Quel avenir pour les chrétiens d’Irak ?

Publié le par Père Jean-Pierre

 
l ag
ir et le bon
comportement


Les questions de liberté de cons­cience et d’exercice du culte nous préoccupent au plus haut point, et nous restons vigilants à tout ce qui viendrait mettre à mal ce droit inaliénable. Aussi nous semble-t­il que les tracasseries, limitations et autres contraintes auxquelles est soumise en ce moment l’Église d’Algérie sont tout simplement inacceptables. Cette prise de po­sition participe, au-delà d’une désapprobation de principe, d’une émulation à assainir la situation
ab intra , chaque fois que les préceptes de la religion que nous professons sont trahis. Plaider la cause de son frère opprimé est facile. Mais réagir contre l’oppression et l’injustice qui frappent quiconque, a fortiori l’autre selon l’appartenance con­fessionnelle, est plus conforme aux commandements moraux enseignés dans nos traditions religieuses.
Sous prétexte d’endiguer la dé­ferlante « évangélique » qui prend pour cible le peuple algérien pour le convertir, les autorités n’ont rien trouvé de mieux que de réduire le
champ des libertés religieuses. Et elles s’y prennent très mal. Ce n’est pas en traduisant devant les tribunaux des prêtres, suite à des lois de circonstances iniques, que cette question de « mission » sera réglée. À supposer qu’il faille dé­férer au gouvernement d’un État démocratique l’administration des consciences et accepter la collusion des questions reli­gieuses avec celles proprement politiques.
À vrai dire, ce sont davantage les exactions des GIA et les atrocités commises au nom de Dieu par l’extrémisme aveugle qui ont fragilisé l’esprit de certaines fran­ges de la population algérienne, rendant ténus leurs liens avec leur tradition religieuse. Et, comme le besoin de transcendance de­meure, elles répondent favora­blement aux sollicitations parfois discutables des évangéliques. La seule réaction qui vaille est le bel agir et le bon comportement. On ne témoigne de sa foi que par une attitude soucieuse et affectueuse à l’égard du frère, quel qu’il soit, le lointain et le prochain.
Quelles raisons poussent donc des musulmans, particulière­ment les islamistes, nourris­sant l’angoisse d’être dissous dans le monde, à se serrer frileusement les coudes pour constituer un front uni contre les agents agresseurs « ennemis de Dieu » ? Dans une réaction de survie, ils déploient tous les ef­forts pour consolider les rangs et faire croître l’ oumma . Or, la question fondamentale n’est pas le nombre d’âmes sauvées, mais de se conformer aux valeurs universelles de paix et de justice, d’amour et de fraternité, dans l’entraide et la solidarité. Il faut aussi rompre le paradoxe qui, avec la logique perverse de l’idée conquérante de mission – pour quelque reli­gion que ce soit –, révèle sa ra­dicale opposition à la liberté de conscience, d’option religieuse et de construction autonome de la personne.
Le grand œuvre d’expurgation et d’assainissement interne est affaire de courage et de convic­tion. Ce chantier, titanesque, sera conduit par les hommes et les femmes de foi qui ne veulent pas que leur tradition spirituelle soit flétrie, ni que leurs valeurs d’ouverture et d’hospitalité soient perverties par des zéla­teurs illuminés ou corrompues par des gouvernants à l’horizon opaque.

 
 Ghaleb bencheikh,President de la conference mondiale des religions pour la paix(France)
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FORUM >>>> Pierre de Charentenay,

