Pentecote , Homélie
HOMELIE
LA VENUE DE L'ESPRIT LE DIMANCHE DE PENTECOTE
(Jean 7,37-52)
Au moment de les quitter définitivement, Jésus dit aux disciples : «Je vais envoyer sur vous la Promesse de mon Père » (Lc24,49). Car Jésus n'est mort que pour ressusciter et il n'est ressuscité que pour nous envoyer l'Esprit Saint. Par le Saint-Esprit du Père qui repose pleinement sur Lui, Il reconstitue et restaure notre humanité, il nous unit à sa nature divine.
«Mieux vaut pour vous que moi je m'en aille car si je ne m'en vais pas le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l'enverrai» (Jn 16,7). L'Unique Nécessaire affirme paradoxalement la nécessité en laquelle se trouvent les disciples (et nous-même par conséquent) de vivre en son absence. Nous devons vivre par le Christ, nous devons vivre dans le Christ mais aussi, d'une certaine manière, nous devons vivre sans le Christ : sans sa présence visible et sensible.
C'est que le Fils ne s'est pas fait homme seulement pour nous délivrer le plus sublime enseignement moral et religieux, ni pour nous éblouir par ses prestigieux miracles. On ne peut même pas dire qu'il se soit fait homme pour seulement nous donner le témoignage (combien salutaire et précieux cependant !) de sa résurrection. L'Un de la Trinité est devenu l'un des hommes essentiellement pour nous communiquer le Fond même de Dieu, la vivante Racine de Dieu. Et quel est donc ce Fond, quelle est donc cette Racine ? C'est l'Esprit Saint, lequel, nous dit saint Paul, « scrute tout, jusqu'aux profondeurs de Dieu » (1 Co 2, 1 0).
En effet, le Fils est l'Intimité la plus profonde du Père dont il est la Parole et l'Unique-Engendré. Et l'Esprit Saint est l'Intimité même du Fils sur lequel Il repose depuis toujours en plénitude. Ainsi en nous faisant accéder à l'expérience de la Réalité la plus intime du Fils, en nous le faisant connaître non point d'une manière seulement intellectuelle et extérieure, relative et abstraite, conceptuelle et donc nécessairement superficielle, mais par le dedans, par la vie et l'amour, par une connaissance inséparable de l'amour, l'Esprit Saint nous introduit dans l'intimité très secrète du Père céleste afin que nous devenions nous-mêmes ses fils.
Et c'est pour cela qu'à l'Ascension le Ressuscité s'en est allé. Il s'est effacé devant l'Esprit afin que l'Esprit nous fasse pénétrer existentiellement par la divinisation jusqu'en l'intimité du Père. Le Fils est notre Sauveur, le Saint-Esprit, Lui, est notre Salut. Notre salut ce n'est pas la «grâce», ce n'est pas quelque chose, mais Quelqu'un. L'événement de la Pentecôte nous dit le contenu spécifique du salut chrétien, à savoir le Don inexigible et inouï aux hommes de la Vie incréée et de la Puissance divine et divinisante du Fils devenu l'un des hommes. Or, ce Don c'est la divinisation de l'homme par la présence personnelle de l'Esprit Saint. L'Annonciation et la nuit de Bethléem signifièrent la divinisation de l'humanité en la personne de Jésus de Nazareth. L'événement de la Pentecôte signifie la divinisation, par et dans le Saint-Esprit, offerte à tout homme qui confesse la filiation divine de L'Enfant de Bethléem devenu le Ressuscité. A Noël, la nature humaine fut assumée, épousée, renouvelée, divinisée par le Fils Unique-Engendré. Mais elle le fut alors, par Jésus, d'une manière personnelle et limitée à un seul homme. A la Pentecôte, l'humanité tout entière devient le Corps du Christ, reçoit le Ressuscité pour participer effectivement à sa Vie divine.
Etre chrétien, c'est essentiellement recevoir la révélation du Mystère du Père, c'est confesser que le Ressuscité est la Révélation même de Dieu, sa Parole consubstantielle et coéternelle. Ce n'est que par l'entremise du Fils, du Témoin par excellence, que nous pouvons apprendre que Dieu est notre propre Père. Mais nous ne pouvons confesser la filiation divine du Ressuscité et, partant, nous ne pouvons savoir que Dieu est notre Père, et encore moins pouvons-nous devenir ses fils, si nous ne recevons l'Esprit qui procède du père et repose sur le Fils. Mais si nous accueillons l'Esprit Saint en nous, alors l'Acte générateur éternel du Père sur son Fils se prolonge sur nous. Le chrétien est fondamentalement un oint, un «messie», un «christ», c'est-à-dire un homme qui a reçu l'Esprit-Saint du Père si peu qu'il confesse la divinité du Fils. La Pentecôte signifie que nous sommes engendrés, à la suite du Fils, à la Vie même, incréée et proprement divine du Père.
Le Saint-Esprit met en mouvement la fine pointe de notre âme, féconde la racine même de notre être personnel, donne à notre «pneuma» la force de manifester la Puissance même du Christ. Vivre, pour un chrétien, c'est participer à l'Esprit Saint, c'est «acquérir le Saint-Esprit» (saint Séraphin de Sarov), c'est exister dans une attention de tous les instants à l'événement de Pentecôte.
Père André Borrély