LE CHRISTIANISME INTÉRIEUR,première partie.
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JUIN 2009

(Archiprêtre Jean Jouravsky)
1918
Les mystères de Dieu ne sont accessibles qu’à ceux qui ont retrouvé la vue par la foi
C’est à vous qu’a été donné le mystère du Royaume de Dieu, mais pour ceux qui sont au dehors, tout se passe en paraboles (Mc.4,11)
L’Évangile est un mystère intérieur et divin. Ce mystère est accueilli dans un sentiment vivant du coeur, qui n’est autre que la grâce de la foi, vécue par expérience. Celui qui ne reçoit pas la grâce de cette expérience n’atteint (et encore dans le meilleur des cas) que le stade où tout se passe en paraboles, le stade de la nouvelle morale chrétienne, et encore jusqu’à Gethsémani. Une telle expérience extérieure de l’Évangile est peu solide. Jusqu’à la première épreuve, on crie Hosanna, et lorsque la foi et l’adoration extérieure commencent à se lézarder, on crie : « qu’Il soit crucifié ! » Au mieux, on s’enfuit dans la nuit noire.
Seule une réception intérieure du coeur permet de dévoiler irrévocablement le mystère de l’Évangile. La réception de la vérité se fait à la mesure de la vie, dit le grand maître du monachisme spirituel, Saint Isaac le Syrien. L’Évangile se révèle à la mesure de la purification, et le coeur se purifie dans l’exploit caché du repentir. C’est pourquoi la première parole du Seigneur au monde pécheur et infidèle fut : Repentez-vous et croyez en l’Évangile !
Le premier commandement du Nouveau Testament est donc celui du repentir. Sans lui, l’Évangile et la vie dans la grâce sont inconcevables. Par lui, l’âme acquiert la grâce de la foi. Le labeur de la purification ranime le sentiment intérieur par lequel l’âme reçoit la vie spirituelle et l’Évangile.
Le péché pétrifie le coeur, le paralyse, met à mort le tendre organe du sentiment intérieur qui accueille la vie spirituelle dans la grâce. Lors du séjour extérieur dans le péché, le mystère du Royaume des Cieux n’est pas accordé.
Pour ceux du dehors, le Christianisme est donné en paraboles. En regardant, ils ne voient point ; en écoutant, ils n’entendent point et ne comprennent pas par le coeur (Cf. Mt.13,13 & Luc8,10). Les mystères ne se dévoilent que sur la voie intérieure du coeur purifié. Et cette voie intérieure, c’est celle du repentir dans la grâce. Sur cette voie, toute la vie intérieure change, corporellement et mentalement.
Le moment initial du repentir, c’est la naissance d’en haut à une nouvelle vie dans la grâce, la vie de repentir, où le coeur se purifie pour accueillir l’Évangile. L’Évangile est une vie nouvelle dans la grâce, une vie divine, la vie des miracles de Dieu. Le coeur purifié par le repentir reçoit cette vie nouvelle et l’accueille comme un miracle, avec un sentiment vivant, il la perçoit de façon tangible, il l’accueille comme la ferme assurance des choses qu’on espère (Hb.11,1).
Le coeur réanimé respire l’air nouveau de la vie spirituelle, l’air du repentir. Mais celui qui entretient des convoitises charnelles en demeurant dans la douceur de la sensualité, pense mener une vie chrétienne spirituelle et se leurre. L’Esprit de Dieu ne demeure pas dans la voie des séductions. Ce n’est pas la voie de l’Évangile car il n’y a pas de purification du péché qui tue. C’est seulement sur la voie du renoncement à la vie charnelle, sur la voie du repentir, et en nul autre lieu, que l’âme peut faire l’acquisition de la foi dans la grâce, que viendra attester un sentiment vivant du coeur.
Seule la conscience d’une foi vivante permet de trouver la vie et l’existence spirituelles. Dans l’exploit du repentir, et de cette foi connue par expérience, l’homme affermit son existence dans le domaine divin, et, par le concours de la grâce, reçoit la déification, communiant à la lumière et participant abondamment à la Divinité. Tout est possible à celui qui croit. Cette vie divine et cachée, spirituelle, s’acquiert dans le secret de la pratique intérieure. Bien peu nombreux sont ceux qui trouvent cette pratique, car peu ont cherché à être attentifs à leurs pensées. Ceux-là, par leur renoncement, appartiennent au groupe des chrétiens de l’intérieur, comme dit Saint Macaire le Grand. Ils sont les porteurs vivants du Dieu vivant, les porteurs de la foi vivante, active et donatrice de vie.
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