LE CHRISTIANISME INTÉRIEUR,suite 1

Publié le par Père Jean-Pierre

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LE CHRISTIANISME INTÉRIEUR


(Archiprêtre Jean Jouravsky)

1918

Les mystères de Dieu ne sont accessibles qu’à ceux qui ont retrouvé la vue par la foi

C’est à vous qu’a été donné le mystère du Royaume de Dieu, mais pour ceux qui sont au dehors, tout se passe en paraboles (Mc.4,11)Le monachisme oriental fait partie de l’humanité chrétienne qui a retrouvé la vue par la foi. En lui sont conservés les mystères du Royaume des Cieux.

Au cours de l’histoire, le monachisme oriental est entré par ses exploits spirituels sur la voie de la foi dans la grâce, il a connu le Royaume des Cieux, et l’a prêché avec amour dans ses écrits sages en Dieu. Un tel christianisme demeure toujours caché.

Par un effet de l’insondable volonté de Dieu, le monachisme oriental joue le rôle de l’Arche de Noé du Nouveau Testament, dans laquelle est conservée la grâce agissante de la perfection qui sanctifie, selon l’expression de Saint Macaire le Grand. Cette grâce sanctifie aussi tout le monde extérieur. Le Seigneur Dieu garde donc uncontact effectif avec le monde extérieur à travers le monachisme.

Dans cette arche, comme dans l’antique Israël, est conservé le mystère de la nouvelle alliance de Dieu avec l’homme. L’antique Israël a gardé dans l’arche un mystère : la promesse de la venue du Dieu Sauveur. Le monachisme garde en lui le même mystère, non pas sous la forme d’une promesse, mais sous la forme de l’accomplissement de cette promesse. Cette promesse fructifie dans le monachisme. Ce Dieu promisqui venait, demeure déjà dans le monachisme comme Sauveur de l’homme. Le mystère caché à ce siècle et à cette génération est révélé aux saints qui demeurent dans le monachisme. Ce mystère, c’est le Christ en nous, selon la parole de l’Apôtre (Col.1,26-27). Le monachisme connaît ce mystère par expérience et le cache dans le choeur lumineux de ses saints.

Le monde chrétien du dehors ne fait pas l’expérience de ce mystère. Il semble extérieurement lui vouer une grande vénération, mais intérieurement, il ne le connaît pas. Le Christianisme reste pour lui une parabole. Entièrement immergé, par l’esprit et les sens, dans le matériel et le terrestre, dans les choses vaines et passagères, dans l’existence païenne non illuminée, le monde chrétien du dehors n’accède pas aux mystères du Royaume de Dieu. Par sa tendance intérieure, il appartient aux enfants de ce siècle qui prennent femme et mari (Luc20,35), oeuvrant pour la prolongation de ce siècle, de son existence mortelle et corruptible. Il ne connaît ni l’autre existence, éternelle, immortelle et angélique, ni la résurrection, qui existe déjà ici bas avant la résurrection générale, comme dit Saint Syméon le Nouveau Théologien. Il n’est pas digne, faute d’effort, d’atteindre l’autre siècle, la résurrection des morts où les hommes ne prendront point de femmes ni les femmes de maris, mais seront comme des anges dans le ciel (Mt.22,30 & Luc 20,34-36 & Phil.3,8-11). N’oeuvrant pas comme il convient, il ne connaît pas les mystères et demeure dans une existence corruptible, mortelle et charnelle. Seuls ceux qui peinent et se font violence ravissent les mystères et pénètrent dans le Royaume. Et c’est là ce que fait le monachisme oriental.

Le monachisme, par l’exploit de la volonté animée par la raison, renonce à l’extérieur et au matériel pour préparer sa nature spirituelle et raisonnable à la résurrection, à la vie future. Le monachisme constitue donc ce christianisme intérieur qui recouvre la vue par la foi, et voit s’ouvrir devant lui une existence secrète, divine, cachée du siècle et de cette génération.

Le monachisme est aussi le porteur de la foi vivante dans le Dieu vivant. Par cette foi, il apporte le Christianisme aux païens. La lumière du Christ brille toujours dans le monachisme et le Christ demeure en lui de manière efficace. C’est pourquoi les âmes simples et croyantes sont attirées par les pèlerinages dans les monastères, et trouvent chez les vieux moines la présence de Dieu d’une manière si vivante que leur coeur ne saurait être trompé. Dieu est en vérité dans le monachisme et dans les coeurs des saints moines.

Ce contact avec le monachisme éclaire le monde chrétiendu dehors et lui permet d’acquérir une grâce active qui sanctifie sa vie extérieure et lui ouvre la voie vers la vie intérieure et spirituelle. La grâce sanctifiante du Christ ne se déverse sur le monde extérieur qu’à travers le monachisme. Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais d’autre voie de sanctification de l’Eglise du Christ. Toute âme chrétienne assoiffée du renouvellement par la grâce de son existence, ne le reçoit et ne le recevra qu’à travers le monachisme. Les saints moines sont les porteurs de cette grâce active. Le mystère de l’Eglise du Christ réside dans la grâce du monachisme.

Le mystère du Royaume des Cieux est donné aux saints ascètes du monachisme oriental, et avec lui cette vie cachée et spirituelle qui conduit à la sanctification.

Le premier de ces ascètes bénis de la nouvelle humanité à ravir par son labeur spirituel le mystère caché de la nouvelle existence fut la Vierge Toute-Bénie, la Mère de Celui qui fut le Prototype de cette nouvelle humanité. La Toute-Sainte Mère de Dieu est la céleste Abbesse du monachisme terrestre. Elle a ouvert la voie des mystères du Royaume des Cieux, elle a inauguré l’exploit ascétique qui permet de ravir les mystères. En elle est née une nouvelle humanité, divine, céleste, angélique, monastique, tendue vers le siècle à venir, l’existence nouvelle et la résurrection dans l’incorruptibilité.
 

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