Dimanche de toussaints
Homélie donnée le 14 juin 1998
en l'église St Irénée à Marseille (France) par P. Denis Guillaume
Frères et sœurs, en ce dimanche après la Pentecôte. nous célébrons la mémoire de tous les Saints. Ce n'est pas un hasard, mais l'aboutissement logique de tout le Pentecostaire. Le Pentecostaire, du grec (pentècostè)qui veut dire cinquantième, c'est le livre contenant les offices des cinquante jours qui vont de Pâques à la Pentecôte. Sept semaines de sept jours, cela fait quarante neuf, et la Pentecôte, c'est le cinquantième jour. Mais un jour ne suffit pas pour méditer le mystère de la Pentecôte, descente de l'Esprit et révélation de la Trinité : on lui a donc ajouté une semaine. Et le Pentecostaire s'achève par le dimanche de Tous les Saints.
Notre "Toussaint" à la différence de la Toussaint occidentale, est une fête mobile, qui dépend de la date de Pâques. Elle achève le cycle de huit semaines qui nous ont fait revivre le mystère de notre rédemption par la mort et la résurrection du Christ, de notre illumination par la foi et le baptême, de notre sanctification par la descente de l'Esprit divin.
Dans l'Eglise occidentale, la Toussaint est une fête fixe célébrée le premier novembre. C'est le jour anniversaire de la dédicace d'une église de Rome, Sainte-Marie-des-Martyrs, qui était d'abord un temple païen, celui de tous les dieux, en grec "Pan-théon". Peu à peu, lorsqu'aux martyrs des premiers siècles vinrent s'ajouter les ascètes et les autres saints, la fête commémorative est devenue la "Toussaint".
Puis l'on fixa au 2 novembre la commémoration de tous les défunts, ce qui a eu pour effet de jeter un voile sur la fête de la Toussaint et même de condamner au cimetière les pauvres chrysanthèmes, dont le nom grec veut dire "fleurs d'or" et qui en Grèce, continuent à être des fleurs joyeuses !
Nous aussi, nous avons eu, la semaine dernière, notre commémoration des défunts : c'était le samedi avant Pentecôte, et leur souvenir n'était pas absent des longue prières de la Goniklissia, l'office de la Génuflexion célébrée le soir de la Pentecôte. Mais avouez qu'on passe plus facilement de la tristesse à la joie, du souvenir des défunts au triomphe de la sainteté.
De la même façon, nous avons eu, au début du Triode de Carême, un Samedi des Défunts à la veille du dimanche de Carnaval et, la semaine suivante, le samedi des saints ascètes. Et, dans les Menées ou livres mensuels, il y a d'autres fêtes de saints groupés, telles que la Synaxe des Douze Apôtres, le 30 juin, la Synaxe des soixante-dix Apôtres, le 4 janvier, les Synaxes des Pères conciliaires, qui sont au nombre de trois au cours de l'année liturgique, et enfin, le 8 novembre, le Svnaxe des archanges Michel et Gabriel et de toutes les autres Puissances incorporelles. c'est-à-dire les Anges, qui se comptent par myriades.
Or, chaque jour, à Vêpres, à Matines, ait cours des Petites Heures et, de la Liturgie, on commémore un ou plusieurs saints, pas plus de deux ou trois, en général, à moins qu'il ne s'agisse d'un groupe de saints, martyrisés le même jour. Dans le Synaxaire ou Martyrologe on en commémore davantage, jusqu'à un, vingtaine par jour. Si vous multipliez vingt par 365 jours. cela ne fait jamais que 7 300 noms.
Or les Saints doivent se compter par myriades, eux aussi : dans l'épître de ce jour, Paul nous a parlé d'une immense foule de martyrs, littéralement une "grande nuée de témoins". Pensez aux nuées du ciel : la Voie lactée et les autres galaxies, les Nuages de Magellan, etc. Les astronomes v dénombrent des étoiles par milliards. Eh bien, entre 7 300 noms et les myriades, cela fait un grand. nombre de saints anonymes, connus de Dieu seul, dont l'histoire n'est pas arrivée jusqu'à nous, et qu'il était juste de commémorer en ce jour.
Mais au-delà de ce devoir de piété de l'Eglise envers tous les Saints, connus ou inconnus, il v a, comme je le disais en commençant, la logique de notre commune sanctification, vue comme l'aboutissement, l'achèvement de l'histoire du salut commencée par la Croix et la Résurrection. Après la fête de Pâques, nous avons célébré les témoins de la Résurrection du Christ : Thomas, dont le doute a rendu plus sûre notre foi, et les Myrophores qui, ayant participé à l'ensevelissement, ont pu, de façon d'autant plus véridique, annoncer le Christ ressuscité. ensuite nous avons médité pendant trois dimanches sur les miracles du Paralytique, de la Samaritaine, et de l'Aveugle-né, considérés comme des catéchèses baptismales. Enfin, les trois derniers dimanches du Pentecostaire ont tiré les fruits de l'Ascension et de la Pentecôte : notre nature assise, en Jésus, à, la droite du Père, et la descente de l'Esprit qui, en nous sanctifiant, permet aux imitateurs du Christ de monter à leur tour, par la sainteté, dans la gloire du ciel. A cela nous sommes tous appelés, pour remplacer auprès de Dieu les anges déchus, qui sont "légions", pour remplacer, quand ce monde finira, les myriades d'étoiles qui le chantent au firmament. A lui la gloire dans les siècles.
in "Orthodoxes à Marseille" N°70 (mai-août 1999)