Ménée et synaxaire du 15 Janvier

Publié le par Père Jean-Pierre

Le 15 janvier, nous célébrons la mémoire de notre vénérable Père PAUL de THÈBES

Au temps où l'empereur Dèce (vers 250) faisait répandre à flots le sang des Martyrs dans toutes les régions de l'empire romain, vivait en Basse-Thébaïde (Egypte) un jeune homme pieux, savant et orné de toutes sortes de vertus, que la mort de ses parents avait laissé à la tête d'une grande fortune. Pour échapper à la tempête de la persécution, il se retira dans une maison de campagne; mais, bientôt, l'époux de sa soeur, désirant accaparer pour lui seul tout l'héritage familial, conçut le projet de livrer le jeune Chrétien aux persécuteurs. Pris de crainte, Paul s'enfuit alors dans le désert, abandonnant ainsi derrière lui tous ses biens.

Après une longue marche, il parvint un jour au pied d'une montagne et découvrit une caverne merveilleusement située, cachée à la vue de tous, qui avait autrefois servie de repère à des faux-monnayeurs. Un vaste palmier y offrait ses fruits et son ombrage, et une source l'eau claire nécessaire à la vie. Il s'installa donc dans ce petit paradis offert par Dieu, et y passa toute sa vie dans le silence et la prière.

Au bout de longues années (en 342), il vint à la pensée de
Saint Antoine le Grand, âgé de quatre-vingt-dix ans, que nul autre homme n'avait mené sur la terre une vie si parfaitement consacrée à Dieu. La nuit suivante, il fut averti en songe qu'un autre ermite menait cette vie céleste, plus parfaitement que lui, dans un autre désert, et avait atteint l'âge de cent treize ans. Le vénérable vieillard prit sans retard son bâton et se mit en marche droit devant lui, en s'abandonnant à la Providence pour lui montrer la route. Il rencontra sur son chemin plusieurs animaux monstrueux, suscités par le démon, qui, réduits à l'impuissance par le signe de la Croix, lui indiquèrent la direction à suivre. Une louve le conduisit finalement jusqu'à la grotte, et il parvint, à force de prières et de supplications, à convaincre Paul d'ouvrir la porte.

Les deux vieillards échangèrent alors un saint baiser, se saluant tous les deux par leurs propres noms; ils rendirent grâce à Dieu d'avoir permis cette rencontre et, s'étant assis, Paul, qui n'avait pas parlé aux hommes depuis 90 ans, demanda à Antoine comment allait le monde, si l'idôlâtrie et la persécution y régnaient toujours. Au cours de l'entretien un corbeau vint soudain voleter au-dessus d'eux et posa à leurs pieds un pain frais tout entier. Paul dit à son visiteur: «Admire la bonté de Dieu. Voilà 70 ans que Dieu m'envoie par ce corbeau, chaque jour, une moitié de pain pour ma nourriture, et, aujourd'hui, à ton arrivée, le Seigneur a doublé la ration». Après avoir pris cette réfection céleste avec actions de grâces, ils passèrent la nuit entière en prière. Le jour venu, Paul confia à Antoine qu'il connaissait depuis longtemps son séjour dans le désert, et que le Seigneur l'avait envoyé maintenant vers lui pour rendre à la terre son pauvre corps de terre, car l'heure de la fin de ses combats approchait.

Antoine, fondant en larmes, le supplia de ne pas l'abandonner ainsi et de prier le Seigneur, pour qu'il le prenne avec lui. Saint Paul lui demanda alors d'aller chercher dans son monastère le manteau que
Saint Athanase d'Alexandrie lui avait donné, afin de l'ensevelir. Le vieillard de quatrevingt-dix ans retrouva les forces de sa jeunesse pour faire avec diligence, en un jour, ce voyage, brûlant du désir de revoir Paul et craignant qu'il ne rendît l'âme pendant son absence. Le lendemain matin, il était encore en chemin, lorsqu'il vit l'âme de Saint Paul s'élever dans le ciel au milieu des choeurs des Anges, des Prophètes et des Apôtres. Il s'écria: «Paul, pourquoi m'abandonnes-tu? T'ayant connu si tard, faut-il que tu me quittes si tôt?» Il courut jusqu'à la caverne, où il trouva Saint Paul immobile, comme en prière. Il l'enveloppa dans le manteau du grand confesseur de l'Orthodoxie, chanta pour lui les hymnes des funérailles et, aidé providentiellement par deux lions qui vinrent creuser une fosse avec leurs griffes, il déposa avec dévotion le corps du premier ermite dans la terre, en attente de la résurrection. Afin de pas être privé de la grâce qui avait rempli le Saint pendant son existence terrestre, Antoine emporta avec lui la tunique que Paul avait confectionnée de ses mains avec les feuilles du palmier, et il la revêtait aux grandes solennités de Pâques et de la Pentecôte.
Le 15 janvier, mémoire de notre vénérable Père JEAN le CALYBITE1

