Sur Olivier Clément - bloc-notes de Jean-François Colosimo
« Dissidentia » : ne pas s’asseoir à la table commune, refuser de siéger avec les autres, dire non au mensonge. Tel est le soleil, souvent noir, parfois aveuglant, toujours sidérant, sous lequel se déroule toute vie intellectuelle qui n’entend pas, ou ne sait point, se défier de l’appel à la vérité : le militant désigne l’ennemi pour combler son vide ; celui qui, ne l’ayant pas choisi, se voit emporté par le daîmon socratique ou l’ange de la Révélation, ravi dans la contemplation des substances ou des radiances, se définit contre son camp. Obligation à l’esprit qui le juge plus qu’elle ne le fait juge. C’est pourtant la nostalgie du Royaume qui hantait Olivier Clément. Et l’éros qui anime leBanquet platonicien qui explique sa quête du banquet messianique, sa recherche éperdue d’une improbable unité dont le parfum paradisiaque revient à l’homme, entre naissance et mort, par fulgurances, en gage d’éternité. Arrhes de l’unique sabbat. J’ai dit, ailleurs, ce qu’il convient de penser de la destinée et de l’œuvre qui consista, pour l’essentiel, à sacrifier une vocation plus profonde de poète à réécrire l’orthodoxie dans cette langue française, la nôtre, conforme aux génies grec et juif. Je le redirai au besoin. D’autres le diront entre-temps, s’y essaient déjà. Mais que dire du secret de la personne à l’heure où semble s’arrêter le temps, où les frères humains se rassemblent devant la dépouille mortelle, promise à retrouver la terre originelle, d’enfance, là-bas au Sud, en coin de l’Hérault ? Indéchiffrable, intransmissible secret, certainement. Approchable, assurément. Parce que susurré, confié, en parfaite liberté et humilité, à l’occasion d’une conversation ordinaire, en réponse à une question sans objet, au détour d’une phrase banale. Par des sourires, et quelques larmes aussi.
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