HOLODOMOR,commémoration dimanche 18 Novembre

Publié le par Père Jean-Pierre

La commémoration aura lieu le dimanche 18 novembre à 15h à N.Dame , liturgie suivie de la panakhyda.
 
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Scène de rue à Kharkiv en 1932.
Scène de rue à Kharkiv en 1932.
Scène de rue à Kharkiv en 1933.
Scène de rue à Kharkiv en 1933.

L' Holodomor ou « extermination par la faim », en ukrainien Голодомор, est le nom d'une grande famine, survenue en Ukraine, faisant alors partie de l'URSS, entre 1932 et 1933. Il y eut entre quatre et dix millions de morts selon les estimations[1] dans des régions essentiellement agricoles.

Cette famine était étendue à d'autres territoires soviétiques, tels que la Volga, la Ciscaucasie, l'Oural du sud, la Sibérie occidentale et le Kazakhstan, mais le terme « Holodomor » désigne, spécifiquement, celle qui a eu lieu dans les territoires peuplés par des « Ukrainiens de souche ».

L'intention d'extermination, ciblée par les autorités soviétiques dans cette famine, est discutée, mais, depuis fin 2006, l'Ukraine a officiellement qualifié l'Holodomor de génocide.

La collectivisation de l'agriculture à partir de 1928 [modifier]

Affiche de propagande soviétique « Viens camarade rejoindre le kolkhoz ! »
Affiche de propagande soviétique « Viens camarade rejoindre le kolkhoz ! »

En 1928, avec le premier plan quinquennal, le pouvoir soviétique remet en chantier la collectivisation de l'agriculture qui avait été suspendue entre 1921 et 1927, durant la mise en œuvre de la Nouvelle politique économique (NEP). Cette collectivisation réorganise la production agricole en instaurant le kolkhoze comme unité de base. Elle implique donc la suppression des inégalités pour le monde paysan et cela au détriment des plus riches, les koulaks. Elle implique aussi la prise de contrôle directe de la production agricole par l'État et la possibilité de ponctionner toujours plus l'agriculture au profit du secteur industriel et urbain. Ce ponctionnement se fait nécessairement au détriment des intérêts de l'ensemble de la paysannerie ; et plus la région est fertile, plus elle est ponctionnée.

En Ukraine, l'État collecte 30% de la production dès 1930, 41,5% en 1931. En 1932, il est prévu de collecter 32% de plus qu'en 1931. Ce niveau de prélèvement, qui menace la simple survie des paysans, provoque chez ces derniers toutes sortes de manœuvres pour soustraire le maximum des récoltes à la collecte. Pour faire face à cette opposition, le pouvoir central constitue des brigades de choc recrutées au sein des Komsomols (jeunesses communistes) et des communistes des villes[2],[3].

La famine en Ukraine de 1932-1933 [modifier]

Le 7 août 1932 est promulguée une loi connue sous le nom de « loi des épis » qui permet de condamner à dix ans de camp ou à la peine de mort « tout vol ou dilapidation de la propriété socialiste ». De juin 1932 à décembre 1933, 125 000 personnes sont condamnées, dont 5 400 à la peine capitale, certains pour avoir volé quelques épis de blé ou de seigle dans les champs.

Malgré ces mesures répressives, les objectifs de la collecte dans les principales régions céréalières sont loin d'être atteint si bien que le bureau politique doit envoyer en Ukraine et dans le Caucase du Nord des commissions extraordinaires présidées respectivement par Molotov et Kaganovitch pour mettre au pas les structures locales du Parti.

Carte de la famine de 1932-1933 sur le territoire ukrainien.
Carte de la famine de 1932-1933 sur le territoire ukrainien.

À une réunion des secrétaires de district du parti, est prise une résolution qui illustre bien l'état d'esprit de de la commission: « à la suite de l'échec particulièrement honteux du plan de collecte des céréales, obliger les organisations locales du Parti à casser le sabotage organisé par les éléments koulaks contre-révolutionnaires, anéantir la résistance des communistes ruraux et des présidents de kolkhoze qui ont pris la tête de ce sabotage. »[3] C'est ainsi qu'au cours du mois de novembre 1932, 5 000 communistes ruraux et 15 000 kolkhoziens sont arrêtés dans le Caucase du Nord. À partir de décembre, ce sont des villages entiers qui sont déportés, appelés « colons spéciaux ». Pour l'administration du Goulag, l'arrivée de déportés qui étaient de 71 000 en 1932 passe à 231 000 en 1933. Mais les objectifs de la collecte ne sont toujours pas atteints, et la prochaine étape consiste à réquisitionner tous les stocks, y compris ceux prévus pour les semences, ce qui revient à directement affamer les paysans.