Sts Paul et St Jean
Saint Jean le Pauvre pour le Christ naquit à Constantinople sous le règne de Léon ler (457-474). Fils d'un riche et puissant sénateur, Eutrope, il reçut une éducation des plus soignées auprès de maîtres réputés, et montra dès son enfance une extraordinaire piété. Alors qu'il n'avait encore que douze ans, il rencontra un jour un moine du monastère des Acémètes2, qui se préparait à partir en pèlerinage à Jérusalem, et il le pressa de questions sur le mode de vie des moines, sur leurs pratiques ascétiques, sur leurs hymnes perpétuelles et leur prière dégagée de tout souci. Transporté de joie en entendant la description de cette vie angélique menée par des êtres mortels, il fit promettre au moine de venir le prendre à son retour. Sous prétexte de suivre les leçons de lecture de son maître d'école, il obtint de ses parents un beau manuscrit de l'Evangile, luxueusement relié, et rehaussé de dorures et de perles. Il le portait sans cesse avec lui comme le plus précieux de ses biens, et, lorsque l'ancien revint de Jérusalem, il s'enfuit en secret de la maison paternelle, en n'emportant avec lui rien d'autre que ce livre.

Une fois parvenu au Monastère des Acémètes Jean émut l'Higoumène par sa ferveur et ses larmes, et réussit à le convaincre de le tonsurer et de le revêtir de l'habit monastique le jour même, malgré son jeune âge, sans le soumettre à la période ordinaire de noviciat. Dès lors, il montra un zèle admirable dans les combats de l'ascèse et dépassa bientôt en toutes les vertus les moines les plus éprouvés. Pendant trois ans, il ne mangea que le dimanche, après avoir communié, et devint si maigre que personne ne pouvait reconnaître sous ses traits le jeune et délicat aristocrate. Le démon, jaloux de tels progrès, déclencha alors contre lui une guerre acharnée, en présentant sans relâche à sa pensée le souvenir de ses parents et en incitant son coeur juvénile à leur rendre visite. Les confessions répétées, l'accroissement des jeûnes et les larmes abondantes ne parvenaient pas à le délivrer de cette pensée funeste. Finalement, il obtint de son supérieur la permission de retourner vers la maison familiale, non pour se soumettre, vaincu, à la tentation, mais pour mener de front le combat contre le diable, grâce à la puissance du Christ et à la prière des saints Pères. A la sortie du monastère, il échangea ses vêtements contre les haillons d'un mendiant et, après plusieurs jours de marche, il arriva de nuit, harassé, à la porte du palais familial, méconnaissable sous ses frusques après tant de combats ascétiques. Les serviteurs le recueillirent et le prirent en pitié, mais comme il leur avait été interdit de recevoir des mendiants, ils obtinrent du maître de maison la permission de l'installer non loin de l'entrée, dans une pauvre cabane (calyve), pour le protéger des rigueurs du climat. Un jour, comme la mère de Jean, toujours affligée de la perte de son fils bien-aimé, sortait pour se rendre à l'église, elle aperçut avec répulsion ce mendiant, hideux et défiguré, assis à la porte de sa cellule, et elle donna l'ordre qu'il se tienne désormais enfermé à l'intérieur, s'il ne voulait pas être chassé.

Pendant trois ans Saint Jean vécut ainsi en reclus, objet du mépris de ses parents, de la risée et des mauvais traitements des serviteurs et des passants. Non content de ces afflictions involontaires, il ajoutait l'offrande volontaire à Dieu de ses jeûnes et de ses prières ininterrompues. Une nuit, le Christ lui apparut et lui dit: «Réjouis-toi, Jean, car tu as vaincu le diable par ta patience et tu as déjoué toutes ses ruses. Le temps de ta fin approche, dans trois jours les Anges viendront te prendre et t'emmèneront vers moi».

