précareme

Publié le par Père Jean-Pierre

Dimanche 4 février 2007

Dimanche du Fils Prodigue

Ton 1 ; Matines : 1er Evangile

Epître : 1Co 6, 12-20 ; Evangile : Lc 15, 11-32

MEDITATION
L'Eglise nous ouvre les portes du repentir par la voie de l'humilité. Avec le Fils prodigue elle nous définit le sens véritable de la métanoïa, qui dépasse et englobe à la fois la notion courante du repentir comme moyen conscient de l'existence personnelle. Le saint sera donc ce pénitent, pécheur toujours plus conscient d'être le premier des pécheurs et, de ce fait, ouvert à la grâce. Tant il est vrai, comme l'affirme Saint Isaac le Syrien, que la "seule porte de la grâce" est le repentir.
Le Fils prodigue s'est imaginé pouvoir exister et agir en dehors de son Père, poussé par quelque désir aussi trompeur que secret, de curiosité, d'aventures et de vanité. En cela il ne diffère pas beaucoup de nous et de notre époque: ce que son Père lui offrait ne lui suffisait plus; il lui fallait se libérer aussi d'une tutelle qui l'empêchait de devenir maître de son destin, voire même de le commander. Il va donc s'en aller loin, très loin, vers ces lieux nouveaux d'un monde nouveau. Pour mieux les dominer!
Et ainsi de s'égarer! Son âme perd la simplicité du discernement Le cœur qui se durcit se laissera peu à peu gagner par toutes les incertitudes. A force de tout désirer avec exagération, le voici plongé dans le tragique de toutes les
insignifiances. "Tout m'est permis, écrit St Paul, mais j'entends, moi, ne me laisser dominer par rien." Le fils indigne ne le comprendra que beaucoup plus tard, après avoir porté dans sa chair et dans son esprit les terribles stigmates du mirage de "sa vie libre". A ses cris douloureux, qui ne sont pas encore "douloureuse affliction", répondront la faim, la misère, la déchéance totale.
Alors il va rentrer en lui-même: chaque nœud de son bâton qui le conduit au Père est une larme de repentance. Le retour au Père! A la crainte qui le saisit encore succèdent la foi et l'espérance: le cœur durci fond enfin; oui, la seule vraie voie conduit au Père.
Car le Père est Amour. Le frère aîné ce troisième personnage; de la parabole, se montre jaloux. Il s'irrite du pardon généreusement donné. Il refuse, malgré les instances de son Père, de prendre part aux réjouissances.
Comme si la miséricorde divine faisait tort à la justice. Comme si l'Amour distingue le premier du dernier selon nos convenances propres et nos appréciations. Tout ce qui était au Père, n'était-il pas toujours au fils aîné ?
Mais dans la maison du Père brûle aussi un amour sans limites, une brûlante affection pour le pécheur. Le fils aîné, dans sa colère, ne comprit pas qu'au pécheur repentant Dieu accorde la plus grande grâce qu'il puisse recevoir, un maximum de grâce.

Kondakion (t.3)

Quittant follement ta gloire paternelle, j'ai dissipé dans le mal la richesse que tu m'avais donnée. Et je te dis les paroles du fils prodigue : j'ai péché contre Toi, Père compatissant. Reçois-moi qui me repens et fais de moi l'un de tes serviteurs.

Texte à méditer

Eveille-toi, lève-toi d'entre les morts et sur toi luira le Christ. (Ephés 5, 14) ET TU TOUCHERAS LE CHRIST !

