synaxaire, 30 Decembre

Publié le par Père Jean-Pierre


aaa- Joseph, qui fut assez saint et juste pour devenir le témoin et le serviteur du grand Mystère de l'Incarnation, était de la tribu royale de Juda et de la maison de David. Fils de Jacob (Mat. 1:16) et gendre d'Elie3 il exerçait la modeste profession de charpentier à Nazareth et avait obtenu d'un premier mariage quatre fils: Jacques, José, Jude et Simon (ou Syméon), et trois filles: Esther, Marthe et Salomée, femme de Zébédée et mère des Apôtres Jacques et Jean4. Devenu veuf et ayant atteint le seuil de la vieillesse, il fut choisi sur un signe divin par le Grand-Prêtre pour devenir le protecteur et le gardien de la virginité de la Toute-Sainte, au sortir du temple où elle avait demeuré jusqu7à l'âge de 12 ans, et parut ainsi aux yeux de tous comme son époux légitime.

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Or, pendant le temps de leurs fiançailles, la Sainte Vierge conçut par l'opération du Saint-Esprit, et quand elle revint à Nazareth après son séjour de trois mois auprès d'Elisabeth, les premiers signes de la maternité se révélèrent en elle, laissant le juste et pieux Joseph dans une anxiété inexprimable: comment la Vierge consacrée au Seigneur pouvait-elle être coupable de secrètes relations? Sa rigueur morale exigeait qu'il la répudiât, mais, homme juste et compatissant, il ne voulait pas livrer la jeune fille à l'opprobre publique; aussi, se réfugiant dans la prière, forma-t-il le dessein de la renvoyer en secret. Mais un Ange du Seigneur lui apparut alors en songe, le rassura en lui apprenant que cette conception était l'oeuvre du Saint-Esprit et lui prescrivit de devenir le père adoptif de l'enfant, chargé de sa protection et de son éducation.

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Joseph prit Marie chez lui, on célébra les noces; mais le Juste garda secret, en adorant dans le silence, le grand mystère auquel il avait été initié, jusqu'au moment où ils durent partir pour se faire recenser à Bethléem. Joseph fut un des premiers témoins de la merveille des merveilles: la naissance du Dieu incarné. Après la visite des Mages et des Bergers, l'Ange du Seigneur le visita de nouveau pendant son sommeil, lui recommandant de prendre sur l'heure Marie et l'Enfant et de fuir en Egypte pour échapper aux desseins meurtriers d'Hérode. De retour à Nazareth, une fois le danger écarté, il reprit sa profession de charpentier et l'enseigna, ainsi que tout son savoir sur les préceptes de la Loi, à Jésus, le Verbe Créateur et Législateur, qui s'était fait faible et ignorant pour nous relever et nous initier à la vraie connaissance.

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Les années de l'enfance de Notre Seigneur se passèrent ainsi dans l'effacement, la paix, le recueillement, le travail quotidien et l'obéissance à ses parents terrestres, sous la protection de Joseph, le silencieux gardien des mystères, et de la Mère de Dieu qui gardait et méditait pour nous en son coeur les merveilles de l'Incarnation de Dieu. Parvenu au seuil de la vie publique du Seigneur Jésus, Joseph, ayant accompli sa mission dans l'humilité et le dévouement, remit son âme à Dieu en présence de Jésus et de Marie. D'après la légende, il aurait alors prononcé ces paroles: «Les douleurs et les craintes de la mort m'environnent, mais mon âme a retrouvé le calme dès que j'ai entendu Ta voix, Jésus mon défenseur, Jésus mon sauveur, Jésus mon refuge, Jésus dont le Nom est doux à ma bouche et au coeur de tous ceux qui T'aiment»5.

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- Saint Jacques le Juste, fils de Joseph et frère de Jésus, est commémoré séparément le 23 octobre (voir tome 1). Il est associé aujourd'hui à David, l'illustre ancêtre du Christ, et à Joseph, son père adoptif, pour compléter le tableau de Sa parenté, en évoquant aussi sa descendance spirituelle, car Saint Jacques devint le premier Evêque de Jérusalem, la mère des Eglises.
5. C'est pourquoi, dans la tradition occidentale, il est invoqué pour obtenir une bonne mort, dans la paix du Christ.




