Dimanche de Thomas , Pentecostaire

Publié le par Père Jean-Pierre

Dimanche 15 avril 2007 : 2ème dimanche après Pâques

Dimanche de Thomas

Matines : 1er Evangile

Epître : Ac 5, 12-20 ; Evangile Jn 20, 19-31

Thomas Didyme, le seul qui ait osé, en sa foi incrédule * pour notre bien, en son incrédulité qui portait la foi * enlève des confins du monde l'ignorance ténébreuse * et il tresse sa propre couronne, en disant * Tu es le Seigneur Dieu des Pères exalté au-dessus de tout * Notre Dieu, Tu es béni.
Thomas dans la crainte touchant de sa main ton côté qui porte la vie * Christ, sentit en tremblant la double énergie de tes deux natures * unies en Toi, Sauveur, sans se confondre. Et il dit dans la foi * Tu es le Seigneur Dieu des Pères exalté au-dessus de tout * Notre Dieu, Tu es béni.
Thomas Didyme mit sa main dans le côté qu'on ne peut tenir * mais quand il le toucha, ne fut pas brûlé * Il sentit les blessures et sa foi fut confirmée * Il dit à Celui qui fut percé pour nous * Quand bien Tu as souffert, Tu es mon Seigneur et mon Dieu.
Textes liturgiques orthodoxes

Texte à méditer

L'épisode de Thomas nous suggère aussi cette pensée. Pouvons-nous, aujourd'hui, toucher de nos mains la chair meurtrie du Sauveur ? Nous, à qui les extases et les visions ne sont pas accordées, pouvons-nous nous assurer que nous n'adorons pas un fantôme, mais un vivant ? Oui, et cette possibilité est donnée à tout homme. Jésus vit d'une manière invisible et réelle dans les créatures de chair qui nous entourent. Les plaies du crucifiement, nous pouvons les constater, les adorer aujourd'hui dans les malades, les pauvres, dans tous les hommes et les femmes qui souffrent, tous ceux en qui se prolonge l'agonie de Jésus, membres du Corps mystique qui participent à la Passion de leur Tête divine. Jésus nous dit: « Si tu doutes que j'aie été crucifié pour toi et que je sois ressuscité, penche-toi vers mes membres souffrants. Touche-moi en étendant vers eux une main secourable. En te donnant à eux, tu me trouveras. Fais pour eux quelque chose qui te coûte. Immole-toi pour eux selon qu'il te sera possible. Et voici que tu me découvriras en eux. Je te répondrai par une grâce Spéciale. Tu me sentiras vivant et présent. Tu éprouveras la réalité, la force de ma Résurrection». Il ne nous est pas donné de voir d'une manière constante la Sainte Face, mais, comme une vision évanescente, le visage du Christ m'apparaîtra derrière le visage de mon frère et, à travers la compassion, je rejoindrai la Passion. Je toucherai mon frère souffrant, et je dirai : «Mon Seigneur et mon Dieu !»

Un moine de l'Eglise d'orient
L'an de grâce du Seigneur

Kondakion, t. 8

De sa main fureteuse l'Apôtre Thomas * explora ton côté vivifiant, Christ notre Dieu, * et toutes portes étant fermées lorsque tu vins au milieu des Disciples, il te cria : * Tu es en vérité mon Seigneur et mon Dieu.

 

Ikos

La main du Disciple, comment n'a-t-elle pas fondu, * lorsqu'elle approcha le côté brûlant du Seigneur ? * Qui lui a donné l'audace d'y toucher? * Assurément, celui qui fut touché ! * S'il n'avait donné la force à cette pauvre main, * comment aurait-elle pu toucher les plaies qui firent trembler le ciel et la terre ? * Et Thomas reçut la grâce de toucher le Christ et de lui crier : * Tu es en vérité mon Seigneur et mon Dieu.

