De Mgr Stéphanos...

Publié le par Père Jean-Pierre

L’HOMME, PRETRE DE LA CREATION

1. L’ homme, gloire de Dieu dans le monde.

L’Eglise a toujours compris la création du monde comme une manifestation ad extra de l’amour divin, la réalité matérielle du monde étant un produit qui se réalise comme une réponse à l’amour créateur de Dieu. L’Evangile, ne l’oublions pas, atteste l’événement de la communion réalisé entre Dieu et les hommes dans l’Eglise, laquelle est le monde déjà transfiguré et cela est possible par Jésus-Christ dans l’Esprit Saint. Pour sa part, la grande Tradition patristique présente l’homme comme microcosme en ce sens qu’il récapitule dans son corps humain la création toute entière ; en ce sens qu’il peut réaliser dans son propre corps la réponse positive ou négative de la création entière en sa qualité de sanctuaire du Saint Esprit, selon l’expression bien connue de Saint Paul ( 1Cor. 3/16-17 ). Par conséquent, le spirituel peut se révéler dans la matière du fait même qu’elle peut être porteuse du divin.

Mais tout dépend de la liberté humaine, puisque l’homme est le seul être dans la création qui incarne précisément la possibilité de personnaliser la vie ; de faire de l’être créé, matériel, corruptible et mortel, un être de communion, un être éternel. Le Christ, par son Incarnation, a pris corps pour qu’en lui habite la plénitude de la réalité divine ( Col 2/9 ) : parce que Dieu nous a aimés jusqu’à livrer pour nous son Fils unique - afin que ne périsse pas quiconque croit en lui mais qu’il ait la vie éternelle écrit Saint Jean Chrysostome dans sa divine Liturgie - nous pouvons exister pour toujours et participer à la vie éternelle dès lors que nous accueillons l’amour divin dans la liberté de notre propre amour.

Pour Dieu, toute chose reçoit un sens nouveau à cause de l’Incarnation ; toute chose est appelée à la sanctification et la matière aussi devient un canal pour la transmission de la grâce de l’Esprit Saint (1).

Pour l’Eglise Orthodoxe, ni les Pères grecs ( spécialement les Cappadociens) ni ses grands maîtres de spiritualité n’ont jamais fait de distinction entre vie naturelle et dons surnaturels de l’Esprit Saint ou n’ont considéré la vie spirituelle comme une qualité surajoutée à toute existence naturelle. Tout ce qui touche au salut est compris comme une réponse concrète à la soif existentielle de l’homme et invite à une conversion radicale, qui conduit à la transformation de toute vie mortelle en vie éternelle. Le salut par la Croix revêt bien une dimension universelle qui englobe mêmement et la vie de l’homme et la vie du monde et la glorification de la matière et l’illumination de l’histoire (2).

Une inscription de la chapelle d’Adam dans le Saint-Sépulcre à Jérusalem proclame que le lieu du crâne, c’est-à-dire le Golgotha où fut plantée la Croix, est devenu paradis. A la limite, dans le champ des relations personnelles qu’ont les hommes entre eux et avec Dieu, l’univers est destiné à devenir fête nuptiale, eucharistie. Tel est, ce me semble, le sens de la véritable ascèse : non pas une démarche individualiste visant à soumettre le corps aux exigences de l’esprit mais un véritable fait de communion, un véritable fait ecclésial par lequel chaque travail et chaque relation professionnelle, économique, sociale ou politique tendent à se transformer en authentique communion eucharistique de la même manière que toute prise de nourriture devient dans l’Eucharistie fait de communion. C’est pourquoi la vocation de l’homme c’est essentiellement de transcender l’univers non pas pour l’abandonner mais pour le contenir, lui dire son sens, lui permettre de correspondre à sa secrète sacramentalité, le cultiver, lui parfaire sa beauté, bref le transfigurer et non pas le défigurer. La Bible, ne l’oublions pas, présente le monde comme un matériau qui doit aider l’homme à prendre historiquement conscience de sa liberté offerte à Dieu. C’est dans le monde que l’homme exprime sa liberté et qu’il se présente comme une existence personnelle devant Dieu (3).

Considéré par les Pères grecs comme la gloire, autrement dit comme la manifestation de l’image de Dieu dans le monde, l’homme ne peut de cette manière faire transparaître Dieu en soi-même sans faire transparaître Dieu dans le monde ou sans se faire transparent comme image de Dieu dans le monde. Il est vrai, écrit Dumitru Staniloae, que le monde a été créé avant l’homme ; mais c’est par l’homme seulement qu’il a reçu sa pleine réalité et qu’il réalise sa destination. L’homme est le collaborateur de Dieu envers le monde. L’être visible est formé par l’homme et par le monde ; il est le monde reflété par l’homme ou l’homme en relation avec le monde (4). On peut donc dire que l’homme est un miroir dans lequel on voit le monde et le monde un miroir dans lequel se voit l’homme.

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Publié dans Théologie

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