Message de Noel de Son Eminence le Métropolite Emmanuel,
ASSEMBLÉE DES ÉVÊQUES ORTHODOXES
DE France
7, rue Georges Bizet, 75116 PARIS
LE PRÉSIDENT
n.r. : 004967.081205
Message de Son Eminence le Métropolite Emmanuel,
Au nom des évêques membres de l’Assemblée des Evêques
Orthodoxes de France
NATIVITE 2008
« La Vierge aujourd’hui met au monde l’Eternel et la terre offre une grotte à l’Inaccessible ; les
anges et les pasteurs Le louent et les mages avec l’étoile s’avancent, car Tu es né pour nous,
petit enfant, Dieu éternel »
Kondakion de la Nativité
Mes chers frères et soeurs en Christ,
Mes enfants bien-aimés dans le Seigneur,
« Humilité, Grandeur, Espérance »
« L’Orient venu d’en haut », que nous accueillerons comme « nouveau-né » parmi les
hommes, dans la chaleur et le dépouillement de la grotte de Bethléem, m’accorde une nouvelle
fois la grâce de vous adresser, en mon nom personnel et au nom de mes frères dans l’épiscopat
orthodoxe en France, ce message pastoral à l’approche de la commémoration de la Nativité de
notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus Christ.
Notre message est Son message. C’est un message d’humilité, de grandeur, mais aussi
et surtout un message d’espérance.
Humilité
C’est dans l’humilité la plus totale que le Seigneur, « l’Eternel », « l’Inaccessible »
s’est incarné pour notre salut. Lui, le Dieu intemporel et infini, s’est inscrit humblement dans
une lignée humaine. « Qui pourra dire quelle est sa génération?’ » [Isaïe]. Voilà, des centaines
d’années avant la Nativité du Seigneur, qu’Isaïe, le plus éloquent des prophètes, s’est exprimé
ainsi en admirant « de quel comble de gloire Il était descendu dans le dernier abaissement » ?
L’ascendance de Jésus, n’est en effet établie, selon les Saints Pères de l’Eglise, que du
point de vue de sa nature humaine. Les évangélistes Matthieu et Luc qui « ont vu la gloire du
Verbe qui s’est fait chair » (Prologue de l’Evangile de Saint Jean) présentent, en effet, l’arbre
généalogique de Jésus dans leur Evangile. Matthieu commence la lignée dont le Christ est issu,
en partant chronologiquement de ses ancêtres les plus proches en remontant jusqu’à Dieu. Il
place Dieu, parmi les ancêtres du Christ, comme créateur de l’homme. Saint Grégoire Palamas
explique ainsi la volonté de l’Évangéliste de « montrer d’emblée que l’homme n’a pas été
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seulement une créature de Dieu, mais aussi son Fils spirituel ». Le mystère de l’incarnation est
le mystère par lequel l’Invisible se rend visible. Ce mystère nous signifie notre filiation divine,
dans l’humilité du Dieu fait homme, et nous restaure par le Christ la dignité qui était la nôtre
depuis la création.
Grandeur
Quel être humain, doté donc de discernement, n’est saisi de stupéfaction et
d’éblouissement devant la grandeur de la kénose du Christ ? Le Verbe de Dieu et vrai Fils du
Père céleste, consubstantiel au Père et au Saint-Esprit, a daigné s’abaisser jusqu’à nous pour
assumer notre nature humaine. Il a daigné devenir parfaitement « Homme » et se faire appeler
fils d’Abraham, de David et de tous les Ancêtres. C’est là que réside la grandeur de
l’abaissement du Christ et du plan de Dieu : « Etre appelé fils de l’homme » (Mt 11, 19) pour
restaurer l’homme comme « fils de Dieu ».
Nombreux ont été les saints parmi les ancêtres du Seigneur. Ils étaient des saints
hommes en pèlerinage vers l’Unique nécessaire. D’autres ne l’ont pas été, pas suffisamment ou
dans une moindre mesure. Certains des ancêtres du Seigneur avaient même été des pécheurs et
des pécheresses, poursuivis par une réputation parfois peu glorieuse. En dépit de tout cela, le
Seigneur a assumé notre nature humaine et a pris sur Lui nos faiblesses et nos défaillances. En
dépit de tout cela, Il s’est incarné pour nous par Sa Mère toute-pure, la très sainte Mère de Dieu,
en montrant « qu’il ne dédaignait point nos bassesses »1, comme le dit saint Jean Chrysostome.
Bien qu’Il n’eût commis aucun péché, Il daigna s’inscrire dans cette lignée humaine pour que Sa
créature (l’être humain, chacun de nous), soit sauvée et pour porter tous les êtres humains, et
donc chacun de nous, de nouveau vers Dieu. C’est en cela que réside pour nous la grande
espérance portée par la Nativité du Seigneur.