Jean fit alors demander à la maîtresse de maison si elle voulait bien condescendre à venir le visiter avant sa mort. D'abord surprise de cette demande, sa mère vint donc jusqu'à sa cabane. Le pauvre, qu'elle avait depuis si longtemps méprisé, la remercia chaleureusement pour son hospitalité, lui demanda la faveur d'être enterré dans la cabane même, avec ses vêtements, et lui offrit en présent l'évangile d'or qu'il avait reçu d'elle, dix ans auparavant. Le coeur de la mère sursauta à la vue du manuscrit. Elle courut le montrer à son époux, puis ils vinrent tous les deux supplier le mendiant de leur révéler d'où il tenait cet objet si précieux. Le visage baigné de larmes, le Saint leur dit: «Je suis Jean, votre fils, et c'est par amour pour le Christ que j'ai pris ce livre que vous m'avez donné, comme un joug doux et léger, et que j'ai décidé de vivre comme un étranger».

Les deux parents, mêlant la joie des retrouvailles à la douleur de son départ de cette terre, tenaient leur fils dans leurs bras pendant qu'il leur racontait toutes les péripéties de sa vie, et, quand il remit son âme à Dieu, ils lavèrent son corps de leurs larmes.

Toute la ville de Constantinople s'émut en apprenant l'histoire héroïque de Saint Jean, et compatit à la douleur de ses parents. On vint en foule aux funérailles de ce Martyr volontaire dans sa misérable cabane, sur l'emplacement de laquelle on construisit plus tard une église où la Grâce de Dieu, par les prières de Saint Jean le Pauvre, accomplit quantité de Miracles.

1. Voir l'histoire analogue de
Saint Alexis l'Homme-de-Dieu.
2. Voir la notice de St Marcel l'Acémète, le 29 décembre.

15 JANVIER

De nos vénérables Pères Paul de Thèbes (341) et Jean le Calybite (vers 450).

TROPAIRES ET KONDAKIA

Tropaires

de St Paul, t. 3 :

A l’instigation de l’Esprit divin, * tu habitas, le premier, au désert, * imitant le zèle de saint Élie * et recevant ta nourriture d’un oiseau ; * par Antoine le monde t’a connu * comme semblable aux Anges ; * vénérable Paul, supplie le Christ notre Dieu * de nous accorder la grâce du salut.

de St Jean, t. 4 :

Ardemment dès l’enfance ayant aimé le Seigneur, * tu quittas le monde et ses plaisirs et dans l’ascèse te distinguas ; * tu fixas ta cabane devant le seuil de tes parents * et les pièges des démons, tu les brisas, bienheureux Jean ; * c’est pourquoi le Christ t’a justement glorifié.

ou bien, si l’on veut les célébrer ensemble, tropaire, t. 4 : Dieu de nos Pères…

Kondakia

de st Paul, t. 4 :

Fidèles, célébrons le divin Paul, * ce flambeau éclairant le monde par la hauteur de ses vertus, * et chantons au Christ : tu es l’allégresse des Moines saints.

de st Jean, t. 2 :

Chérissant la pauvreté pour imiter le Christ, * tu laissas les richesses de tes parents * et, prenant dans tes mains son Évangile divin, * à sa suite, saint Jean, tu marchas, * sans cesse auprès de lui intercédant pour nous tous.

De notre vénérable Père Gabriel, fondateur du monastère de Lesnov en Bulgarie (X).

Tropaire, t. 8 : Ayant de tout coeur aimé le Christ plus que tout, * dans la douceur, la patience, l’humilité, * tu lui as consacré sur terre ton entière vie ; * toi qui as hérité la demeure des cieux * et mérité le bonheur des Justes, avec eux * intercède pour le salut de nos âmes.

Kondakion, t. 6 : Sur terre comme un ange tu vécus ; * l’évangile, tu l’as illustré par ta vie ; * tu as élevé ton esprit vers le ciel * et tu as enseigné à tous la piété ; c’est pourquoi nous te disons bienheureux : * Réjouis-toi, vénérable Gabriel, pure gloire de Lesnov. 

SYNAXAIRE

St Paul de Thèbes (341) ; St Jean le Calybite (V)

St Pansophos, martyr (249-251) ; & St Maur, disciple de St Benoît, abbé à Angers (584) ; St Bonet, évêque d’Auvergne (710) ; Ste Maure et Ste Britta, vierges, Tours (IV) ; Ste Tarcise, vierge (vers 600) ;St Malard, évêque de Chartres (vers 660) ; St Émébert, évêque de Cambrai (vers 710) ; Ste Ita, moniale (764) ; St Lleuddad de Bardsey, abbé (635) ; Sste Salomé d’Oudjarma et Pérodjavra de Sivni (IV).

St Paul de Thèbes
St Jean le Calybite
St Pansophios d’Alexandrie
St Gabriel, Fondateur du Monastère de Lesnov en Bulgarie
St Prochore, fonadateur du Monastère de Vranski en Bulgarie
St Maur, disciple de St Benoît

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