Le sens de la fête C'est le Baptême du Christ que l'Eglise orthodoxe célèbre le 6 janvier sous le nom d'Épiphanie ou de Théophanie. Le mot Épiphanie signifie manifestation. En Occident il a été compris surtout comme la manifestation du Christ aux nations non juives, lors de l'adoration des Mages. En Orient il s'agit plutôt de la manifestation de la Trinité, lors du Baptême du Christ. C'est pourquoi la fête s'appelle plus souvent la Théophanie, c'est à dire la manifestation de Dieu. Les deux manifestations sont unies, bien évidemment. C'est ce que nous dit un texte de l'avant fête de la Théophanie, le 2 janvier : " Éclatante était la fête passée ( Noël), plus lumineuse encore celle qui se prépare. Alors l'étoile avait averti les Mages ( car en Orient on fête l'adoration des Mages à Noël maintenant le Père Te manifeste au monde, ô ! Seigneur... " Une prière du 6 janvier nous dit aussi : " Dans la fête qui vient de se terminer nous T'avons vu enfant ; dans celle-ci nous Te voyons homme parfait et nous apparaissant comme Dieu parfait de Dieu parfait. " Ainsi le Baptême du Christ est le couronnement du mystère de Noël. Le chant principal de la fête nous indique l'objet le plus important de cette célébration : " Dans Ton Baptême au Jourdain, Seigneur, s'est manifestée l'adoration due à la Trinité car la voix du Père Te rendit témoignage en Te nommant Fils bien-aimé et l'Esprit sous forme de colombe confirmait cette parole inébranlable. Toi qui T'es manifesté, ô Christ notre Dieu, et qui as illuminé le monde, gloire à Toi! " Ce qui est manifesté lors du Baptême du Christ, c'est donc bien la Trinité puisque la voix du Père s'est fait entendre en désignant Jésus comme le Fils et que l'Esprit Saint s'est fait voir sous la forme d'une colombe. Donc les trois personnes de la Trinité se sont chacune manifestées à Jean-Baptiste. Un texte des Matines le dit clairement: " Le Père désigne comme son Bien-aimé, celui qui est sorti de son sein : Oui, dit-il, celui-ci, qui est mon Fils consubstantiel, a jailli comme la lumière du genre humain. Il est le Vivant puisqu'il est mon Verbe. Devenu mortel par sollicitude divine. " Un autre texte nous dit que le Père affirma : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé, mon égal quant à la nature ". La fête de la Théophanie est donc l'occasion pour nous d'actualiser notre foi sur deux points très importants : d'une part Jésus est le Fils de Dieu de même nature que le Père, et d'autre part Il est aussi vraiment homme. Un autre aspect très intéressant de cette fête ( il y en a bien d'autres mais je ne peux pas tout dire ), c'est qu'en acceptant d'être baptisé comme s'Il était un pécheur, en descendant dans les eaux du Jourdain, Jésus sanctifie ces eaux et régénère toute la création. Il faut savoir que pour les anciens l'eau était à la fois un élément de vie pour une raison évidente et un élément de mort. L'eau est indispensable à la vie, c'est clair pour tous. Mais aussi on se noie dans les eaux et les inondations causent de gros dégâts. Par conséquent les eaux font peur bien qu'elles soient source de vie. C'est pourquoi les Hébreux y ont vu un repaire de dragons, voire de démons. Quand le Christ descend dans le Jourdain, Il va se revêtir des eaux comme d'un manteau et cela préfigurera déjà son ensevelissement au tombeau, donc sa mort. Mais de même que par sa Résurrection, marque de sa Divinité, Il détruira le pouvoir de la mort, de même la prière de bénédiction des eaux lue le 6 janvier dit au Christ : " Tu as écrasé les têtes des dragons qui étaient tapis dans les eaux... " Comme le dit ailleurs cette même prière : " | Aujourd'hui les flots du Jourdain sont changés en remède par la présence du Seigneur. Aujourd'hui toute la création est abreuvée d'ondes mystiques... Aujourd'hui les brumes du monde sont dissipées par la manifestation de notre Dieu... Aujourd'hui les erreurs sont redressées et la venue du Seigneur nous trace une voie de Salut ! " Ainsi le Baptême du Christ transforme les eaux dans lesquelles Il est plongé en instrument de salut, et ce sera, après la mort et la résurrection du Seigneur, le sens du baptême chrétien. Et toute la création en bénéficie et est elle-même transfigurée. Puissions-nous avoir les yeux du cœur assez ouverts pour en percevoir quelque chose. Sœur IRÈNE Monastère du Buisson Ardent (Conques sur Orbiel, France) Tropaire Dans ton baptême au Jourdain, Seigneur, s'est manifestée l'adoration de la Trinité. Car la voix du Père rendait témoignage, en te nommant Fils Bien-Aimé, et l'Esprit, sous forme de colombe, confirmait cette parole. Christ Dieu, qui as paru et illuminé le monde, gloire à Toi ! Stichère Seigneur voulant accomplir ce que Tu avais établi de toute éternité, Tu as pris dans toute la création des serviteurs de ton mystère : chez les anges, Gabriel ; chez les hommes, la Vierge ; dans les cieux, l'étoile ; parmi les eaux, le Jourdain ; et en lui Tu as effacé le péché du monde. Notre Sauveur, gloire à Toi ! Voici les effets du baptême : effacer les péchés, réconcilier l'homme à Dieu, incorporer Dieu dans l'homme, dessiller les yeux de l'âme devant le rayon divin, bref disposer tout en vue de la vie future. Si donc nous appelons le baptême une naissance, ou le désignons par tout autre expresssion analogue, c'est à bon droit, d'autant plus qu'il fait lever dans l'âme des néophytes la connaissance de Dieu. Or, c'est en cela que consiste la véritable vie, le principe et la racine de la vie, puisque, d'une part selon l'affirmation de Notre Seigneur "La vie éternelle consiste à connaître le seul vrai Dieu et Jésus-Christ qu'Il a envoyé" et que, d'autre part, Salomon s'adressant à Dieu, dit : "Te connaître, voilà la racine de l'immortalité". Il est donc démontré que le sacrement de baptême est le principe de la vie en Jésus-Christ, qu'il donne l'être et la vie aux hommes, qu'il dispense la vie et l'existence véritables. Si tous ces effets ne se manifestent pas dans tous les néophytes, il ne faut pas en incriminer le sacrement : la faute en est aux individus qui ne se sont pas bien préparés à la grâce, ou bien ont dissipé le trésor. Nicolas Cabasilas, La vie en Jésus-Christ |