VIE DE S. ALEXIS DE BORTSOURMANA (1762 - 1848
VIE DE S. ALEXIS DE BORTSOURMANA (1762 - 1848)
commémoré le 21 avril / 4 mai
Le père Alexis Gneoucheff naquit le 13 mai 1762. Son père était prêtre. Lorsqu’il en eut l’âge, son père l’envoya étudier au séminaire de Nijni-Novgorod. A l’issue de ses études, il fut ordonné diacre, à l’âge de 22 ans, et fut affecté à l’église du village de Bortsourmana, dans la région de Nijni-Novogorod. Treize ans plus tard, il fut ordonné prêtre de la même église, qu’il ne quitta pas jusqu’à son trépas. Durant les premiers temps de son ministère, il ne se distingua point par la rectitude de vie et s’adonnait même parfois à la boisson. Mais son attitude changea brusquement après l’événement que nous allons décrire. Une fois, on vint le chercher de nuit afin qu’il apportât la Sainte Communion à un mourant, dans le village voisin. Le père Alexis se mit en colère contre celui qui venait le chercher, le réprimandant pour le dérangement qu’il lui occasionnait pour peu de choses, car l’état du malade n’était pas, selon lui, si grave et il pourrait attendre le lendemain. Le père Alexis renvoya donc sonvisiteur chez lui et partit dormir. Cependant, il ne pouvait s’endormir, la pensée du paysan chez lequel on l’avait appelé lui revenant à chaque instant. Ne tenant plus, il se leva et partit chez le malade. Arrivé chez lui, il le trouva mort, mais avec, à côté de lui, un Ange tenant le Saint Calice dans les mains. Cette vision surprit tant le père Alexis, qu’il tomba à genoux devant le défunt et pria toute la nuit. De retour chez lui, il était déjà devenu un autre homme. Depuis ce jour, il célébrait sans faille quotidiennement la Liturgie et, dans la mesure de ses forces et de ses possibilités, il observait le typicon et la règle de prière en cellule monastique. Sa règle était la suivante : à minuit, il lisait l’office de minuit, les douze psaumes ainsi que la vie du saint du jour. Le matin, il lisait les prières du matin, les heures, l’acathiste à Saint Serge, à Sainte Barbara, ou à Saint Métrophane. Au milieu du jour, il lisait quatre cathismes du psautier, le soir, le canon et l’acathiste au Sauveur, le canon à l’Ange gardien, les prières du soir, le tout accompagné de métanies avec la prière de Jésus. La nuit, à chaque fois qu’il se réveillait, il faisait aussi des métanies. En vingt-quatre heures, il faisait en général mille cinq cents métanies.
Le temps qui lui restait après les services liturgiques, il recevait les fidèles chez lui. A ceux qui voulaient entreprendre un labeur spirituel élevé – un podvig – il donnait sa bénédiction ou, au contraire, le leur déconseillait, selon les révélations qu’il recevait de Dieu. Il guérissait les malades et les infirmes par ses saintes prières. Il consolait par la parole de Dieu ceux qui souffraient. Parfois, il lisait des instructions spirituelles à ceux qui venaient le voir, mais toujours avec un tel amour et une telle douceur, qu’il s’attirait, à leur insu, le cœur de ceux qui l’écoutaient, agissant profondément sureux. Les seuls envers lesquels il s’adressait avec sévérité étaient les sorciers et diseurs de bonne aventure : il refusait même de les recevoir et leur faisait savoir qu’il ne les accueillerait que lorsqu’ils se repentiraient devant Dieu et abandonneraient leurs occupations diaboliques. Il rejetait non seulement ces personnes, mais aussi tous ceux qui les fréquentaient.
Quant aux pauvres et misérables, le père Alexis leur donnait ce qu’il pouvait. Une partie de l’argent qu’il recevait des riches, il la donnait pour orner l’église deBortsourmana, et tout le reste, il le donnait aux pauvres. A ceux-ci, il nedemandait jamais rien lorsqu’il célébrait des offices privés pour eux. Il distribuait aux pauvres des vêtements, et des chaussures de paysans – laptis –qu’il fabriquait lui-même après la liturgie. Très souvent, lorsque des malheurs les frappaient – tels que l’incendie de leur ferme ou les épidémies chez lesanimaux – les paysans trouvaient de l’argent déposé chez eux, ne sachant parqui, grâce auquel ils pouvaient continuer leur exploitation. Personne ne savait d’où venaient ces aumônes, jusqu’au jour où le père Alexis fut surpris en train de déposer en cachette de l’argent chez un paysan dont la maison avait brûlé.
