Infos,actualisation
Sophie Delarue, responsable de la catéchèse du diocèse de Nanterre, est tout d’abord intervenue pour présenter la façon dont la foi dans le Christ mort et ressuscité, cœur de notre espérance, est transmise chez les Catholiques. Il est essentiel de tenir compte du terrain sociologique tant des enfants que des parents, mais aussi des catéchistes qu’il est souvent nécessaire de former en profondeur étant donné la diversité des croyances rencontrées parfois chez des personnes qui se disent catholiques. Il s’agit donc d’un chemin parcouru ensemble, pour être en mesure de transmettre du fond de son être la réalité de ces événements extraordinaires – souvent mal compris, parfois rejetés – que sont la Passion et la Résurrection du Christ.
Pour vivre cette fête ensemble, il est proposé à tous de participer à la vigile pascale, office long mais d’une très grande richesse qui permet de vivre le cœur de notre foi chrétienne. L’accent est aussi mis sur la participation aux célébrations de la semaine sainte. Avec les enfants, des activités concrètes sont mises en place, pour rendre tangible la notion de passage (ténèbres / lumière ; nuit/matin ; mort/vie), pour éprouver la réalité de la Passion de Jésus (en confectionnant un jardin de Pâques avec chemin de Croix…) Le sens du Carême est aussi appuyé dans sa dimension positive : plus de prière, plus d’attention à l’autre, plus de joie. Les offices liturgiques sont des soutiens essentiels dans la catéchisation : beaucoup d’enfants sont baptisés à la vigile pascale après un chemin en commun mené avec toute leur famille, d’autres communient pour la première fois le jeudi saint.
Agnès Kirchbach, pasteur dans le diocèse de Nanterre, a ensuite souligné combien la question de Pâques lui semblait la plus difficile, du point de vue pédagogique, car en rupture totale avec notre société et notre culture. Pour pénétrer dans le mystère pascal, on prend à la manière protestante les récits concernant la Passion, qui permettent de prendre conscience tout ce que vit Dieu dans sa chair afin de raccommoder la rupture avec l’homme. Cela peut se faire en s’identifiant à l’un des personnages du drame de la Passion, en éprouvant avec lui un écho qui permette d’aborder les événements de l’intérieur et de se demander quelle est notre place vis-à-vis du Christ. Un autre thème pascal est celui de la première alliance, mise en parallèle avec la nouvelle pour en faire comprendre tout l’enjeu.
Il s’agit donc d’un chemin catéchétique très dense, qui permet d’aborder les aspects essentiels, notamment la notion de péché, de coupure d’avec Dieu. Le bon catéchiste est celui qui sait indiquer la porte par laquelle l’enfant peut pénétrer dans ce mystère. Il est nécessaire d’être plusieurs face à un groupe d’enfants, pour respecter la dimension ecclésiale de l’enseignement. La catéchèse est un lieu d’expérience spirituelle, où l’on éprouve la force de l’Esprit à l’œuvre.
L’intervenant orthodoxe, Ivan Karageorgiev, étudiant d’origine bulgare en mastère 2 en théologie à l’Institut Saint-Serge, a souligné qu’il était important, avant tout, d’être devant nos enfants les témoins de l’immense amour que Dieu a pour nous et qui se révèle de façon éclatante dans la Passion et la Résurrection du Christ. Il a évoqué les différents aspects de la Tradition de l’Église orthodoxe qui orientent notre chemin vers Pâques : l’époque printanière qui permet de vivre dans la matière la naissance nouvelle que nous propose Dieu, le Carême comme moment d’orientation plus intense vers Lui. Le Carême d’aliments, notamment, nous fait participer tout entiers, corps compris, à ce chemin d’attente. Le repentir et le pardon pour se tourner à nouveau vers Dieu sont aussi deux notions essentielles à transmettre. Il est important de faire prendre conscience à l’enfant que c’est l’amour de Dieu qui nous pousse au repentir, plutôt que la crainte d’un châtiment. Les célébrations liturgiques, particulièrement durant la Semaine Sainte, restent des moments très forts, dont le caractère théâtrale touche les enfants. Des coutumes plus concrètes liées à la fête de Pâques permettent de faire pénétrer les enfants dans le mystère de la Résurrection, tels les œufs rouges ou les préparations culinaires, qui peuvent être le support matériel d’un enseignement théologique et font participer l’enfant à la fête. Ivan a évoqué de façon très émouvante une nuit de Pâques dans son village bulgare, à laquelle il assistait encore tout enfant, faisant allusion à la joie divine en même temps que bien concrète, vécue par tous, malgré les difficultés de leurs existences, joie qui est appelée à rayonner dans toute notre vie et s’exprime à travers les coutumes paraliturgiques, parlantes pour les enfants.
L’après-midi fut l’occasion d’une discussion en groupe sur la façon dont chacun abordait la catéchèse de Pâques avec les enfants, selon sa propre tradition. Furent évoqués ensuite les nombreux thèmes de réflexion pressentis pour les années à venir : le pardon, la vie liturgique en Église prolongée dans la sphère de la famille, la catéchèse de l’Eucharistie dans notre contexte de mixité confessionnelle… Des supports catéchétiques furent ensuite présentés, notamment le fascicule Vers la Joie Pascale, récemment réédité par Catéchèse Orthodoxe et disponible à la librairie Saint-Serge. L’ensemble de la rencontre fut marquée par un fort climat d’amitié et cimenté par l’impression marquante que, au delà des disparités confessionnelles, la fête du Pâques constitue pour tous le moment essentiel de notre vie dont nous sommes désireux de transmettre toute la joie à nos enfants.
Le 22 février dans la salle rectorale du MGuIMO a eu lieu une rencontre du corps enseignant et des étudiants de l’institut avec l’archevêque de Chersonèse Innocent, diplômé du MGuIMO en 1974.
Le destin de Mgr Innocent (Valéry Fedorovitch Vassiliev dans le civil) est assez inhabituel pour un diplômé typique du MGuIMO, puisque après avoir achevé l’institut, il a lié sa vie non pas à la politique ou à la diplomatie, mais à l’Eglise orthodoxe de Russie. Voici huit ans que ce diplômé de la faculté des relations extérieures est l’ordinaire du diocèse de Chersonèse, dont les paroisses sont situées en France, en Italie, en Espagne, au Portugal et en Suisse.