Catholiques et orthodoxes reconnaissent la primauté du pape

Publié le par Père Jean-Pierre



À Ravenne, la Commission mixte pour le dialogue théologique a examiné la principale question qui divise les deux Églises, à savoir l’autorité de l’évêque de Rome

ROME

De notre envoyée spéciale permanente

C
atholiques et orthodoxes sont d’accord sur le principe d’une primauté de l’évêque de Rome au niveau de l’Église univer­selle, mais non sur le mode d’exercice de cette fonction. C’est en substance le résultat auquel sont parvenus, le 14 oc­tobre, à Ravenne, les membres catholi­ques et orthodoxes de la Commission mixte pour le dialogue théologique
entre les deux Églises.
En abordant la question de l’autorité, on touchait un point particulièrement sensible des relations entre orthodo­xes et catholiques, sur lequel s’était en partie jouée la rupture symbolisée par la date de 1054. Le texte rendu public hier – dont des versions circulaient déjà sur des sites orthodoxes – n’est pour l’instant qu’un

«document de travail»
. Il n’implique pas l’adhésion des Églises. Que le patriarcat de Moscou ait décidé de quitter la rencontre de Ravenne en dit d’ailleurs la difficulté.
En 46 points, le « document de Ravenne » décline les thèmes de la « conciliarité » et de l’autorité de l’Église aux différents niveaux – local, régional et universel – de celle-ci. La
conciliarité – ou synodalité, pour les orien­taux, collégialité chez les latins – implique et exprime un consensus entre les membres de l’Église. L’autorité, elle, signifie le choix d’un « chef » reconnu par tous. Or, si catholiques et orthodoxes reconnaissent ces deux principes, ils ne l’appliquent pas de la même manière. Au plan local des diocèses, pas de problème : les deux Églises sont proches. Le document rappelle que tout doit se faire « en concert » , de manière synodale, même s’il y a un « protos »

(en grec : premier, primat), à savoir l’évêque
 

du lieu. Au niveau régional, les difficultés commencent: pour les orthodoxes, c’est le principal niveau, avec les patriarcats et autres responsables d’Églises autonomes. Dans l’Église catholique, ce niveau est moins important : ce sont les provinces, régions, ou, plus récentes, les conférences épiscopales. À ce niveau régional, rappelle le document, le « protos » ne peut rien faire sans les autres évêques, ni les autres sans lui (1).
Enfin, et c’est le plus difficile, le niveau universel. Catholiques comme orthodoxes
proclament, dans leur Credo, que l’Église est « une et catholique » . Cette unité s’exprimait avant le schisme à travers les Conciles « œcuméniques » , rassemblant tous les patriarches et s’imposant à tous les fidèles. Mais aussi à travers une autorité, celle de Rome. Rome occupe « la première place dans l’ordre canonique, et l’évêque de Rome (le pape) est donc le “protos” (primat) parmi les patriarches ».
L’accord de Ravenne s’arrête là : les deux parties restent divisées sur les prérogatives liées à cette primauté romaine. Définir le contenu de cette autorité sera donc l’objet des prochai­nes discussions de la commission, pour servir ensuite à délimiter la nature de l’autorité du pape dans l’optique d’une réconciliation catholiques-or­thodoxes.
Car, au niveau universel aussi, le primat implique la conciliarité entre tous les évêques. Ce qui signifie pour l’Église catholique, rappelle le docu­ment, un mode d’exercice différent de l’autorité du pape, laissant plus de place à la responsabilité des Égli­ses locales ; Jean-Paul II avait ouvert une telle porte dans l’encyclique
Ut unum sint . « Il est impossible de consi­dérer la forme de primauté des XIX
e et XX
e
siècles comme la seule possible, la seule qui s’impose à tous les chrétiens » , avait alors confirmé le cardinal Ratzinger. Vaste programme : ce n’est pas un hasard si, lors du consistoire du 23 novembre, Benoît XVI a choisi de consulter les cardinaux, justement, sur l’œcuménisme.
ISABELLE DE GAULMYN

(1) Les théologiens reprennent ici le « canon 34 des Apôtres», édicté dans les tout premiers siècles (texte dans
La Documentation catholique

n° 1 623 du 7 janvier 1973).




Benoît XVI et le patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomeos I (à droite) en novembre 2006.

Le « document de Ravenne » aborde une question sensible, celle qui avait abouti au schisme de l’an 1054.

MURAD SEZER/AFP

 

 
 
Publicité

Publié dans infos diverses

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article