Parfois, lorsque le père Alexis disposait d’un peu de temps, il travaillait dans les champs et accomplissait certains travaux domestiques. Il avait une petite ruche, dont il s’occupait personnellement.
Détestant lui-même l’oisiveté,il enseignait aux autres de toujours travailler.
La famille du père Alexis était composée de son épouse Marie, pieuse et laborieuse, de son fils Léon et de ses deux filles Elpis et Tatienne. Plus tard vécurent chez lui sa filleule Matrone et son frère Alexandre, qui était diacre.
Comme il a été dit plus haut, le père Alexis reçut de Dieu le don de guérison et de clairvoyance. Dieu le rendit digne également de nombreuses visions et révélations. Il confiait souvent à l’higoumène d’un monastère du nom de Marie, qu’il estimait beaucoup, ce qu’il cachait aux autres. Ecoutons le récit de celle-ci : « Alors qu’ atteint d’une grave maladie, ce juste staretz était alité, plein de patience, il fut rendu digne d’entendre un chant si doux, qu’aucune langue humaine ne peut le transmettre, et de voir la Reine des Cieux Elle-même, accompagnée de la mégalomartyre Barbara, vêtue de blanc, visitant son serviteur souffrant, qui, le guérit, sans l’aide d’aucun médecin».
Le père Alexis lui-même décrivit les visions et les révélations qu’il avait reçues. Une fois, la nuit, le Seigneur Jésus-Christ Lui-même lui apparut, revêtu d’un vêtement royal, et le bénit. Avec le Christ se trouvaient trois vierges vêtues de blanc, c’est-à-dire les trois vertus : Foi, Espérance et Charité ; la Mère de Dieu apparut aussi depuis le ciel, et il entendit une voix qui annonçait: « Celui-ci est Mon Fils unique, le Fils de Dieu ».
A l’époque de l’invasion française, en 1812, le père Alexis priait pendant la Liturgie, afin que le Seigneur accordât à la Russie la victoire sur l’ennemi, et il vit soudain un Ange, envoyé de Dieu, qui lui annonça que les puissances célestes s’étaient mises en mouvement pour venir en aide à la Russie et que l’ennemi serait anéanti.
Une fois, au moment de l’épiclèse, lorsque, selon l’usage russe, le père Alexis prononça la prière« Seigneur, qui envoya Ton Très-saint Esprit la troisième heure sur Tes apôtres… », il entendit une voix descendant du ciel sur le Corps et le Sang du Christ, disant « Celui-ci est Mon Fils bien-aimé ».
Neuf années avant son trépas, Saint Alexis se retira de toute occupation paroissiale et familiale pour s’installer dans une cellule, dont l’unique fenêtre donnait sur l’église. Eloigné de tout souci du monde, le père Alexis se consacra uniquement à la prière. Les siens ne dérangeaient sa solitude que dans des cas très rares.
Le père Alexis avait alors l’aspect d’un vieillard décrépit et courbé. On dit que son visage était très semblable à celui de Saint Séraphim de Sarov. Ses yeux reflétaient la paix et l’amour. Sa joie spirituelle intérieure illuminait tout autour de lui. Son regard était pénétrant. On avait l’impression qu’il voyait à travers chaque homme et qu’il lisait ses plus secrètes pensées. Le père Alexis était petit et très maigre. Sa voix était faible et douce, tant dans la vie courante que lorsqu’il célébrait l’office divin. Il s’habillait très simplement, portant un simple kaftan. Les trente dernières années de sa vie, il ne prenait plus de bains, et, à la fin, il portait un cilice, avec lequel il fut enterré selon son souhait. Il dormait sur une simple toile. Dans sa vieillesse, à cause de ses longues stations debout, il fut malade des jambes.
Dans sa petite cellule ne se trouvaient qu’un petit poêle, un lit primitif, une table avec quelques chaises,un lutrin placé devant une icône avec une veilleuse allumée.