jésuite, rédacteur en chef de la revue «Études»
Quel avenir pour les chrétiens d’Irak ?(..et du moyen -orient....)
Le voyage organisé par Pax Christi-France en Irak en février dernier, avec une délégation dont je faisais partie, a eu un grand impact sur l’opinion française. Il a provoqué de très nombreuses réactions et une véritable prise de conscience sur la situation des chrétiens dans ce pays. Il faut s’en féliciter. En cinq ans, la population chrétienne y est passée de 800000 à 400000 personnes. Le pays se vide de ses chrétiens, menacés de toute part d’enlèvement ou d’assassinat. Beaucoup ont dû quitter les villes de Mossoul ou de Bagdad d’un moment à l’autre, sans bagages voire sans famille.
L’enlèvement, survenu le 29 fé­vrier, de l’archevêque chaldéen Paulos Faraj Rahho dans une rue de Mossoul n’a fait que confir­mer la fragilité de leur position. Trois occupants de sa voiture, le chauffeur et deux diacres de son diocèse, étaient assassinés à bout portant. Le 13 mars, Mgr Rahho était retrouvé mort, alors que les Américains attaquaient la ville de Mossoul pour limiter l’action des groupes terroristes. La demande de rançon pouvait laisser penser qu’il s’agissait d’un groupe crimi­
nel. Mais l’assassinat du P. Youssef, prêtre syrien-orthodoxe, devant sa femme et ses enfants le 5 avril à Bagdad, a montré qu’il s’agissait d’un phénomène beaucoup plus profond, la volonté d’éradiquer la présence chrétienne sur ce territoire.
Seule la région nord du Kurdistan accepte et respecte actuellement les chrétiens. Elle accueille les réfugiés chrétiens venant du Sud, quelque 100 000 d’entre eux déjà. Elle leur construit des maisons en dur, mais ne peut pas leur garantir du travail, ni souvent l’école, qui a du mal à s’adapter à ces popu­lations arabisantes dans un pays où l’éducation est en kurde. Néan­moins, la sécurité leur est assurée, ce qui est considérable dans cette région, même si les Turcs menacent toujours d’envahir le Kurdistan comme ils l’ont fait pendant dix jours à la fin de février 2008.
Les plans de partition de l’Irak en trois régions – pour les Kurdes, les chiites et les sunnites – ne laissent pas de place aux chrétiens de ce pays, qui sont pourtant là depuis plus d’un millénaire. Là encore, le Kurdistan est prêt à leur donner une zone réservée dans le nord­ouest du pays. Mais l’idée d’un
rassemblement des chrétiens dans cette région ne satisfait pas tout le monde, car ce serait prendre acte de la purification religieuse en cours et de l’élimination des chrétiens des territoires sunnites et chiites, où ils avaient vécu en bonne intelligence avec les musulmans. Regrouper les chrétiens, c’est oublier les capacités de vivre ensemble qui avaient été développées pendant des siècles. C’est renoncer au pluralisme re­ligieux qui a caractérisé l’Irak si longtemps.
Émus par cette situation, quel­ques gouvernements européens ont décidé d’accorder des visas à des Irakiens chrétiens : 500 pour la France, 30000 pour l’Allema­gne, après des milliers de la part de la Suède. Ils répondent ainsi à la demande de multiples personnes qui veulent fuir. Comment ne pas comprendre cette volonté de vivre sous des cieux plus pacifiques ?
En même temps, ce sauve­qui-peut individuel, facilité par l’Occident, répond exactement à ce que veulent les terroristes et que ne veulent pas un certain nombre de chrétiens, notamment les responsables de communauté. Mgr Louis Sako, archevêque chal­déen de Kirkouk, le dit sur tous les tons :
« Nous ne voulons ni d’une ré­gion chrétienne à part, ni de visas pour partir un par un. Nous voulons que soient rétablies les conditions pour rester. »
Les chrétiens d’Irak sont devant un choix impossible : partir ou res­ter. La seule issue serait le retour de la paix sur ce territoire. Mais on entre là dans des perspectives qui dépassent le cadre irakien. L’intervention américaine a li­béré toutes les forces concurren­tes à l’intérieur des communautés chiites et sunnites, et entre elles. Il faudra des années (comme en Bosnie-Herzégovine) pour permettre que tous ces groupes vivent ensemble.
C’est donc sur les Américains que la pression doit reposer pour assurer cette présence chrétienne.
Il leur revient de garantir la liberté de l’exercice du culte et de la vie des chrétiens sur tout le territoire de l’Irak. Il leur revient aussi de mettre en place les commissions d’enquête adéquates pour savoir d’où viennent les tueurs et les kidnappeurs. La communauté internationale devra davantage faire pression sur eux, pour obtenir ce minimum qui permettrait aux chrétiens de rester.
Le processus qui se déroule de­vant nos yeux en Irak est d’autant plus grave qu’il est l’archétype d’un fonctionnement qui se produit de manière larvée dans d’autres pays, comme la Turquie, l’Algé­rie, la Syrie ou l’Indonésie. Dans ces pays, les chrétiens font l’objet d’une discrimination systématique et d’une élimination organisée. Il est temps que l’opinion publique prenne conscience de ces événe­ments dont nos frères chrétiens sont les victimes. Le droit de cette minorité religieuse est systémati­quement bafoué. Il ne s’agit pas de faire du communautarisme primaire, il s’agit de défendre le droit des chrétiens comme celui d’une minorité gravement en danger dans de nombreux pays du monde.




 

 
 
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