Infos du 20 Mars , actualisée
jeu. 20 mars 2008
En Inde, les chrétiens redoutent des violences à Pâques
Lors du Mardi saint, l'archevêque de Delhi a appelé ses prêtres à « prendre des mesures préventives »
Pourtant, ce même jour, Mgr Concessao a adressé aux prêtres de ses 52 paroisses une lettre de mise en garde contre de possibles violences pendant cette Semaine sainte. « Considérant l’augmentation d’incidents et de violences contre des chrétiens dans divers endroits du pays, écrit-il, et spécialement les récentes attaques contre des églises et des communautés à Delhi, je vous appelle à prendre des mesures préventives. Ceci n’est pas pour vous effrayer, ni pour effrayer nos paroissiens, mais seulement à titre de précaution. »
Il faut dire que depuis début mars, à trois reprises, des catholiques de Delhi se sont fait attaquer à la sortie de la messe par des militants du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), un mouvement nationaliste hindou fondé en 1925. « La police était là, mais elle a laissé faire », constate Tehmina Arora, jeune avocate pour l’Association de défense des chrétiens, basée à New Delhi.
Et de rappeler qu’en 2007, 192 cas d’attaques contre des chrétiens ont été recensés par son association, sans compter les violences commises dans l’État de l’Orissa à Noël, au cours desquelles cinq chrétiens ont été tués, 200 églises catholiques ou protestantes et institutions chrétiennes ont été détruites ou incendiées et 700 maisons de chrétiens ont été attaquées.
« Filmer les célébrations, pour que toute perturbation puisse être montrée »
« Que l’archevêque de la capitale de l’Inde en soit réduit à écrire à ses prêtres pour les prévenir qu’il pourrait y avoir des attaques contre eux, prouve que ce problème est grave et que ce ne sont pas seulement les chrétiens des zones rurales de l’Orissa qui sont visés », insiste le P. Emmanuel. D’ailleurs, lors de leur assemblée plénière fin février, les évêques ont consacré deux séances aux violences antichrétiennes.
De même, Mgr Concessao recommande, s’il devait y avoir le moindre problème ces jours-ci, de le dénoncer aussitôt à la police afin d’engager des actions en justice. « Il nous faudra aussi informer les médias », précise le P. Emmanuel, qui regrette que la presse indienne – et par conséquent les agences internationales – se soit peu intéressée, jusqu’à présent, à ces violences faites aux chrétiens. « La plupart des journaux en Inde sympathisent avec l’idéologie du BJP », estime le P. Emmanuel à propos du Bharatiya Janata Party, parti nationaliste hindou issu du RSS, actuellement au gouvernement dans cinq États d’Inde et qui participe à une coalition gouvernementale dans deux autres, dont l’Orissa.
Les populations pauvres se convertissent au christianisme
Or, lorsque ces populations pauvres et exploitées se convertissent au christianisme, « elles bénéficient peu à peu d’une meilleure éducation et leur niveau de vie s’améliore lentement », constate le P. Emmanuel. C’est le cas pour 10 % des dalits (16 millions sont chrétiens sur 160 millions au total, selon le dernier recensement national de 2001) et pour à peine 2 % des populations tribales (2 millions sur 75 millions) ; quant aux chrétiens d’origine shudra, on les estime à 4 millions.
« Les hindous fondamentalistes du RSS et du BJP considèrent que ce sont les missionnaires, tant catholiques que protestants, qui sont à l’origine de ces évolutions sociales préjudiciables pour eux, donc ils les attaquent », résume le P. Emmanuel. Tous ces chrétiens d’origine tribale, basses castes ou hors caste (regroupés en anglais sous les initiales de SC/ST/PC) font l’objet du suivi attentif du Comité national de coordination pour les dalits chrétiens (NCCDC), dont font partie les catholiques et des protestants (1).
Le NCCDC, en lien régulier avec le gouvernement, milite notamment pour l’égalité de statut et des droits entre dalits chrétiens et non chrétiens (2). « Mais dès lors que l’on fait le lien entre conversion au christianisme et obtention de droit constitutionnel, on donne des arguments aux hindous fondamentalistes », déplore le P. Cosmond Arokiarag, secrétaire général de la Commission épiscopale SC/ST/PC. Et de rappeler que les hindous des castes supérieures, membres du RSS et du BJP, redoutent non seulement de ne plus trouver de main-d’œuvre sous-payée pour travailler dans leurs champs ou dans leurs maisons, mais aussi de voir leurs enfants concurrencés dans l’obtention d’un poste par des jeunes issus des castes inférieures.
Pour autant, il ne faudrait pas croire que les conversions au christianisme ne concernent que les villages et les Indiens des basses castes. « Des jeunes urbains, très éduqués, sont séduits par le christianisme parce qu’ils y trouvent une aide pour faire face à la compétition et au stress professionnel », estime Vishal Arora. Ce méthodiste, journaliste indépendant, est issu d’une famille hindoue de la bourgeoisie de Delhi et s’est converti en 1994 « en lisant les Béatitudes ». Comme lui, nombre des chrétiens des villes appartiennent aux castes supérieures. Cela n’empêche visiblement pas les nationalistes du RSS de s’en prendre aussi à eux.