Sa principale occupation était la prière et l’accomplissement des offices liturgiques. Selon le commandement de l’apôtre, le père Alexis priait sans cesse. Bien qu’il observât, déjà auparavant, le typicon monastique, , il accomplissait maintenant, en cellule, les offices dans leur intégralité. A quelque heure que l’on aille à sa rencontre, il était plongé dans la prière. Il n’aimait pas raccourcir les offices et était fort sévère envers la négligence dans l’accomplissement de ceux-ci. Il ne prenait de la nourriture qu’une seule fois par jour. Il ne mangeait jamais de viande. Le mercredi et le vendredi, il ne mangeait aucune nourriture cuite. Il observait strictement les carêmes et ne prenait ni poisson, ni huile lorsque cela était permis. La première et la dernière semaine du Grand Carême, personne ne sait comment il se nourrissait : à sa demande, on ne lui apportait alors aucune nourriture.
Si grande étaient sa foi et son amour envers Dieu, si profondes et sincères étaient ses prières, que l’ennemi du genre humain ne pouvait le laisser en paix et, par conséquent, lui envoya de nombreuses épreuves. Le père Alexis les mentionna à l’higoumène Marie déjà citée. C’est ainsi qu’au moment des prières nocturnes et des métanies, l’ennemi l’élevait de terre et le lâchait sur le sol, seul le secours de Dieu pouvant le protéger. Lorsque, par faiblesse humaine, le sommeil le prenait, les démons ne le laissaient pas tranquille, mais l’éprouvaient par diverses visions :« Pourquoi dors-tu, le Roi vient », ou « Il y a un incendie dans ta cellule, et tu vas périr ! » Chaque fois, se réveillant, le père Alexis faisait des métanies ou lisait le Psautier et renforçait ainsi sa faiblesse corporelle. Dans les notes qu’il a laissées, on peut lire :« Dieu a permis que des épreuves m’adviennent, et des démons nombreux sont descendus. A peine ai-je pu me délivrer de ceux-ci par le nom du Seigneur Dieu. A peine ai-je pu célébrer la Liturgie et m’opposer à eux, mais la Très Pure Mère de Dieu, les Anges et les saints du Christ m’ont secouru. Si j’ai été éprouvé par les afflictions et les souffrances de la part des démons, ainsi que des visions nocturnes par la permission Divine, c’est en raison de mes graves péchés. Par la grâce de Dieu, je fus sauvé ». Une fois, les épreuves diaboliques furent telles que le père Alexis pria devant l’icône du Sauveur,afin qu’Il prît son âme. En réponse à cette prière, le père Alexis vit des larmes couler sur l’icône et entendit une voix qui lui promettait la couronne des justes.
De la même façon que le père Alexis chassait les épreuves par la prière et par le jeûne, il apprenait aux autres à lutter avec eux et à croire fermement dans l’aide de Dieu. Voici, par exemple, ce qu’il écrivait à Mère Marie dans l’une de ses lettres :« Patiente et espère dans l’aide de Dieu, grâce à laquelle tu peux vaincre toutes les attaques de l’ennemi des âmes humaines. S’il n’y avait pas d’épreuves, il n’y aurait point de couronnes. Le militaire est décoré parce qu’il lutte pour sa patrie, corps à corps contre l’ennemi. L’ennemi de notre âme est bien plus dangereux que tous ces ennemis qui se manifestent lors des batailles habituelles ».
S'adonnant au jeûne et à la prière, le père Alexis, les dernières années de sa vie, n’allait nulle part, si ce n’est à l’église. Tout le reste du temps, il restait dans sa cellule. Jusqu’à ce qu’il se retire, le père Alexis se rendait avec empressement et grande joie chez tous ceux qui lui demandaient des offices(baptêmes, offices d’intercession etc…). Par contre, il refusait les invitations, il n’aimait pas perdre son temps à des choses inutiles, détestait les conversations futiles.
Traduction du russe et version française de Bernard Le Caro que nous remercions chaleureusement.
Bernard le Caro est l'auteur d'une excellent biographie de Saint Jean de Changhaï, publiée aux Editions l'Age d'Homme.
