Le roi Abdallah s’engage dans le dialogue entre religions

Publié le par Père Jean-Pierre

Le roi Abdallah s’engage dans le dialogue entre religions


Souverain d’une monarchie arabe des plus conservatrices, le roi Abdallah d’Arabie saoudite est pourtant à l’origine d’une importante conférence internationale sur le dialogue interreligieux, à Madrid

C
ertains qualifient la poignée de main d’historique : avant­hier, lors d’une conférence interreligieuse à Madrid, le roi Abdallah d’Arabie saoudite a serré la main d’un rabbin, David Rosen, seul invité venu d’Israël. Le geste a, depuis, été diffusé en boucle sur les télévisions du monde arabe. Il marque un souci de rupture de la part d’un souverain qui se veut le garant de la tradition islamique et qui porte le titre de « Serviteur des deux Saintes Mosquées » de La Mecque et de Médine.
Quelques instants auparavant, le
roi avait inauguré la conférence, organisé sous ses auspices, en ap­pelant à un « dialogue constructif pour ouvrir un nouveau chapitre de réconciliation après tant de querelles ». Un discours prononcé en présence du roi Juan Carlos, du secrétaire général du Congrès juif mondial, Michael Schneider, et du cardinal Jean-Louis Tauran, pré­sident du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. «Nous tous croyons en un Dieu unique (…) ; nous nous réunissons aujourd’hui pour dire que les religions doivent être un moyen d’aplanir les différen­ces et non mener à des querelles »,
a-t-il poursuivi. La conférence, qui a réuni 200 personnes, s’achèvera aujourd’hui.
Après sa visite historique en novembre dernier au Vatican où il s’était entretenu avec le pape Benoît XVI, notamment à propos du sort des 1 500 000 chrétiens – en majorité philippins – travaillant dans le royaume, c’est un nou­veau pas franchi par le souverain
de l’une des monarchies arabes les plus conservatrices pour décrisper les relations entre chrétiens, mu­sulmans et juifs. Cette évolution est d’autant plus importante que l’Arabie saoudite est le berceau du wahhabisme, la branche la plus rigoriste de l’islam sunnite. Con­sidérant que la révélation du Coran à Mohammed, prophète de l’islam, rend la péninsule Arabique sacrée, les autorités n’autorisent dans le pays la présence d’aucun signe religieux autre que ceux propres à l’islam. Les chrétiens, notamment, ne peuvent pratiquer publiquement leur religion. Par ailleurs, Riyad n’a pas de relations diplomatiques avec Israël.
En juin, le roi Abdallah, qui est âgé de 84 ans, avait invité à La Mecque une centaine de délégués apparte­nant aux deux grandes branches de l’islam, le sunnisme et le chiisme, pour trouver un accord sur une charte de dialogue avec les chré­tiens et les juifs, dans la perspective de cette conférence interreligieuse de Madrid. Il avait alors dénoncé l’extrémisme, qui menace
« la ma­gnanimité, l’honnêteté et les nobles causes » de la religion. Il avait invité les participants à montrer au monde que «nous sommes une voix de justice, de valeurs et d’hu­manité, que nous sommes une voix de coexistence et de dialogue juste et rationnel». Il avait présidé la conférence de La Mecque, avec à ses côtés une haute personnalité chiite, l’ancien président iranien Ali Akbar Hashemi Rafsandjani, dans le but d’effacer les rivalités entre sunnites et chiites.
AGNÈS ROTIVEL

« Les religions doivent être un moyen d’aplanir les différences et non mener à des querelles. »

 
 
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