Vivre en Christ, tout simplement ,Carol Saba

Publié le par Père Jean-Pierre

CAROL SABA, responsable de la communication de l’Assemblée des évêques
 orthodoxes de France

Vivre en Christ, tout simplement

C
omment rester indifférent, tiède, à cette interrogation, réelle, juste et à point: quel avenir pour le christianisme? Je voudrais réagir à cette interpella­tion de
La Croix, non en tant que théologien, ni en intellectuel, mais par un témoignage personnel, ni savant ni académique: celui d’un simple chrétien de l’Église orthodoxe qui cherche, tente, essaie d’être cons­cient de son sacerdoce royal et de la bonne échelle ecclésiale, orthodoxe, qui doit le nourrir.
Notre époque est une époque d’an­tagonisme. L’antinomie est le maître mot pour la qualifier. La «mondiali­sation » la plus poussée côtoie des ex­pressions locales et des régionalismes identitaires qui cherchent à s’affirmer à contre-courant. La sécularisation, ce mal qui serait une menace pour nous autres chrétiens, gagnerait du terrain aux côtés de multiples formes de religiosité extrême qui s’expriment ici et là, consciemment ou incons­ciemment, dans l’art, la musique, la
politique… On pourrait en multiplier les exemples, révélateurs, ici et là, ex­primant une aspiration profonde à vibrer, à partager, à communier et, donc, à vivre.
N’est-ce pas aussi l’expression du duel antinomique que chacun de nous entreprend en son for inté­rieur pour sortir d’une dimension «individuelle» de notre existence, égocentrique et égoïste, vers une dimension «personnelle» de l’exis­tence de l’être ? Celle d’une personne, au sens théologique du mot, vivant une altérité consciente et ouverte, vibrant avec les autres, compatis­sant à leurs soucis, partageant leur bonheur et communiant avec eux. C’est en ce combat que réside toute la différence entre «religiosité» et « spiritua lité ».
«Le christianisme n’est pas une morale, mais c’est la vie en Christ »,
disait le P. Cyrille Argenti (1918-1994), grande figure ascétique du christianisme orthodoxe, grec et français, en France, opposant en per­manence l’Évangile à la Loi.
Période d’antagonisme (s), mais pas d’impasse. Bien au contraire. Nous vivons une période post-idéologique où le dépassement de soi est aussi présent que l’enracinement de soi. C’est la tiédeur qu’il faut combattre.

« Tu n’es ni chaud ni froid. Plût à Dieu que tu fusses froid ou chaud. Aussi, parce que tu es tiède, et que tu n’es ni froid ni chaud, je vais te vomir de ma bouche »
(Apocalypse 3, 15-16). La redécouverte du vrai sens de l’Église, comme vie en Christ, doit être notre chemin. Le prophète Jérémie avait prophétisé en ce sens: «Voici que les jours viennent, dit l’Éternel, où je ferai avec la maison d’Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle, non comme l’alliance que je traitais avec leurs pères. Voici l’alliance que je ferai avec la maison d’Israël : Après ces jours-là, dit l’Éternel, je mettrai ma loi au-dedans d’eux, je l’écrirai dans leur cœur, et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple… » (Jérémie 31, 31-34). Rien de nouveau pour les chrétiens !
En conclusion, je souhaite partager la beauté spirituelle et la fraîcheur évangélique d’une réflexion faite par Olivier Clément. Ce théologien orthodoxe français, grand témoin du Christ, intervenait lors de la première Journée de l’orthodoxie en France, en mai 2001, pour conclure une large rétrospective sur l’Église orthodoxe dans ce pays. Cette réflexion reste actuelle pour tous les chrétiens.

«Est-il vrai,
demandait Olivier Clé­ment, que le Christ est ressuscité? Ou sommes-nous des menteurs qui se contentent de bien chanter? Si le Christ est vraiment ressuscité, un peu en nous aussi, si peu que ce soit, alors soyons assurés que, quelles que soient les difficultés, l’amour et l’intelligence vaincront. »
« Le christianisme n’est pas une morale, mais c’est la vie en Christ. »

 
 
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