HOMELIE par le P. André Borrely

Dimanche dernier, la Sainte Eglise nous prévenait que le Grand Carême qui approche, devrait être pour nous un temps de repentir, de conversion, à l'exemple du publicain, et non une occasion d'imiter le pharisien en faisant du jeûne et de l'ascèse des "œuvres" qui nous vaudraient des mérites et nous donneraient des droits sur Dieu.,
Aujourd'hui, elle poursuit le même enseignement en nous mettant en garde contre le danger d'imiter, durant le Carême, le fils aîné de la parabole. C'est un peu à tort qu'on appelle cette parabole "la parabole de l'Enfant prodigue". Il serait plus exact de l'appeler soit "la parabole de l'amour du Père" soit "la parabole des trois fils" : le fils prodigue, le fils aîné et Jésus qui est le vrai Fils aîné.
Le fils prodigue dit: "Père, j'ai péché contre le Ciel et contre toi". "Contre le Ciel" signifie "contre Dieu". Le père de la parabole n'est donc pas Dieu, mais un père terrestre. Il est cependant évident que son amour paternel est une image de l'amour divin. Quand donc le père dit à l'aîné : "Tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi", cette affirmation de l'unité de l'être, d'où s'ensuit une parfaite communication de tout l'avoir familial, convient aussi bien à la vie divine de la Sainte Trinité. C'est exactement ce que dit Saint Jean : "Au commencement le Verbe était face à Dieu"... "Croyez-Moi : Je suis dans le Père et le Père est en Moi"..."Tout ce qui est à Moi, Père, est à Toi, et tout ce qui est à Toi est à Moi". Il y a identité littérale entre cette parabole et ce qui se passe dans les profondeurs de la vie trinitaire telles que nous les révèle le quatrième Evangile.
Le fils aîné de la parabole apostrophe son père et le couvre de reproches parce qu'il crève de jalousie. Il refuse d'appeler "frère" celui qui vient de rentrer. Jésus, lui, est le vrai fils aîné. Il est parti à la recherche des fils prodigues que nous sommes, pour nous restituer l'esprit familial et l'héritage perdu. Cette parabole nous dit que le Dessein éternel de Dieu sur l'humanité se réalise à travers, voire au moyen des péchés des hommes, qu'ils soient infidèles comme l'enfant prodigue ou mal fidèles comme le fils aîné. Elle nous décrit la bonté paternelle, c'est-à-dire, en fin de compte, la bonté divine. Le père de famille traite celui qui revient à la maison, non comme un journalier, mais comme un hôte de marque. La robe de fête est en Orient la marque d'une haute distinction. Il n'existait alors aucune "décoration" et lorsqu'un roi voulait honorer un de ses dignitaires particulièrement méritant, il lui offrait un vêtement luxueux. C'est pourquoi le fait de revêtir un vêtement neuf est un symbole du temps du salut. L'enfant prodigue est traité en invité d'honneur. L'anneau qu'on lui remet est une bague-cachet ; la remettre à quelqu'un, c'était lui donner les pleins pouvoirs. Quant aux souliers, c'était un luxe et seuls les hommes libres en portaient : le fils ne doit pas plus longtemps courir pieds nus comme un esclave. On mange le veau gras: il est rare à cette époque de manger de la viande. C'est ici un signe de joie et de fête pour la maison et les domestiques, et un symbole de l'accueil solennel du fils qui revient s'asseoir à la table familiale. Ces marques d'honneur sont la manifestation visible du pardon : le fils prodigue retrouve sa situation de fils et tout le monde doit le savoir. Comme ce père qui organise un festin, Dieu, bon, indulgent, miséricordieux, débordant d'amour, est plein de joie, lorsque celui qui était perdu, rentre au bercail.
Mais Jésus a raconté la parabole à des hommes qui ressemblent au fils aîné. Gare à nous qui nous apprêtons à jeûner, si nous demeurons sans joie, froids, insensibles, ingrats et infatués de nous-mêmes ! Malheur à notre Carême s'il ne sert qu'à alimenter notre égoïsme et la trop bonne opinion que nous avons de nous-mêmes ! L'intérêt du Carême, sa raison d'être, c'est que les morts ressuscitent, que ceux qui étaient perdus reviennent à la maison du Père. Si elle est satisfaite d'elle-même, notre "justice" nous sépare de Dieu. Le Carême ne doit donc pas être un temps d'autosatisfaction.
L'erreur primordiale du cadet fut de n'avoir pas pris conscience du privilège qui était le sien, d'être de naissance de la famille de son père. Son tort a été de n'en vouloir que l'avoir. Il exige non seulement d'avoir le droit de propriété, mais aussi le droit de disposer des biens. Il veut donc être indemnisé et pouvoir s'organiser une vie indépendante. Il transforme "tout son bien" en argent et émigre. Il doit s'occuper d'animaux impurs (les cochons) et il est ainsi perpétuellement obligé de renier sa religion (sans doute aussi doit-on garder les porcs le jour du sabbat !). Son père a accepté le partage demandé et le départ de son fils. Par là il révèle de quelle sorte est son amour : non seulement de don total ("tout ce qu'il avait acquis"), mais laissant liberté entière aux fils de choisir à leur gré le type de rapports qu'ils entendent garder avec leur père : soit d'un père tirelire, soit d'une "vie avec". Mais la "vie avec" ne doit pas être celle du fils aîné.
Au moment de Pénétrer dans le temps du Carême, nous devons nous dire que celui-ci ne doit pas faire de nous seulement des "justes". Car il y a quelque chose au-dessus de la justice, c'est la bonté d'un cœur s'ouvrant, tout grand et librement. Sans la bonté, la justice devient froide. L'homme ankylosé dans la justice a le sentiment qu'en se convertissant le pécheur sort de l'ordre établi. Qu'est-ce-que cela signifie que ce vaurien, après avoir tout gaspillé, devienne maintenant vertueux et se tire ainsi d'affaire ?
Ceci dit, il reste que l'expression «Tout m'est permis" ne signifie pas qu'il faille se dispenser de Carême et d'ascèse. Ce "tout M'est permis" par lequel commence l'épître d'aujourd'hui, est probablement un adage de Paul qu'avaient adopté, Pour en fausser le sens, les pagano-chrétiens de Corinthe, partisans de la liberté absolue. L'ascèse est indispensable au corps dans la mesure où celui-ci est "Je temple du Saint-Esprit". Je n'ai pas un corps comme on possède un vêtement ou une montre. Je suis mon corps. Mon corps, c'est moi, c'est le phénomène de contact de ma personne créée à la réplique de Dieu et selon sa ressemblance. A l'ère du Minitel rose et de la grande bouffe, des films porno, d'un Internet où les sites vulgaires pullullent et d'une humanité divisée en deux : ceux qui meurent de malnutrition et ceux qui meurent (du cancer, des maladies cardio-vasculaires) pour avoir trop mangé durant trop longtemps, il est salutaire de rappeler la nécessité du jeûne et de l'ascèse : pour que je parvienne à "ne me laisser dominer par rien". Le tout est que nous jeûnions avec la mentalité du publicain et non avec celle du pharisien, que nous pratiquions l'ascèse dans l'esprit de repentir du fils cadet et non dans le sentiment de justice ankylosée du fils aîné. Alors nous deviendrons les fils du Père par l'entremise de l'Unique Fils aîné.

 
 

 
 

 

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Publié dans Théologie

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