Dans la Croix

Publié le par Père Jean-Pierre


ENTRETIEN
>>>> Frédéric Lenoir, directeur du « Monde des religions », universitaire, écrivain (1)
« Les chrétiens devraient rappeler quelles valeurs les font vivre »

Frédéric Lenoir était dimanche l’invité du Jour du Seigneur « C’est aussi de l’info » en coproduction avec « La Croix » sur France 2

Q
u’est-ce que le christianisme peut apporter à la modernité alors qu’il semble parfois dis­
qualifié pour l’affronter?
FRÉDÉRIC LENOIR :
Je pense exacte­ment l’inverse. Je défends la thèse que le christianisme est complètement moderne. On ne se rend plus compte à quel point le christianisme, sur les valeurs, a gagné la bataille des idées. Prenons le slogan de la République française: «Liberté, égalité, frater­nité». On ne se souvient plus que ce sont les penseurs modernes de la Renaissance, les philosophes des Lumières qui ont utilisé le message des Évangiles, ce message d’égalité, ce message de liberté.
Oui, mais pour l’avenir…

L’origine profonde des droits de l’homme – sur lesquels nous sommes aujourd’hui tous d’accord, et pour les­quels nous sommes prêts à aller dans la rue: l’égalité, la liberté de cons­cience, la liberté d’expression – est dans les Évangiles. Les chrétiens sont donc parfaitement en phase avec le monde moderne. Ils le sont tellement qu’on a oublié justement que ces va­leurs-là sont d’origine chrétienne.

Mais alors pourquoi, quand les chrétiens entrent dans le débat public, s’inquiéter d’un
« retour des religions » ?
Parce qu’il y a aussi, dans le chris­tianisme, un aspect beaucoup plus dogmatique, une institution religieuse, une communauté. Ces différents aspects du christianisme peuvent faire peur lorsque l’on est face à un retour plutôt identitaire, communautaire, des religions. Cela dit, les chrétiens ont la chance, je trouve, d’avoir une religion qui est fondée sur des textes d’une telle liberté et d’une telle universalité que le consensus est possible avec des non-croyants.

Quel serait le combat à mener aujourd’hui ?

Le grand combat à mener aujourd’hui c’est de rappeler la va­leur sacrée de la personne humaine. Dans un monde qui est de plus en
plus matérialiste et déshumanisant, le christianisme porte en lui cette valeur fondamentale que toute per­sonne est sacrée. Cela, beaucoup de gens peuvent le comprendre même s’ils ne sont pas chrétiens. Histori­quement, les Églises n’ont pas tou­jours été à la hauteur de ce message mais elles ont sans cesse à revenir à ce message d’amour et de respect d’autrui. À mon avis, il est la seule issue pour lutter contre les méca­nismes de mort et de destruction à l’œuvre dans notre monde. Je pense que les chrétiens devraient rappe­ler quelles valeurs fondamentales les font vivre, parce que je pense que ces valeurs-là, tout le monde les attend.

RECUEILLI PAR

JEAN-MARIE GUÉNOIS

(1)
Christ philosophe
, Éd., Plon, 305 p., 19 €.

                                               

KOSOVO
Je tiens à saluer l’initiative courageuse que votre publication a prise de consacrer plusieurs pages de votre numéro des 8 et 9 décembre au « Kosovo, au risque de l’indépendance »,
ce qui tranche avec l’indifference glacée ou la partialité constante de la grande majorité des médias français. (...) Je regrette que vous n’ayez pas clairement mis en évidence qu’une déclaration d’indépendance uni­latérale, même approuvée par un certain nombre de pays occidentaux, constituerait une violation caractérisée du droit public international. Pour la première fois depuis la création de l’ONU, on assisterait ainsi à une amputation par la force, en dehors de toute base juridique approuvée par le Conseil de sécurité, d’une partie du territoire d’un État souverain, membre de l’ONU. (...) Par ailleurs, votre dossier ne met pas suffisamment en exergue le fait que le territoire du Kosovo, qui ne s’étend que sur 10 850 km2, se caractérise par une très forte concentration d’églises, monastères, chapelles et ermitages, sans équivalent en Europe. Le « Memorandum sur le Kosovo et la Métochie » de l’Église orthodoxe serbe (publié en français en 2004 et disponible à l’église serbe Saint-Sava de la rue Simplon à Paris 18e) précise que mille trois cents églises ont été édifiées par l’Église serbe sur ce petit territoire, entre le XIIe et le XXe siècle. La destruc­tion de « plus de trente églises et monastères serbes en deux jours d’émeutes », survenue en mars 2004, en présence des forces internationales, illustre l’im­portance du patrimoine chrétien de cette région et les dangers auxquels il risque d’être exposé.
Le Vatican, qui connaît fort bien la situation en Serbie (le nonce apostolique fut l’un des très rares diplomates à ne pas quitter Belgrade pendant les 78 jours de bombardements de l’Otan au printemps 1999), est la seule instance internationale suscep­tible d’empêcher le crime qui se prépare. Au-delà même des exactions et des violences physiques di­rigées contre un vieux peuple de paysans accrochés à la terre de leurs ancêtres et aux églises construites par ceux-ci, de nouvelles destructions et profana­tions sacrilèges de lieux saints constitueraient un crime contre l’Esprit.

Lioubomir Mihailovitch

(Paris)

Publicité

Publié dans infos diverses

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article