Dans La Croix

Publié le par Père Jean-Pierre


L’ancien maire adjoint de Jérusalem, traducteur de la Bible et du Coran, est décédé hier à 89 ans

T
oute sa vie, il a eu la passion de la fraternité. Telle aurait pu être l’épitaphe gravée sur la tombe d’André Chouraqui, lui qui n’a cessé de militer pour la paix et la fraternité entre juifs, chrétiens et musulmans. L’écri­vain et penseur juif est décédé hier matin à Jérusalem, des suites d’une longue maladie.
Né le 11 août 1917 à Aïn-Témou­chent, en Algérie, un village de l’Oranais où
«trois langues, trois religions, trois cultures se croisaient en permanence » , le jeune André a tôt fait de comprendre que si juifs, chrétiens et musulmans prient le même Dieu et se rendent réguliè­rement dans leurs lieux de prière respectifs, cela ne les empêche pas de se quereller. Il a tôt fait aussi de souffrir de l’antisémitisme ordinaire. À 7 ans, il subit les poursuites des petits chrétiens qui lui crient « Sale juif ! » : « J’ai su
que j’étais sale avant de savoir ce que c’est que d’être juif »
, confiera­t-il à La Croix (23 juin 2001) . Rentré chez lui, tremblant de peur et de fièvre, l’enfant déclarera une po­liomyélite. Son corps en resta mar­qué avec un boitement de la jambe gauche. Surmontant l’épreuve, le jeune Chouraqui s’était forgé une force de caractère et une vie intérieure peu communes, non sans lien avec sa vocation pour l’écriture.
Engagé à 25 ans dans la Résis­tance, dans les maquis de Haute­Loire, il traduit la nuit, de l’arabe au français, un mystique juif espa­gnol du XII

Libres dialogues judéo-chrétiens
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André Chouraqui s’est distingué aussi par sa correspondance avec des personnalités de premier plan de la réconciliation judéo-chrétienne.
Le Destin d’Israël , un recueil publié en mars, en témoigne. Ses échanges avec Jules Isaac soulignent la différence entre son optimisme de jeune homme et le réalisme du vétéran historien. Les lettres avec Jacques Ellul racontent une amitié d’une rare qualité, et l’engagement passionné du philosophe protestant au côté d’Israël. Le dialogue avec Jacques Mari­tain, lui, ne sera interrompu que par la mort du « paysan de la Garonne » : ces lettres écrites entre 1949 et 1972 témoignent des intuitions du maître catholique sur le « mystère d’Israël » . En écho à la « peine » de Chouraqui devant les hésitations du Paul VI en 1969, Maritain défend l’Église, parle de « malentendus » , mais affirme : « Tout ce qui blesse Israël me blesse. »
Un livre à méditer, car il met en scène des pionniers du dialogue judéo­chrétien à qui nous devons une immense reconnaissance.

A. M.

Le Destin d’Israël
, Correspondances d’André Chouraqui avec J. Isaac, J. Ellul, J. Maritain et M. Chagall. Entretiens avec P. Claudel (Parole et Silence, 266 p., 20 €).

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