Cardinal Tarcisio Bertone : « La laïcité positive doit maintenant passer dans les faits »
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Cardinal Tarcisio Bertone : « La laïcité positive doit maintenant passer dans les faits »
À la veille de sa venue en France au côté de Benoît XVI, le secrétaire d’État du Saint-Siège a confié aux rédactions de "La Croix" et de "Pèlerin" son regard de plus proche collaborateur du pape sur l’Église de France et l’engagement des catholiques dans la société
Pouvez-vous nous rappeler quels sont vos liens personnels avec la France ?
Quels sont les défis que les catholiques français doivent relever prioritairement ?
L’Église, en France, doit demeurer fidèle à cette tradition en continuant d’embrasser par son regard et par son engagement l’ensemble des réalités humaines. L’histoire de l’Église dans votre pays présente à cet égard des visages de sainteté très divers, qui attestent de son ouverture très large et permanente aux défis du monde, en même temps que de la grande fécondité sociale de l’Évangile.
La question de la laïcité a récemment suscité de nouveaux débats, d’abord lors du centenaire de la loi de séparation de l’Église et de l’État, puis en raison des propos tenus en décembre 2007 par le président de la République à Rome, lors de sa visite au Saint-Siège. Comment percevez-vous ce débat ?
Heureusement, ces deux éléments ont un peu évolué au cours de ces dix dernières années. Le président Sarkozy en a ainsi donné la mesure lors de son discours au palais du Latran, quand il a parlé d’une laïcité « positive » qui reconnaisse l’importance et la valeur des religions.
Comment la situation doit-elle évoluer selon vous ?
Si les mots ont une signification, la laïcité positive ne constitue pas une menace pour le principe de laïcité, ni même une rupture. Cela signifie seulement que cette laïcité n’est pas aveugle et qu’elle ne méconnaît pas le fait religieux. C’est une évolution qui la rend plus saine. Il faut maintenant que cette conception de la laïcité passe peu à peu dans les faits.
La société française est de plus en plus marquée par le pluralisme religieux. Comment l’Église doit-elle aborder ce nouveau contexte ?
Le dialogue interreligieux ne s’oppose ni ne se substitue au témoignage. Ce dialogue entre les grandes traditions religieuses, dont la logique profonde est celle de la charité, n’a pas pour finalité d’effacer les différences entre les croyants. Il obéit à une autre motivation : celle de découvrir, aidés les uns par les autres, la vérité sur Dieu, sur l’homme et sur sa mystérieuse destinée.
Sachant les fortes attentes autour du dialogue interreligieux et, en même temps, le désir actuel de beaucoup de chrétiens de s’y engager, je tiens à signaler qu’un document du Conseil pontifical est en préparation pour aider et stimuler les acteurs de ce dialogue.
Benoît XVI accomplit sa visite pastorale en France à l’occasion du 150e anniversaire des apparitions de la Vierge à Bernadette. Quelle place peuvent avoir un tel événement et un tel lieu dans la vie des croyants ?
En raison de ma formation salésienne, je vis de façon intense la dévotion à la Vierge (1) et je suis très attaché à Lourdes, qui marque profondément le visage du catholicisme français. L’Église de France nourrit, en ce lieu, un lien filial singulier avec Marie, comme en témoignent la fréquentation très importante du sanctuaire et les grands pèlerinages – National, diocésains et internationaux – qui s’y déroulent chaque année.
Elle reste à l’écoute des événements de Lourdes, d’où elle tire une attention particulière aux petits, confidents privilégiés des secrets du Royaume, et une forme de courage qui ne se laisse pas effrayer par la pauvreté de ses moyens ou par des données sociologiques qui marquent un certain affaiblissement.
Au final, quelle image avez-vous de l’Église de France ?
(1) Le cardinal Bertone a publié récemmentLa Dernière Voyante de Fatima. Ce que m’a dit Sœur Lucia (Bayard Éditions, 186 p., 18 €).
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