Dans la croix,l'autre visage de la resurrection ,par Michel Stavrou

Publié le par Père Jean-Pierre

 
L.’autre visage de la résurrection


Une nouvelle fois, du fait de la rectification inachevée de leur calendrier liturgique, les chrétiens orthodoxes célébre­ront Pâques avec un retard de plus d’un mois sur leurs frères catholiques et protestants. Au­delà de cet écart regrettable, les chrétiens s’accordent-ils sur la portée salutaire de l’événement fondateur qu’est pour tous la résurrection de Jésus-Christ? Sans doute sur le fait que le Christ, par la mort, a vaincu la mort, et que la souffrance et le mal n’ont plus le dernier mot. Mais il y a plus encore.
Pour l’Orient chrétien, à la lu­mière de la Résur­rection, l’œuvre rédemptrice du Christ apparaît totalement orientée vers la communion de l’homme avec Dieu. En d’autres termes, l’incarnation du Verbe de Dieu signifie l’accomplisse­
siècle, cette signification du grand dessein caché depuis la fon­dation du monde ne fut préservée que chez les saints, les contemplatifs et les poètes. Le livre de Mgr Louis Laneau, évêque au Siam, De la déification des Justes , écrit en 1693, n’a été connu que deux siècles après et publié en français seulement en 1993, chez Ad Solem (Genève) ! Retrouvée au XIX
e
siècle par le théologien allemand Matthias Scheeben, cette doctrine fut surtout connue en France grâce aux études lumineuses de la théologienne orthodoxe Myrrha Lot-Borodine (†1954), dans son livre La Déification de l’homme (préfacé par le cardinal Danié­lou), qui présente la transfigu­ration de notre nature humaine par les énergies divines incréées à travers l’action du Saint-Esprit. Présentes dans l’humanité glori­fiée du Sauveur, ces énergies nous sont réellement communiquées à travers les sacrements de l’Église qui offrent l’intégration au corps ressuscité du Sauveur.
Le P. Marie-Dominique Chenu parlait, à ce propos, d’une
« haute doctrine dont le réalisme mystique nous dégage d’un psychologisme moralisant qui avait anémié la foi » . Elle rejoint aussi l’intuition teilhardienne du « Christ évolu­teur » qui grandit jusqu’à la fin des siècles en nous portant en lui. Pour le grand penseur russe Nicolas Berdiaev, le Moyen Âge a trop souvent conçu Dieu contre l’homme; puis la modernité, en réaction, a presque toujours pensé l’homme contre Dieu. L’ère du christianisme post-moderne appellera-t-elle à l’accomplis­sement de l’homme en Dieu, annoncé par la résurrection du Christ ?
ment de l’homme dans sa rela­tion vivante avec son Créateur. L’homme n’est vraiment homme que lorsqu’il participe à la vie de celui dont il porte l’image indé­fectible et non quand il se réfugie dans l’autosuffisance mortifère. C’est ainsi que Jésus-Christ, dans son humanité ressuscitée, mani­feste notre nature humaine dans sa forme la plus achevée, remplie de l’Esprit Saint.
Cette doctrine de la « déifica­tion », tout à fait centrale dans la théologie chrétienne du salut, a été professée, de diver­ses manières, par les Pères de l’Église – surtout les Pères grecs mais aussi, rappelons-le, les Pè­res latins (Ambroise, Augustin et Léon le Grand). Occultée en Occident

Michel stavrou,professeur de theologie à l'institut St Serge
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