Eglise orthodoxe en MOLDAVIE , la situation.....

Publié le par Père Jean-Pierre

Osservatorio sui Balcani
Orthodoxie en Moldavie, la guerre des deux Églises
Traduit par Caroline Target
Publié dans la presse : 5 décembre 2007
Mise en ligne : lundi 10 décembre 2007
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Un État, deux Églises, toutes les deux orthodoxes. D’un côté, l’Église métropolitaine de Moldavie, rattachée au patriarcat de Moscou, de l’autre, celle de Bessarabie, dépendante du patriarcat de Bucarest. Avec comme toile de fond la liberté d’expression religieuse dans l’ancienne République soviétique de Moldavie.

Par Iulia Postica

(Image JPEG) Après huit années de silence, le dialogue entre l’Église orthodoxe roumaine et l’Église orthodoxe russe a repris. Les deux délégations se sont rencontrées le 22 novembre dernier au monastère de Troyan, en Bulgarie, pour discuter de l’éventuelle reconstitution de l’Église métropolitaine autonome de Bessarabie. Cette dernière avait existé jusqu’en 1944, date à laquelle, suite à l’occupation soviétique de la Moldavie, elle fut contrainte de cesser son activité. L’Église métropolitaine de Moldavie lui succéda.

Vlad Cubreacov, élu du Parlement moldave pour le Parti chrétien démocrate et consultant de l’Église métropolitaine autonome de Bessarabie, faisait entre autres partie de la délégation du patriarcat roumain. Les représentants de l’Église métropolitaine moldave étaient quant à eux du côté du patriarcat russe.

Bien que les deux délégations aient des positions divergentes sur la question, elles ont toutes deux affirmé être convaincues de la nécessité de rétablir le dialogue afin de sortir de ce mutisme obstiné existant entre les deux Églises orthodoxes, mais aussi entre les patriarcats russe et roumain. Les deux parties ont affirmé vouloir rouvrir le dialogue de façon à régler la situation complexe de l’Église en Moldavie et à promouvoir l’orthodoxie chrétienne.

Le conflit au sein de l’orthodoxie en Moldavie s’est déclenché en 1992. Depuis, les patriarcats russe et roumain n’ont cessé d’être en opposition.

En 1944, lorsque la Moldavie devient une république soviétique, l’Église orthodoxe roumaine perd l’autorité canonique sur la région et tous ses biens lui sont confisqués. Selon l’estimation conjointe des patriarcats roumain et russe, la valeur des propriétés du patriarcat moldave (alors appelé de Bessarabie) s’élevait à un milliard de dollars. Ce n’est donc pas sans raison qu’il était connu comme le « patriarcat d’or » de l’Église roumaine.

Des 1090 églises existantes à cette époque en Moldavie, 156 furent fermées, ou, pire encore, détruites. Les églises restantes représenteront le noyau d’une nouvelle Église orthodoxe, l’Église métropolitaine de Moldavie, subordonnée au patriarcat russe.

Les choses changent radicalement à la suite de l’écroulement de l’Union soviétique. En 1992, l’Église métropolitaine de Bessarabie, affiliée au patriarcat roumain, se reconstruit, bien que toutes ses propriétés appartiennent désormais à l’Église métropolitaine de Moldavie.

Aujourd’hui, la Moldavie se retrouve avec deux Églises orthodoxes, l’une regardant vers Moscou et l’autre vers Bucarest. Cette dernière n’a pourtant pas eu la vie facile puisque, depuis 1992, le gouvernement moldave s’est toujours refusé à la reconnaître officiellement.

L’Église métropolitaine de Bessarabie a donc cherché à faire reconnaître ses droits auprès des tribunaux. Elle a perdu toutes les instances auprès de la magistrature moldave, mais a obtenu une sentence favorable de la part de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Pourtant, le gouvernement moldave ne s’est pas pressé pour appliquer la sentence de la CEDH et ne l’a fait qu’après de fortes pressions de la part de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, en 2002. L’Église de Bessarabie est alors reconnue et cela lui donne la possibilité de s’identifier comme successeur légitime du démantèlement de 1944. Elle gagne également le droit de réclamer la restitution de tous ses biens confisqués : églises, lacs, terrains.

La plus récente source de conflit, d’ailleurs toujours tangible lors de cette rencontre en Bulgarie, vient de cette décision de l’Église orthodoxe roumaine d’ouvrir trois évêchés : celui de la Bessarabie du Sud, à Balti, celui de Dubasari et celui de la Transnistrie. Le clergé de la Transnistrie a perçu cette décision comme une véritable croisade envers l’Église orthodoxe russe et a ainsi tenté de faire blocus par tous les moyens possibles. « La situation de cette Église est déjà bien assez tendue, la Transnistrie étant connue pour être une société multiconfessionnelle, et nous ne voulons pas de conflits religieux », a affirmé son représentant.

La métropole de Bessarabie n’est pas l’unique organisation religieuse à avoir rencontré des obstacles de la part du gouvernement moldave. D’autres confessions religieuses se sont également vu interdire le droit d’opérer légalement. Parmi elles, des groupes de confession musulmane.

La loi sur les confessions religieuses de la République de Moldavie a également soulevé des préoccupations de la part du Département d’État américain. « Dans certains pays d’Asie et d’Europe centrale, la liberté d’expression religieuse est en danger », a déjà déclaré l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Suite à cette déclaration, la loi a été changée, mais les problèmes n’ont pas pour autant disparu. Un rapport du Département d’État souligne que la nouvelle loi est encore restrictive et que la Moldavie reste un pays à « haute intolérance religieuse ». Ce même rapport affirme également que le gouvernement moldave favorise l’Église métropolitaine de Moldavie, subordonnée à l’Église russe, au détriment des autres confessions.

Au mois d’août 2007, 27 confessions religieuses ont été reconnues sur le territoire moldave. La plus structurée d’entre elles est l’Église métropolitaine de Moldavie, suivie de celle de Bessarabie, de l’Église évangéliste, des Témoins de Jéhovah, des Adventistes et de l’Église catholique.

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