Le 30 décembre, mémoire du Saint Néomartyr GÉDÉON, moine de 
Caracallou


Saint Gédéon naquit dans une famille pauvre du village de Capouma dans le diocèse de Dimitrias (région de l'actuelle ville de Volos, en Grèce). A l'âge de douze ans, il fut placé par ses parents au service d'un de ses oncles, qui tenait un bazar dans le bourg de Vélestinon. Remarquant son intelligence et son ardeur au travail, un musulman du lieu s'empara de force du jeune garçon pour l'employer dans son harem, et réussit au bout d'un an à lui faire accepter la circoncision et à devenir musulman sous le nom d'Imbraïm. Deux mois ne s'étaient pas écoulés que, torturé par les reproches de sa conscience, le pauvre garçon s'enfuit pour rejoindre en secret la maison paternelle. Consternés par cette nouvelle ses parents l'envoyèrent en Crète pour échapper aux poursuites. Il passa là quelque temps au service de maçons sévères et violents, prit à nouveau la fuite et trouva refuge chez un pieux Prêtre de l'île qui, après avoir reçu la confession de son apostasie, lui indiqua la voie du repentir et l'accueillit chez lui comme son fils adoptif. Trois ans plus tard le bon Prêtre décéda et l'adolescent s'embarqua pour la Sainte Montagne de l'Athos, afin d'y consacrer toute sa vie à la pénitence et aux larmes pour le salut de son âme; comme tant d'autres qui, après s'être laissés égarés, avaient décidé de se réconcilier avec Dieu. Il devint moine au Monastère de Caracallou sous le nom de Gédéon, et reçut la charge de sacristain. Il montra aussitôt une soumission et une obéissance absolue, et progressa rapidement dans le jeûne, les veilles, les prosternations, les larmes continuelles et tous les autres travaux de la vie ascétique. Pendant trente-cinq ans il fut pour tous le modèle du moine. En 1797, il fut nommé économe de la dépendance du monastère en Crète pour six ans. Une de ses occupations favorites était la lecture de la vie des Saints Martyrs: il y trouvait les modèles du parfait renoncement par amour du Christ et de la renaissance pour ceux qui avaient renié. Brûlant de désir d'imiter ces héros, il obtint de ses supérieurs la permission de s'engager sur la voie du Martyre volontaire et se rendit d'abord à Zagora, en contrefaisant la folie pour attirer sur lui le mépris et la dérision, selon l'exemple de Saint Syméon et Saint André1.

Parvenu à Vélestinon le Jeudi Saint, il se rendit à la demeure de son ancien maître musulman après s'être orné la chevelure et tout le corps d'une quantité de fleurs multicolores. Il rappela au Turc, qui ne le reconnaissait pas, qu'il était ce jeune Chrétien qu'autrefois il avait forcé à trahir sa foi. Aussitôt arrêté, il fut présenté au juge le lendemain, Vendredi Saint.
Toujours revêtu de cet accoutrement bizarre, il s'avança vers le juge, deux oeufs de Pâques à la main, et lui dit d'un ton assuré: «Le Christ est ressuscité! » Comme on lui servait un café, il le jeta au visage du juge, en raillant l'apparence trompeuse de la religion de Mahomet. Il semblait tout faire pour attirer sur lui la fureur des Turcs et les pires châtiments; mais, pris pour un fou, il fut soumis à une violente bastonnade et put être recueilli, à demi-mort par des Chrétiens des environs.

Un peu plus tard, comme des soldats turcs venaient à passer dans levillage, le bienheureux Gédéon, désirant toujours le Martyre comme le cerf altéré court vers les sources vives (cf. Ps 41:2), les provoqua effrontément et ne craignit pas de garder en main un charbon ardent pour leur montrer que sa foi était plus ardente que les brûlures les plus vives. De là, il alla se retirer pendant quelque temps dans une grotte pour s'y consacrer sans distraction à la prière, puis retourna un an à l'Athos, dans son monastère. Une nuit, pendant l'Office à l'église, il entendit une voix venant l'Icône du Christ dire: «Quiconque se déclarera pour Moi devant les hommes, Moi aussi Je Me déclarerai pour lui devant Mon Père qui est dans les cieux; mais celui qui M'aura renié devant les hommes, à Mon tour Je le renierai devant Mon Père qui est dans les cieux». (Mat. 10:33). Aussitôt décidé par cet appel divin, il repartit pour Vélestinon, où il confessa avec audace sa conversion. Livré au pacha de Tymavos près de Larissa, en Thessalie, il relata sans crainte son histoire, confessa le Christ et couvrit d'invectives les Agaréniens. On le promena nu sur un âne avec une peau de brebis sur la tête, mais ce spectacle grotesque devint pour lui un cortège triomphale, semblable à l'entrée du Christ à Jérusalem. Finalement condamné à avoir les membres tranchés à la hache, Gédéon accueillit la sentence avec joie, étendit lui-même le premier la jambe, et encouragea avec douceur le bourreau qui hésitait, effrayé par son assurance. L'âme déjà fixée en Dieu, le Martyr ne prononça pas un seul cri ou un seul gémissement pendant qu'on lui tranchait un à un les quatre membres. Vers le soir, comme il vivait encore, le gouverneur fit venir quatre Chrétiens pour le jeter dans la fosse d'aisance du palais, où il trouva la mort. C'était le 30 décembre 1818. Le lendemain, ayant pu racheter le corps, les Chrétiens, dans un grand concours de peuple, s'apprêtaient à lui donner une digne sépulture, quand, deux heures durant, du sang frais se mit à couler de son corps mutilé et accomplit un grand nombre de miracles. En 1837, après plusieurs révélations miraculeuses du Saint, le Monastère de Caracallou put acquérir la plus grande part de ses Saintes Reliques.

1. St André (26 mai) et St Syméon (21 juillet) sont les deux plus illustres représentants de cette forme de sainteté: la folie par amour du Christ (voir aussi au 11 septembre, Sainte Xénie de Saint-Pétersbourg; plus haut St Procope de Vyatsk, 21 décembre etc.).
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