L'INCREDULITE DE THOMAS
(Jean 20,19-31)

Le dimanche qui suit le dimanche de Pâques, l'Eglise orthodoxe médite l'incrédulité de l'apôtre Thomas. Cette incrédulité est à rapprocher du triple reniement de Pierre après l'arrestation de Jésus. Thomas ne fut pas moins croyant que les autres disciples. Car le Vendredi Saint au soir, tous perdirent la foi. Ils eurent alors l'impression irrésistible de s'être laissé emporter par un rêve. Au choc brutal de la terrible réalité, ils se sentirent retomber sur terre d'un seul coup, avec le sentiment d'avoir vécu en songe une incroyable aventure, de s'être laissé entraîner hors du réel.
C'étaient pourtant des gens de bon sens. Un Messie qui meurt, rejeté par les officiels du Judaïsme, crucifié aux portes de la ville comme un vulgaire séditieux de bas étage, comment pourrait-il être le Messie d'Israël ? A l'instar du reniement de Pierre, l'incrédulité de Thomas n'est pas qu'une faiblesse, c'est l'effet bien compréhensible d'un doute profondément humain. Ni Pierre le Jeudi Saint, ni Thomas absent le dimanche de Pâques ne pouvaient admettre de compromettre leur vie pour une illusion, certes, les disciples n'oubliaient pas l'attrait qu'ils avaient éprouvé auprès de ce Maître incomparable, de ce merveilleux ami, de ce Rabbi prestigieux, de cet extraordinaire thaumaturge, et son souvenir était encore tout brûlant dans leur cour. Mais une chose était désormais bien certaine : Jésus n'était pas, ne pouvait pas être le Messie d'Israël puisqu'il était mort. Ce qu'ils avaient éprouvé auprès de Jésus durant trois ans, c'était la Présence, confuse mais tellement saisissante, du Tout-Autre lui-même. Et voilà qu'en quelques heures, il ne leur restait plus que l'absence la plus définitive, pensaient-ils, et la plus atroce après cette exécution sommaire et ignominieuse. Leur cour avait été trop profondément saisi par la présence de Jésus, pour ne pas être maintenant submergé par la douleur de son absence désormais aussi totale qu'imprévue. L'incrédulité de Thomas ne le distingue en rien des autres disciples. Simplement, le fait anecdotique de n'avoir pas été avec les autres le jour de Pâques, prolongea chez lui de quelques jours l'état d'amère désillusion, de déchirement profond et d'abattement désabusé que les dix autres apôtres (et les saintes femmes, Nicodème et Joseph d'Arimathie) vécurent très certainement jusqu'au matin de Pâques. Et alors, la première réaction des disciples fut d'accueillir le témoignage des myrophores comme «des radotages» et de «ne les croire point» (Lc 24,1 1 et Mc 16,1 1).
Allons plus loin: même après avoir mis les doigts dans les plaies du Ressuscité, même après l'avoir reconnu comme «(son) Seigneur et (son) Dieu» (Jn 20,28), Thomas, ni plus ni moins que les autres apôtres ne comprend la logique qui va de cette mort absurde, puisqu'elle nie la messianité de Jésus, à cette résurrection qui la démontre : peut-être bien qu'il était le Messie puisque le voilà ressuscité, mais alors pourquoi est-il mort ?
La raison de la passion et de la mort de Jésus ne fut pas seulement de détruire l'illusion messianique trop humaine et sans cesse renaissante, mais de révéler aux hommes qu'il ne pouvait leur montrer pleinement et authentiquement sa divinité que par sa résurrection. La foi chrétienne étant la foi que Jésus est le Fils Unique-Engendré de Dieu, seul Dieu lui-même peut en témoigner. Or, il nous l'a dit par la bouche de son Fils Jésus qui l'a prétendu. Et il n'avait pas de moyen plus sûr et plus humain de l'attester qu'en le faisant mourir pour le ressusciter. Jésus de Nazareth est mort avant tout afin que l'on soit bien convaincu qu'il est le Fils Unique de Dieu, grâce à l'événement de sa résurrection.
Mais, pour comprendre cela, tous les disciples sans exception (et pas seulement l'incrédule Thomas) avaient besoin que vînt le Saint-Esprit. Avant la Pentecôte, ils ne pouvaient comprendre, n'ayant par encore la Source de la compréhension. Cette Source, ce sera le Saint-Esprit. La fête de Pâques ne se comprend pleinement et ne s'achève qu'avec la fête de la Pentecôte.

Père André Borrély

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Publié dans Liturgie

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