Le Repentir

Publié le par Père Jean-Pierre

LE REPENTIR

En grec le mot repentir, metanoïa, évoque la conversion, le retournement, le changement d’orientation. Le repentir est un renouvellement de sa manière de vivre, de penser, de sentir les choses, d’aimer, bref, une transfiguration de la personne dans sa volonté de se détourner du péché avec l’aide de la grâce divine. L’accent sera mis sur la prise de conscience de son état de péché face à l’infinie miséricorde de Dieu et sur l’esprit de décision pour se soumettre à la volonté divine. Le sacrement tendra moins à infliger une sanction (…) qu’à apporter des remèdes pour apaiser les blessures occasionnées par le péché et ouvrir des voies de guérison.

Si la mort est le salaire du péché, comme le dit Saint Paul, alors tout péché, serait-il le plus léger, porte en lui une puissance de mort. Le métropolite Antoine propose de dénouer ces nœuds, de les déraciner dès leur apparition, pour ne pas laisser le temps les recouvrir du manteau de l’oubli sous lequel, dans les couches de l’inconscient, ils ne cessent de déverser leur poison.

(extrait de la postface de Michel Evdokimov de "Le sacrement de la guérison" d’Antoine Bloom)

EXTRAITS DE « LE SACREMENT DE LA GUÉRISON » D’ANTOINE BLOOM

Saint Nikita, disciple de Saint Siméon le nouveau théologien, dit que les larmes d’un repentir sincère peuvent nous restituer une virginité perdue… et Saint Barsanuphe le Grand dit que si nous nous sommes réellement repentis devant Dieu, et savons que tout retour à nos agissements antérieurs nous est désormais impossible, parce que grâce au repentir quelque chose en nous a été détruit par le feu et ne pourra plus occasionner cette mauvaise action dont nous portons la responsabilité, alors nous pouvons dire que nous avons été pardonnés et que ce qui est arrivé est effacé du livre de vie. Dieu m’a pardonné et a fait de moi un homme nouveau. Le passé est révolu (…)

Mais il se trouve dans notre passé des actes qui une fois accomplis, ont survécu au temps, n’ont pas été éliminés. A un moment donné la malveillance s’est installée, et a tourné en haine. Certes rien de grave ne s’est passé, mais cette haine s’est déposé quelque part en nous, tel un poison. Et même si nous avons perdu le souvenir de la personne ou des circonstances qui ont fait naître ces sentiments, ces mouvements d’humeur, il n’en reste pas moins qu’ils sont bien là. Et quelle qu’ait été notre façon de vivre, quelque soit le personnage que nous sommes devenus, ils empoisonnent quelque part notre vie à sa racine, dans ses grandes profondeurs. De sorte que ce passé n’est plus du domaine du passé ; en réalité il s’est ancré dans le présent. Une étape de la vie n’a pas été franchie, elle en est resté au point de départ. Quelque chose doit intervenir pour amener la guérison complète de ce passé (…)

(…) Il ne suffit pas de nous repentir de nos sempiternels péchés ; il ne suffit pas de poser une question d’ordre purement moral : est-ce que je me conduis bien, ou bien est-ce que je me conduis mal ? La question est de savoir quel sorte d’homme je suis (…) Qui suis-je ? Quelle est ma part d’authenticité, et ma part de clinquant ? Jusqu’à quel point est-ce que je m’efforce de paraître au lieu tout simplement d’être ?

Les remords de conscience ne sont pas encore le repentir (…) ils peuvent faire de notre vie un véritable enfer, mais ils ne nous ouvrent pas le Royaume Céleste ; il faut y adjoindre autre chose, qui se trouve au cœur du repentir, c’est à dire nous tourner vers Dieu avec l’espoir, avec le certitude que Dieu a suffisamment d’Amour pour nous accorder le pardon et suffisamment de force pour nous changer . Le repentir c’est ce tournant de la vie, ce tournant des pensées, cette transformation du cœur, qui nous mettent face à face avec Dieu pleins d’un espoir tremblant et joyeux, dans la certitude de savoir que nous ne méritons pas la miséricorde divine, mais que le Seigneur est venu sur terre non pour les justes mais pour les pêcheurs. Ceci n’est pas encore suffisant car beaucoup de choses dans notre vie dépendent de nous mêmes, il faut y ajouter un effort viril qui nous contraigne à mener une vie droite et à abandonner nos anciens errements (…)

La première chose à apprendre c’est à accepter toute notre vie, tous les évènements, toutes les personnes qui y sont entrées, tout ce qui a pu être source de souffrance. Tant que nous n’accueillerons pas le contenu entier de notre vie sans rien laisser de côté, comme si nous la recevions de la main de Dieu, nous ne serons pas en mesure de nous libérer d’une angoisse intérieure, d’un asservissement intérieure et d’une protestation intérieure. Si nous ne recevons pas notre vie des mains de Dieu (…) nous rechercheront sans cesse un autre chemin de l’éternité( …) alors que le seul et unique chemin c’est le Seigneur Jésus Christ.

Eduquer le cœur pour que Dieu « crée en moi un cœur pur, renouvelle en mes entrailles un esprit bien disposé » (ps 50,12) . « pur » signifie transparent.

Le principal obstacle sur la voie de l’éducation du cœur, c’est notre peur devant la souffrance, devant l’affliction de l’âme, devant la tragédie de l’esprit. Nous craignons de souffrir, et pour cette raison nous rétrécissons notre cœur, le cuirassons . Nous avons peur de regarder et de voir, nous avons peur d’écouter et d’entendre ; nous avons peur de voir souffrir quelqu’un et d’entendre le cri de son âme. Aussi nous nous enfermons en nous-mêmes. Et de ce fait nous devenons de plus en plus étroits et captifs de cet enfermement (…)

Un autre procédé que nous mettons en œuvre pour nous protéger de la violence de la douleur, du déchirement de l’âme, c’est de nous mettre dans un état de colère. Il est plus aisé de nous emporter contre le mensonge régnant sur terre, contre les responsables de la souffrance, parfois contre le souffrant qui réclame la compassion que nous refusons de lui donner. Souffrir est un état passif ; souffrir signifie se livrer (…)

Parlant il est vrai non de la souffrance mais de la prière, Théophane le Reclus dit qu’il faut la laisser transpercer notre cœur comme un poignard (…) Oui laisser la souffrance de notre prochain nous transpercer le cœur comme un poignard (…) surtout ne pas se détourner, ne pas se protéger ! Alors seulement notre compassion pourra être créatrice, participation à la douleur de l’autre et l’aider à porter sa croix.



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