut-être aussi un danger. C’est d’avoir une conscience si vive, une conscience enthousiaste et enivrée en quelque sorte, des potentialités de la matière et du mouvement de toutes choses vers Dieu que nous risquerions d’oublier une autre chose aussi importante : la patience de Dieu envers l’homme dans la nature humaine, sa patience envers l’homme, sa condescendance, sa bonté. Il ne s’agit pas seulement d’admirer ce splendide essor de l’univers entier vers le point oméga, comme l’écrit Pierre Teilhard de Chardin, mais de saisir tout ce que cette descente, cette condescendance de Dieu implique d’amour pour nous. C’est l’Amour sans limites qui agit dans toute l’évolution physique, chimique, biologique, dans ce monde de molécules, dans ce monde d’énergie dont nous sommes devenus maintenant les maîtres. Car nous devons être reconnaissants à Dieu, admirer ce don qui nous a été fait, un don qui date de ces premières années du XXe siècle. Dieu nous a, en ce XXe siècle, dotés d’une maîtrise inouïe sur la matière, sur les éléments constitutifs de la matière ; nous participons à l’acte de la création divine plus qu’aucune autre génération avant nous n’a été capable de le faire.

Il s’agit donc pour nous d’être des interprètes et de nous rappeler ce que dit Saint Paul dans son Epître aux Romains au chapitre 8 : La création elle aussi attend la révélation du fils de Dieu avec l’espérance qu’elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Or nous savons que jusqu’à ce jour la création soupire, dans les douleurs de l’enfantement (cf. Rm 8,19-22). Comme ceci est magnifique et pathétique, n’est-ce pas ? Nous voyons le monde entier qui voudrait revivre à l’état de spontanéité et d’amour où il était avant le péché originel, le monde maintenant accablé, ce monde souffrant, ce monde qui soupire, ce monde qui ne peut pas s’exprimer et que nous sommes chargés d’exprimer, nous qui pouvons parler au nom des animaux, au nom des plantes, au nom des minéraux, au nom des étoiles, au nom du soleil, au nom des galaxies.
Est-ce que nous aimons les étoiles ? Voilà une partie importante de notre piété personnelle ! Avez-vous jamais eu un sentiment personnel d’amour pour une étoile en vous disant que cette étoile a été voulue spécialement par Dieu ? Je ne sais pas quelle est l’intention de Dieu sur cette étoile, mais je sais qu’il y avait une intention de Dieu et je m’unis à cette intention quelle qu’elle ait été. Et quand nous pensons, quand nous savons que notre univers, très probablement, est un univers en expansion, qu’il y a de nouveaux systèmes (galaxies) en création, nous ne savons pas à quoi tout cela correspond exactement, mais nous pouvons, nous devons aussi entrer dans l’intention divine que nous ne connaissons pas et nous unir avec sympathie à ces astres, à ces galaxies...

Extrait des réflexions du père Lev Gillet
 à la VIIe Assemblée générale de Syndesmos,
 Rättvik, Suède, 20-26 juillet 1968.


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