Sur le blog de Claude,Moine Vsevolod:L'île de l'Amour Divin/ Patéricon de Jordanville (I)

1. Le chemin du monastère au cimetière
Un des frères de notre monastères, un vieux juif qui avait enduré des souffrances de sa parenté pour sa confession du Christ, me dit un jour que lorsqu'il était venu la première fois à Jordanville, il avait été conscient de ce que l'amour y était présent partout. Les monastères orthodoxes sont vraiment des îles de l'Amour Divin.
Les pères qui ont fondé le monastère en 1929, l'archimandrite Pantéléimon et l'archimandrite Joseph, aimaient cet endroit qui était alors désert. Et tous ceux qui pour l'amour du Christ se sont livrés à l'ascèse à Jordanville après eux, ont partagé cet amour. Ce souffle d'amour, on peut encore le ressentir ici aujourd'hui.
Quelques églises de monastère ressemblent à des forteresses; d'autres ressemblent à de vieux palais russes; notre église de Jordanville ressemble à un bateau. Ses dômes élégamment allongés sont pareils à des mats de bateau, le porche élevé et l'escalier escarpé, à l'échelle d'un bateau. Il semble souvent que le bateau appareillera, dès que les marins, c'est-à-dire les paroissiens y entreront. L'église sera soulevée de cette terre pécheresse et voguera dans les cieux. Non, le bâtiment de l'église est immobile. Dieu en soit loué! car l'église est sur le sol américain qui a désespérément besoin d'églises orthodoxes. Que notre église puisse rester ferme, comme le rempart de l'orthodoxie; que les âmes souffrantes y trouvent la consolation en Christ dans ses murs, afin que ce ne soit pas tant l'église, mais l'âme humaine qui s'élève vers les cieux spirituels...
Jordanville est sans conteste un miracle, et une bénédiction de Dieu pour la terre d'Amérique. Pourquoi est-ce un miracle? Eh bien, au moins une des raisons est que des douzaines de personnes y ont découvert la Russie. Ils ont touché du doigt le mystère de la Sainte Russie; ils sont devenus conscients qu'il y avait des chrétiens russes orthodoxes. En vérité, il faut le dire, si vous venez en Amérique, venez tout droit à Jordanville depuis l'aéroport, et une fois là, passez-y au moins une semaine sans en sortir. Alors vous aurez l'impression que vous n'êtes pas en Amérique, mais encore en Russie. Qui plus est, pas dans la Russie moderne, mais dans la Russie d'avant la Révolution, dans la Mère-Russie!
A présent faisons une promenade sur la terrain du monastère. L'itinéraire favori des frères est le chemin du monastère au cimetière. Il y a là un symbolisme profond, puisque notre vie n'est rien d'autre qu'un chemin qui conduit à un cimetière. Peu importe qui nous sommes, où la vie nous mènera, de toute façon, l'errance terrestre de notre corps finira au cimetière. Ces paroles peuvent paraître sombres. Pourtant notre monastère ne laisse pas une impression de tristesse. Faisons une promenade le long de la route qui conduit au cimetière.
L'Archange se tient là, comme s'il gardait le monastère, comme s'il était vivant. J'en suis devenu très conscient la première fois que Père Cyprian qui venait de se promener autour du monastère m'a dit: " Regarde! Ici un ange se tient. Je fus réellement surpris. Je regardai à l'entour, mais je ne vis personne. Père Cyprian dit: " Bien qu'il soit invisible, l'ange est bien réel." Je méditai longtemps sur ces paroles, puis je compris que Père Cyprien attirait mon attention sur la fresque de l'Archange Michel; l'Archange était vivant, il était réel pour lui, et je ne l'avais pas deviné...
Bien, continuons notre marche. Nous sortons derrière le dortoir du séminaire, qui est confortablement situé dans la verdure. La route conduit en haut de la colline. Sur les côtés, il y a des pins, derrière s'étendent les champs du monastère. Là, sur la gauche, entre les arbres, nous voyons les rûches. ( à suivre)
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après le texte du site Rousky Inok
( Le Moine Russe) de Jordanville

