Le jeûne

Publié le par Père Jean-Pierre

Saint Jean Baptiste PAGES MÉTANOÏA : Produis, ô mon âme, les dignes fruits du repentir

 


LE JEÛNE COMME COMBAT SPIRITUEL

Qu'est-ce que le jeûne pour nous, chrétiens ? C'est notre incorporation à cette expérience du Christ lui-même, par laquelle il nous libère de notre entière dépendance envers la nourriture, la matière et le monde.

Jeûner ne signifie qu?une chose : avoir faim, jusqu?à la limite de la condition humaine qui dépend entièrement de la nourriture, et là, ayant faim, découvrir que cette dépendance n?est pas toute la vérité au sujet de l?homme, que la faim elle-même est avant tout un état spirituel et que, finalement, elle est en réalité la FAIM DE DIEU....

Nous avons besoin avant tout d'une préparation spirituelle à cet effort du jeûne. Elle consiste à demander aide à Dieu et à centrer notre jeûne sur Dieu. C'est par amour de Dieu que nous devrons jeûner. I1 nous faut redécouvrir notre corps comme temple de la divine présence, retrouver un respect religieux du corps, de la nourriture, du rythme même de la vie.

Père Alexandre Schmemann


DEUX FAÇONS DE JEÛNER

Il y a deux façons de jeûner, enracinées toutes deux dans l'Écriture et la Tradition, et qui correspondent à deux besoins distincts, à deux états de l'homme. Le premier peut être appelé jeûne total, car il consiste en une totale abstinence de nourriture et de boisson. On peut définir le second comme un jeûne ascétique, car il consiste surtout en l'abstinence de certaines nourritures et en une réduction substantielle du régime alimentaire.

Le jeûne total, de par sa nature même, est de courte durée et généralement limité à un jour ou même à une partie de la journée. Dès le début du Christianisme, il fut compris comme un état de préparation et d'attente, de concentration spirituelle sur ce qui va arriver. La faim physique correspond ici à l'attente spirituelle de l'accomplissement, à l'ouverture de tout l'être à la joie qui approche.

C'est pourquoi, dans la tradition liturgique de l'Église, nous trouvons ce jeûne total comme dernière et ultime préparation a une grande fête, à un événement spirituel décisif, par exemple aux veilles de Noël et de l'Épiphanie ; et surtout, c'est ce jeûne qui constitue le jeûne eucharistique, mode essentiel de notre préparation au banquet messianique, à la table du Christ dans son Royaume. L'Eucharistie est toujours précédée de ce jeûne total, qui peut varier dans sa durée, mais qui, pour l'Église, constitue une condition nécessaire à la sainte Communion.

Le jeûne total n'est pas seulement un jeûne des membres de l'Église, c'est l'Église elle-même qui jeûne, en attente du Christ qui vient à elle dans l'Eucharistie, dans les grandes fêtes célébrant l'oeuvre du salut, et qui viendra en gloire à la consommation des siècles.

Tout a fait différent est le sens spirituel du second type de jeûne que nous avons défini comme « ascétique ». Ici, le but du jeûne est de libérer l?homme de la tyrannie déréglée de la chair, qui s'établit lorsque l'esprit cède devant le corps et ses appétits, résultat tragique du péché et de la chute originelle de l'homme.

C'est seulement par un lent et patient effort que l'homme découvre qu'il ne vit pas seulement de pain, et restaure en lui-même la primauté de l'esprit. C'est nécessairement et par sa nature même un long effort soutenu. Le facteur « temps » est essentiel, car il faut du temps pour déraciner et guérir la maladie commune et universelle que les hommes ont fini par considérer comme leur état normal. Le succès de ce jeûne ascétique dépend précisément de l'application de certaines règles fondamentales dont la principale se trouve être l'ininterruption du jeûne, sa continuité dans le temps.

Père Alexandre Schmemann

 

 CONCERNANT LE JEÛNE

Le but du jeûne est de nous permettre de nous concentrer sur Dieu et les choses d?en-haut, étant libérés de la dépendance envers les choses de ce monde.

Le jeûne n?est pas en soi un moyen de plaire à Dieu.

Le jeûne n?est pas une forme de « punition » pour nos transgressions, ni une « souffrance » subie volontairement comme réparation de nos manquements : le Christ a souffert sur la Croix, pour nous, une fois pour toutes ; le salut, un don gratuit de Dieu, ne dépend pas des mérites de notre faim et de notre soif.

Nous jeûnons afin de maîtriser nos passions, afin de faire fructifier en nous le salut offert par Dieu.

Nous jeûnons en orientant nos esprits vers Dieu par l?Église ; le jeûne et la prière, personnelle et communautaire, vont ensemble.


LES CONSÉQUENCES DU JEÛNE

Notre jeûne, si limité soit-il, s'il est un vrai jeûne, conduira à la tentation, à la faiblesse, au doute et à l'irritation. En d'autres termes, il sera un réel combat et probablement nous succomberons bien des fois. Mais l'aspect essentiel du jeûne est justement la découverte de la vie chrétienne en tant que lutte et effort. Une foi qui n'a pas surmonte les doutes et la tentation est rarement réelle. Aucun progrès n'est, hélas, possible dans la vie chrétienne sans l'amère expérience de l'échec. C?est précisément lors de cette première chute que se situe le véritable test : si, après avoir faibli et donné libre cours a nos appétits et a nos passions, nous nous remettons courageusement à la tâche, sans abandonner, quel que soit le nombre de fois où nous faiblissons, tôt ou tard, notre jeûne produira ses fruits spirituels. Il n'y a pas de raccourci pour aller à la sainteté ; on doit payer le prix de chaque pas en avant.

Père Alexandre Schmemann


POUR ALLER PLUS LOIN

  Écrits Spirituels sur le Jeûne

Père Alexandre Schmemann, Le Grand Carême : Ascèse et liturgie dans l'Église orthodoxe. Éditions Bellefontaine, 1977.




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Publié dans careme et jeune

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