Claire LESEGRETAIN, à New Delhi
(1) Par le biais, respectivement, de la commission SC/ST/PC rattachée à la Conférence épiscopale indienne (CBCI) et du Conseil national des Églises indiennes (NCCI).
(2) Du fait du 3e paragraphe de la Constitution de 1950, un dalit qui quitte l’hindouisme en devenant musulman ou chrétien n’a plus le droit de prétendre aux quotas, notamment pour l’accès à l’université et à la fonction publique, qu’avait accordés Gandhi aux dalits. Ce paragraphe est âprement combattu par le NCCDC au titre de discrimination sur base d’appartenance religieuse.
19 mar 2008 - GRÈCE : l'Eglise de Grèce opposée au projet de loi visant à instaurer un " contrat d'union libre "
Lors de sa session du 17 mars 2008, sous la présidence de son primat, l'archevêque Jérôme II d'Athènes, le saint-synode de l'Eglise de Grèce s'est déclaré opposé au projet de loi visant à instaurer une " contrat d'union libre ", indique un communiqué de l'archevêché d'Athènes. Dans un bref mémorandum en deux points, adopté après un " large échange d'opinions " entre les membres du saint-synode, les évêques ont tenu à rappeler que " l'Eglise proclame le respect absolu du sacrement du mariage dont le but réside dans l'accomplissement spirituel commun des époux en Jésus-Christ, et dont le fruit est la naissance des enfants ". Dans ces conditions, elle ne saurait accepter tout autre forme de " lien conjugal " en dehors du mariage, " célébré selon les rites traditionnels de l'Eglise ". Aussi, récuse-t-elle le projet du gouvernement car son application, selon les évêques du saint-synode, reviendrait à " légaliser de très graves péchés et [à] détruire les fondements de la famille chrétienne et de toute la société grecque ". C'est pourquoi le saint-synode exprime " l'espoir et le souhait " que le projet de loi ne sera pas adopté, ajoute encore ce communiqué, qui précise que l'archevêque Jérôme II s'était préalablement entretenu de cette question avec le ministre de la justice, Sotiris Hatzigakis, qui est à l'initiative du projet de loi sur " le contrat d'union libre ", dont l'un des objectifs, entre autres, est de donner un statut aux 5 % d'enfants nés hors mariage dans ce pays. Dans un communiqué publié en réponse à la déclaration du saint-synode, Sotiris Hatzigakis a affirmé que " les positions de l'Eglise étaient respectables ", mais que, toujours selon lui, il fallait distinguer la légalisation de l'union libre, qui ne saurait être mise sur le même plan que le sacrement du mariage, et la simple réglementation des conséquences sociales de l'union libre telle que le prévoit son projet législatif. L'Eglise orthodoxe de Grèce, qui compte environ 8,5 millions de fidèles, a le statut d'Eglise d'Etat. Jusqu'en 1982, la Grèce ne connaissait que le mariage religieux, mais, depuis, elle a introduit le mariage civil.Le métropolite Cyrille a participé à l'assemblée du Conseil des droits de l'homme de l'ONU
Le travail de l'assemblée s'est étalé sur quinze jours, du 3 au 28 mars. C'est la première fois qu'à ses débats furent invités des représentants religieux. L'idée d'engager une discussion sur différentes approches des droits de l'homme a été soutenue par plusieurs Etats, dont la Fédération de Russie.
Dans son intervention (dont la traduction française intégrale sera publiée dans le prochain numéro du Messager de l'Eglise orthodoxe russe), le métropolite Cyrille présente longuement la vision des droits de l'homme du point de vue de la tradition orthodoxe et dans le contexte de l'héritage philosophique et historique russe.
Il y exprime l'attachement inaliénable de l'Eglise orthodoxe russe aux droits universels de l'homme: "Les chrétiens ne peuvent rester indifférents à l'avenir de ce message de première importance pour l'humanité, même si ce message des droits de l'homme est exprimé dans un langage séculier". Il a attiré l'attention cependant sur certaines dérives que les valeurs universelles connaissent dans certaines circonstances: "L'approche séculière pousse souvent les hommes à renoncer à l'expression publique de leur foi. Cela conduit à l'instauration d'une société irreligieuse que ne peut soutenir aucun homme véritablement croyant".
Ainsi, Mgr Cyrille a exprimé la conviction la notion "des droits de l'homme ne doit pas entrer en contradiction avec les normes éthiques que la majorité des êtes humains reconnait comme désirables. Si les droits de l'homme contribuent au relativisme éthique dans la société, ils seront dans cette interprétation étrangers aux croyants".
Enfin, le métropolite Cyrille a annoncé que l'Eglise orthodoxe russe prépare actuellement un document sur la vision orthodoxe des droits et de la dignité de l'homme qui sera examiné par le prochain concile des évêques du patriarcat de Moscou. Ce concile est prévu au courant de l'été 2008.
Dimanche dernier, 16 mars, dimanche de l’orthodoxie, l’archiprêtre Nicolas Cernokrak, doyen de l’Institut Saint-Serge et recteur de la paroisse Saint Séraphin de Sarov à Paris, a prononcé l’homélie dans la cathédrale Saint Étienne. Pour lire le texte de celle-ci, cliquez sur ce lien.
Photographie (de ML): père Nicolas lors de son homélie
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