Espérance universelle
Le Christ est en effet l’espérance de toute l’humanité. Son arbre généalogique manifeste
la profonde aspiration de tous les humains à Sa venue. Le livre de la Genèse ne souligne t’il pas
cette longue attente de l’humanité depuis la nuit des temps « jusqu’à ce que vienne celui … à
qui les peuples doivent obéissance » (Ge 49, 10).
Plusieurs ancêtres du Christ, dotés du charisme de prophétie, ont annoncé Sa Nativité
salvatrice, événement universel et salutaire pour tous les hommes. La Nativité du Christ apporte
« la paix sur la terre et la bienveillance parmi les hommes » et n’est jamais séparée de Sa
résurrection salvatrice qui libère la race humaine et apporte la joie à tous les êtres humains.
L’Église, le nouveau peuple de Dieu, composée de toutes les nations du monde, ne
cesse de témoigner, sans relâche, de cette espérance dans sa prière, sa divine Eucharistie, dans
son exigence d’amour envers le prochain, dans sa pratique de la charité et des autres vertus.
Dans ce témoignage, l’Église et le peuple de Dieu traversent parfois des temps difficiles et des
périodes troubles qui les mettent souvent quotidiennement à l’épreuve.
La période actuelle s’annonce en effet, particulièrement difficile pour beaucoup d’entre
nous. Elle voit se développer des crises structurelles à répétition. Leur énumération serait
longue. Crises financières et économiques avec les lots de difficultés sociales qu’elles
engendrent, crises institutionnelles, crises et menaces écologiques… Inquiétante aussi est la
montée en puissance de nouvelles formes de violence qui se manifestent ici et là, souvent à
grande échelle. Certaines de ces violences expriment parfois le développement de nouvelles
1 Jean Chrysostome, Commentaire à l’évangile selon saint Matthieu, Homélie III.
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formes d’absolutisme et d’intégrisme qu’il faut certes condamner. C’est notre devoir à tous, face
à ces phénomènes d’exclusion et de rejet de l’autre, de développer et promouvoir les cultures de
dialogue et de paix. D’autres formes de violences expriment par contre, dans nos cités, et plus
particulièrement parmi les jeunes, un désenchantement et une crise réelle du sens qu’il faut
comprendre et guérir. Il est capital que dans nos sociétés chaque personne humaine puisse se
sentir utile et productive et qu’elle puisse donner un sens à sa vie. Il est de notre devoir à tous
d’être attentifs à ces messages de désespoir et de les réorienter vers le bien. Il est capital aussi de
défendre la dignité de la personne humaine à l’encontre de toute atteinte, directe ou indirecte, à
ses droits et à son intégrité. Je rappelle que pour nous autres chrétiens, la personne humaine ne
peut s’entendre et vivre que dans une altérité. Ceci implique aussi pour nous d’être vigilant et
utile dans nos sociétés pour promouvoir réellement et concrètement la fraternité entre les
hommes, pour aider à mettre en place des formes de solidarité active pour combattre la
pauvreté, la détresse humaine et l’exclusion.
Plus que jamais, les difficultés du temps présent doivent nous affermir dans notre
espérance chrétienne et nous inciter à demeurer « lucides » et porteurs « d’espérance » et de
« fraternité ». Ces trois mots « lucidité, espérance et fraternité » sont très chargés de sens
chrétien. Ils étaient d’ailleurs au coeur du message de la Nativité de notre Conseil d’Eglises
chrétiennes en France, message préparé et signé conjointement avec nos frères catholiques et
protestants de France.
Période trouble certes, mais elle n’est pas dépourvue de sens ni d’espérance pour nous
autres chrétiens car le Seigneur se tient toujours à notre porte. « Voici, je me tiens à la porte, et
je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui,
et lui avec moi » (Apocalypse 3,20). Entendons la voix du Seigneur et ouvrons-Lui les portes de
nos vies pour qu’Il les remplisse de grâce et de bonté.
En mon nom personnel, et au nom de mes frères évêques, membres de l’Assemblée des
Evêques Orthodoxes de France, je vous adresse avec tendresse et amour paternels, mes
meilleurs voeux en priant le Seigneur de vous faire communier aux lumières de Sa Nativité.
Que Celui dont la Nativité « … a fait resplendir dans le monde la lumière de la
connaissance » (Tropaire –Apolytikon- de la Fête de la Nativité) vous conduise et vous comble
de Ses bénédictions. Amen.
NATIVITÉ 2008
Avec tous mes voeux paternels
† Emmanuel de France
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