LE CHRISTIANISME INTERIEUR( première partie)
JEUDI 9 JUILLET 2009
publié par spiritualite-orthodoxe.blogspot.com
ARCHIPRËTRE JEAN JOURAVSKY
LE MONACHISME D’ORIENT GARDE EN LUI LE MYSTÈRE DU COMMENCEMENT D’UNE EXISTENCE NOUVELLE ET DE LA FIN DE L’ANCIENNE
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La pensée que notre existence pécheresse et corruptible est appelée à cesser lors de la fin du monde est une pensée très ancienne. Les prophètes de l’Ancien Testament l’ont eux-mêmes exprimée. Mais il faut dire que dans le Nouveau Testament, la nouvelle prise de conscience de l’humanité chrétienne la fait tressaillir sous l’effet d’un vent très particulier. Le Christ-Sauveur, tant par Sa parole que par Sa divine incarnation dans notre nature humaine, aborde la question de la fin de cette existence pécheresse et mortelle, c’est-à-dire la fin de ce monde et le commencement d’une nouvelle existence, immortelle cette fois.
La sainte incarnation de Dieu et les mystères qu’elle cache renferme justement la nouvelle existence immatérielle et la fin de l’ancienne existence matérielle.
Le fait même de l’apparition de Dieu dans la nature humaine témoigne clairement du fait que cette nature a reçu le germe d’une autre existence, divine.
L’Eglise chante cela avec allégresse dans des hymnes mystérieux et difficiles à saisir par la conscience qui n’a pas été encore éclairée : « Nous fêtons la mise à mort de la mort, la destruction de l’enfer, le commencement d’une autre vie, éternelle ».
L’arrivée du Christianisme dans le monde introduit cette nouvelle existence, le Christianisme éternel, la religion du triomphe de l’éternel sur le temporel, de l’immortel sur le mortel, de l’incorruptible sur le corruptible.
Le Christianisme est la religion de la résurrection. En elle, l’existence ancienne et corruptible est abolie, l’enfer détruit, l’homme ancien et corruptible et son monde sont appelés à mourir, pour que s’anime l’homme nouveau, incorruptible, immortel, l’homme de la Résurrection qui vit aux cieux.
La fin du monde trouve sa place dans ce vrai Christianisme. Alors disparaîtra le genre humain mortel pour céder la place à un autre genre, immortel, angélique. Le chrétien qui cherche à prolonger cette vie mortelle est puéril ne comprend pas le Christianisme, il ne comprend pas les mystères (cf. Mt.19,12).
Le mystère du Christianisme est grand. Si le genre humain mortel continue d’exister, c’est parce qu’il n’est pas en mesure de contenir ce mystère dans le vase de son développement spirituel, il ne peut renfermer le mystère de l’immortalité du Christ.
Peu nombreux sont ceux qui accèdent à ce mystère. Certains le trouvent dès leur naissance, et d’autres quand le développement de leur conscience spirituelle atteint un certain stade. Alors le genre humain mortel cesse en eux, ils deviennent les porteurs d’un nouveau genre, immortel. En eux se dévoilent les prémices d’une autre vie, éternelle.
Les premiers à porter cette vie éternelle dans leur humanité furent les Apôtres, qui avaient été régénérés par l’Esprit de Dieu, et après eux vinrent les saints moines et tous les saints. Les Apôtres furent les premiers à connaître par l’expérience le commencement d’une vie nouvelle, divine, et en-dehors du temps. C’est pour cette raison qu’il prononcèrent sur ce monde qui vit dans le mal, sur cette existence dans le temps, ces paroles prophétiques : « Enfants, c’est la dernière heure, le monde passe et sa convoitise aussi » (1Jn.2,18-19).
Depuis l’apparition de la nouvelle prise de conscience chrétienne, et de sa nouvelle perception de la vie, s’est allumée la pensée de la fin de l’antique conscience, de la fin de ce monde passager, telle une lumière céleste très particulière. Le tout premier Christianisme fut tout particulièrement inondé par cette lumière, qui connut de façon expérimentale, par un vivant sentiment du coeur, lenouveau, l’autre. Il rejeta l’ancien de façon aiguë, sans concession. Sa conscience ainsi illuminée, il repoussa le monde ancien et son image dans les ténèbres du néant.
Ce sentiment aigu et vivant de prise de conscience chrétienne de la fin du monde résonne fortement dans les paroles du saint Apôtre : « Voici ce que je dis, frères, c’est que le temps est court. Que désormais, ceux qui ont des femmes soient comme ceux qui n’en ont pas, que ceux qui pleurent soient comme ceux qui ne pleurent pas, ceux qui se réjouissent comme ceux qui ne se réjouissent pas, ceux qui achètent comme ceux qui ne possèdent pas, et ceux qui usent de ce monde comme ceux qui n’en usent pas, car la figure de ce monde passe » (1Cor.7,21-30).
Quelle majestueuse conception du monde dans les paroles de l’Apôtre ! Le monde n’est que l’image, l’ombre passagère, mais pas l’objet lui-même ! Quelle conception spirituelle, étrangère à l’existence charnelle ! Quelle perception vivante et aiguë du monde, cette ombre, cette image passagère !
Ayant perçu l’éternité comme une vie nouvelle, les saints ont pu dire de ce monde qu’il n’est que l’image passagère du monde invisible. Malheureusement, cette perception aiguë et vivante de la vie nouvelle n’a pas été reçue par les peuples chrétiens. Elle n’a trouvé de refuge que dans les cellules solitaires des ermites et des ascètes du Christ. Les solitaires ont été les porteurs de cette vie nouvelle, de l’autre existence du Dieu-Homme. Ils ont cheminé sur la voie de la foi au Christ, et cette foi leur a donné la conscience expérimentale des mystères du Christ, du Royaume éternel, des admirables miracles de notre Dieu admirable, Qui était merveilleusement en eux.
Le Christianisme extérieur est devenu mondain et païen. Il s’est adapté à ce monde pour vivre de façon charnelle et matérielle, pour l’amour de l’être charnel. Il ne connaît pas les miracles admirables de notre Dieu admirable. L’existence nouvelle semble bel et bien être l’apanage des solitaires.