Bloc-notes de Jean-François Colosimo,Sur le défunt patriarche russe Alexis II : un premier bilan
un. 08 déc 2008
Sur le défunt patriarche russe Alexis II : un premier bilan
Alexis II est passé à Dieu. Mémoire éternelle, donc ! Le temps viendra du portrait plus intime, de la méditation sur la personne et la destinée. D’autres ne manqueront pas de le faire, ailleurs, singulièrement dans toutes ces « Russies » dont il fut le primat et qui sont sous le coup desa disparition. Mais l’heure réclame aussi, en dépit de l’émotion, de dresser un état, même rapide, de son action. Jusque dans sa mort, trop précoce comme toute mort mais aussi eu égard aux urgences du présent, celui qui fut le premier patriarche de Moscou de l’après-communisme continue de déterminer l’avenir de l’orthodoxie au troisième millénaire. En voici une esquisse menée à grands traits, acquis et horizons mêlés.
1. Né en 1929, dans les pays baltes avant l’invasion soviétique, Alexis II fut l’homme d’un double héritage : l’esprit du concile de 1917, annonçant le renouveau théologique du XXe siècle et la conscience aiguë, qui marqua sa jeunesse, de la persécution. L’Eglise ne peut vivre hors de l’ouverture au monde dont elle est la vie ; toute Eglise historique peut faire face, un jour, à la possibilité de sa fin. Son engagement devait balancer entre ces deux intuitions fondamentales. Pour le dire autrement, il partageait l’appel crucial à la Tradition créatrice que les pères Alexandre Schmemann et Jean Meyendorff, issus de la même noblesse de service que lui, allaient incarner dans l’émigration ; et il savait, d’expérience, la solidarité extrême à laquelle voue le peuple souffrant. Fait intime, souvent passé sous silence dans les biographies officielles, son père, lui- même homme d’Eglise, connut les camps. D’où, certainement, un sens aiguisé et plénier de la responsabilité pour les autres, placé sous le signe de l’unité de tous.