Le Kremlin n'a pas renoncé à récupérer l'église russe
Le recteur Jean Gueit (au centre), entouré par Alexis Obolensky et le père Philippenko : « Nous n'avons pas peur de la Justice française. Nous avons un bon dossier. Nos adversaires en sont aussi persuadés. » : C'est le combat de David contre Goliath. Depuis trois ans, une association cultuelle niçoise se bat contre l'Etat russe. Le plus vaste pays du monde (17 millions de km2) convoite l'un des plus petits territoires du monde : la minuscule enclave de la cathédrale orthodoxe de Nice.
La Russie en revendique la propriété en arguant de l'expiration d'un bail emphytéotique de 99 ans signé en 1909. L'association cultuelle s'estime, elle, légitime propriétaire des lieux (voir page suivante) et n'entend pas céder la place. Le bras de fer judiciaire se poursuit devant le tribunal de grande instance. Une audience était fixée au 17 juin prochain. Elle a finalement été reportée au 2 novembre.
Aujourd'hui encore, les responsables de l'association sont sous le choc du coup de force du 7 février 2006 : à 11 h 30, un huissier de justice s'est présenté au portail de la cathédrale sur requête de la fédération de Russie, pour procéder à l'inventaire des lieux...
« On lui a refusé l'accès, on a fermé l'église et mis l'alarme », raconte Jean Gueit, le recteur de la cathédrale et président de l'association.
Un bien très convoité
« A l'époque, les politiques locaux ont volé unanimement à notre secours », souligne ce dernier.
« Comment la Russie peut-elle oser ? », s'interrogeait alors Jacques Peyrat. Tandis que Christian Estrosi, alors président du conseil général, proposait le classement des oeuvres d'art. Ce qui a été fait. Le comité de quartier du Parc Impérial s'était aussi mobilisé. Une pétition de soutien avait recueilli pas moins de 4 000 signatures.
Mais aujourd'hui, l'association s'estime quelque peu lâchée par les politiques pour des motifs de haute diplomatie. Elle craint d'être sacrifiée sur l'autel des intérêts supérieurs de la France dans ses relations avec le Kremlin. La cathédrale Saint-Nicolas est, en effet, l'un des biens les plus convoités parmi tous les édifices religieux, hors du territoire de l'ex-Union soviétique, que le patriarcat de Moscou entend récupérer.
Or, les liens sont à nouveau très étroits entre le pouvoir russe et la hiérarchie religieuse orthodoxe.
« Nous faisons confiance à la Justice »
Pour Jean Gueit, il ne fait pas de doute que la fédération de Russie, sitôt en possession des lieux, en remettra les clés au clergé moscovite.
Approchée par le cabinet du député-maire, l'association s'estime l'objet de pressions plus ou moins discrètes pour accepter une « médiation judiciaire » qu'elle considère comme un piège. Elle soupçonne fortement l'Etat russe d'avoir soufflé une manoeuvre à des hommes politiques français pour tenter d'influencer, en faveur d'un arrangement, le patriarche de Constantinople, Bartholomé 1er, auquel est rattachée la cathédrale de Nice.
« L'adjoint au maire, Bernard Asso, est allé voir en ce sens le représentant de l'Assemblée des évêques orthodoxes de France dont nous dépendons, poursuit Jean Gueit. Il lui a été répondu qu'on irait jusqu'au bout, jusqu'à la Cour européenne des Droits de l'Homme s'il le faut. »
Un accord amiable avec la Russie ? Jean Gueit et son vice-président, Alexis Obolensky, n'y croient pas : « Nous ne pouvons nous appuyer que sur le droit et sur l'opinion publique. Nous, nous n'avons pas peur de la Justice française. Nous avons un bon dossier. Nos adversaires en sont aussi persuadés. D'où leurs tentatives... »