Le sort des réfugiés chrétiens irakiens reste très préoccupant

Publié le par Père Jean-Pierre


L’Œuvre d’Orient a réuni à Paris des responsables d’Églises du Proche-Orient pour évoquer le drame des chrétiens d’Irak en exil

U
n cri a été lancé, mardi soir à Paris, en faveur des chrétiens irakiens. Ou de ce qu’il en reste.

« Un bon tiers a plié bagage »
, assure Mgr Basilios Georges Casmoussa, archevêque syrien-catholique de Mossoul; quant à ceux qui habi­taient en ville, la moitié est en exil. Ceux qui sont restés en Irak jonglent avec une violence quotidienne, des menaces et des enlèvements. Mais la vie de ceux qui ont pris la route est désespérée.
La plupart sont réfugiés en Syrie, en Jordanie, au Liban et en Turquie où, après deux ou trois ans d’exil, beaucoup ont épuisé leurs écono­mies. Quand ils trouvent un travail, il est précaire, et ce sont les enfants et les femmes qui portent le poids le plus lourd. Les enfants, parce qu’ils sont peu ou mal scolarisés, appelés par nécessité à des boulots d’un jour pour payer un peu du loyer de la fa­mille. Et les femmes, parce qu’elles doivent tout gérer. Certaines sont mêmes réduites – le phénomène est récent en Syrie – à se prostituer. Un seul rêve pour tous : tourner le dos à ce cauchemar, partir loin, aux États-Unis, en Suède, en France.
Ce tableau noir a été le cœur d’une soirée organisée par l’Œu­vre d’Orient (1), avec le soutien de

La Croix
, pour sensibiliser l’opi­nion française à ce drame. Outre Mgr Casmoussa, venu dresser un état des lieux, et l’appel final de Mgr Marc Stenger en tant que pré­sident de Pax Christi (lire ci-contre), trois autres personnalités étaient invitées. Elles ont pu détailler les conditions de vie concrète des ré­fugiés en Syrie, avec Mgr Antoine Audo, évêque chaldéen d’Alep (Syrie), Mgr Selim Sayegh, vicaire patriarcal latin à Amman et en Tur­quie, et Mgr François Yakan, vicaire patriarcal chaldéen d’Istamboul.
«J’ai un cri à pousser,
a lancé Mgr Philippe Brizard, en intro­duction, et une espérance à porter. »
«Ce cri,
a expliqué le directeur de l’Œuvre d’Orient, c’est que depuis la fin de la Première Guerre mondiale, les puissances mentent aux Arabes, et qu’à chaque exaspération, les chrétiens qui sont arabes sont pris entre deux feux.» Ils entrent en effet dans la catégorie des mino­rités qui, «comme minorités, sont appelées à disparaître, au mépris de l’expérience, tant en Occident qu’en Orient » . Non, s’insurge alors Mgr Brizard, «il n’y a pas de fata­lité. Il n’est pas interdit de chercher à faire une bonne politique qui serve le bien commun des peuples de la région. »
La bonne politique, pour
Mgr Casmoussa, serait d’éviter le pire, dont les plans sont pourtant déjà établis comme une option possible, à savoir la partition de l’Irak en régions administratives autonomes, découpées sur une base ethnico-religieuse. Ainsi, les chré­tiens se trouveraient regroupés dans la plaine de Ninive au nord de l’Irak.

« C’est un grand risque »,
a commenté sobrement l’archevêque, refusant de s’engager sur une discussion politi­que et privilégiant l’autre option, « la démocratie vraie et viable » à l’échelle du pays où les chrétiens, comme les autres habitants, auraient « les mê­mes droits ». Les chrétiens, en effet,
«ne veulent pas vivre en ghetto»
.
Face à un horizon sans visibilité, où
« les chrétiens restent sans poids politique réel sur l’échiquier» et où les partis formés sont divisés sur la stratégie, Mgr Casmoussa fonde beaucoup d’espoir sur la réunion des Églises chrétiennes d’Irak qui ne se sont pas encore associées depuis le début de la crise, sauf à Mossoul où il coor­donne lui-mêmele Conseil des évêques de Ninive. Avec d’autres, l’archevêque syrien-catholique travaille à former une Assemblée permanente unie de tous les chefs religieux chrétiens d’Irak, dont le patriarche chaldéen Emmanuel III Delly, tout nouveau cardinal, por­
terait la responsabilité. Le but : que les chrétiens de tous rites parlent d’une seule voix en Irak et que le sort des intérêts chrétiens ne soit pas laissé au hasard.
Un chemin qui sera long car

«la chasse aux chrétiens»
décrite par Mgr Casmoussa, dont il fut lui-même victime en étant enlevé en janvier 2005, continue «même si les enlèvements semblent bais­ser en intensité», reconnaît-il. Il y a un an, à Noël dans sa ville de Mossoul, un prêtre fut décapité. En juin dernier, un jeune prêtre et trois diacres furent tués. Sans par­ler de la région de Bagdad, où juste avant de partir pour Paris il a dû faire face à un nouvel enlèvement de deux prêtres… Ce chemin sera encore plus long pour les chrétiens qui ont quitté l’Irak. La Syrie, par exemple, compte entre 1,2 et 1,5 million de réfugiés irakiens, explique Mgr Audo, dont 250 000 chrétiens. En Jordanie, pré­cise pour sa part Mgr Sayegh, sont arrivés 750 000 Irakiens, dont 30 000 chrétiens. Dans ces deux pays, qui ont jusque-là accueilli ces réfugiés de façon illégale mais généreuse, une politique de restriction pour les visas commence, avec de multi­ples problèmes sanitaires, sociaux, scolaires. Le manque de place dans les écoles jordaniennes empêche ainsi 150000 enfants irakiens sur 200000 d’être scolarisés. L’Église fait ce qu’elle peut, sans faire face à la demande. « Il nous faut crier très fort» , concluait Mgr Yakan, pour que les organismes humanitaires et le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR) prenne ses responsabilités.
JEAN-MARIE GUÉNOIS

(1) Rens. : Œuvre d’Orient, 20, rue du Regard, 75278 Paris Cedex 06.
Tel. : 01.45.48.54.46.

« Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, les puissances mentent aux Arabes, et à chaque exaspération, les chrétiens qui sont arabes sont pris entre deux feux. »




Chrétiennes irakiennes en Syrie. Les ressources des réfugiés s’amenuisent de jour en jour, les condamnant, surtout pour les femmes et les enfants, à une vie de plus en plus précaire.

ESPEN RASMUSSEN/PANOS-RÉA
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Publié dans infos diverses

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