En Ukraine, les communistes locaux d'un rang hiérarchique élevé ont beau plaider la nature contre-productive d'une telle politique car elle ne permet pas d'assurer la production de l'année prochaine, mais Molotov reste inflexible. La famine atteint alors un tel niveau que les paysans quittent les villages et tentent de partir vers les villes. Une circulaire du 22 janvier 1933 ordonne aux autorités locales et au Guépéou d'interdire « par tous les moyens les départs massifs des paysans d'Ukraine ».

C'est au printemps 1933 que la mortalité atteint les plus hauts sommets. À la faim s'ajoute le typhus. Au total, en Ukraine, les morts se comptent par millions, alors que l'URSS exportait dans la même période ses excédents de céréales! En 2000, les statistiques portent encore la trace de cette catastrophe démographique[4].

La question de savoir si l'Ukraine a été plus durement touchée que le reste de l'URSS se pose. Nicolas Werth distingue la « zone de la faim » du reste de l'URSS où, pourtant, écrit-il, les pertes démographiques ne furent pas négligeables, par exemple, la région de Moscou où la mortalité augmente de 50% entre janvier et juin 1933. L'Ukraine fait partie de la « zone de la faim », mais proportionnellement d'autres régions ont été tout autant touchées : les contrées cosaques du Kouban et du Don ainsi que le Kazakhstan. Pour l'ensemble du pays, et pour la seule année 1933, il estime à six millions le surplus de mortalité, l'essentiel provenant de l'Ukraine, du Kazakhstan et du Caucase du Nord[3].

Controverses sur l'interprétation des origines de l'Holodomor [modifier]

Sur le calicot : « Nous, kolkhoziens, liquidons le koulak en tant que classe sur la base de la collectivisation totale. »
Sur le calicot : « Nous, kolkhoziens, liquidons le koulak en tant que classe sur la base de la collectivisation totale. »

De nombreux chercheurs, ukrainiens et étrangers[5], soutiennent que cette famine résultait de la volonté délibérée de Joseph Staline de détruire la nation ukrainienne comme ensemble politique et entité propre, en s'attaquant à sa racine et ses représentants les plus nombreux, les paysans ukrainiens répartis sur les territoires de l'Ukraine et du Kouban.

D'autres analystes rejettent le terme de génocide et insistent sur un caractère non-national de la tragédie résultant de la politique de collectivisation forcée des paysans soviétiques, de réquisitions excessives de leurs récoltes et la dékoulakisation. Pour eux, il n'existerait pas de directive prouvée qui ordonnerait une action ciblée des autorités soviétiques contre la nation ukrainienne dans son ensemble, mais plutôt contre une classe sociale, les paysans.

Quelques millions de Russes et de Kazakhs ont également péri durant cette période[6]. De plus, une autre grande famine, celle de 1921, provoquée, elle aussi, par les réquisitions et les répressions des bolcheviks pendant la période dite du « Communisme de guerre », avait entraîné la mort de 3 millions de paysans, majoritairement russes, vivant sur la Volga. Plusieurs chercheurs russes indiquent les similitudes des méthodes répressives ayant amené à ces deux grandes famines. Une des différences fondamentales réside dans le fait que la famine de 1921 n'a jamais été masquée, contrairement à la famine de 1932-33 ce qui a permis d'acheminer de l'aide internationale aux victimes de la première.

En se basant sur l'article 6 du statut de la Cour pénale internationale qui définit le génocide comme « l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel »[7] et notamment la « soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle », on pourrait considérer qu'une telle définition serait possible d'être appliqué à l'Holodomor[8],[9],[10].

Victimes de la famine de 1932-1933.
Victimes de la famine de 1932-1933.

Proche des opinions de M. Kondrachine lors de la rédaction du Livre noir du communisme, Nicolas Werth explique dans une interview au journal Le Monde, suite à l'exhumation des lettres de Staline, l'évolution de sa position : « Est-ce un génocide ? Plutôt oui. Par rapport aux autres famines qui ont touché l'Union soviétique, celle-ci se distingue par la volonté d'éradiquer le nationalisme et de punir les paysans. Elle a été volontairement aggravée. Il y a une spécificité »[11].

Le Parlement ukrainien a voté la qualification de génocide pour la grande famine le 28 novembre 2006[12]. En effet, de nombreux documents et témoignages prouvent que l'Ukraine, principalement les paysans ukrainens, ainsi que les cosaques de Kouban qui, il faut le rappeler, sont les descendants des cosaques zaporoques ukrainiens déportés à la fin du XVIIIe siècle par l'impératrice Catherine II de Russie à la suite de leur ultime révolte contre l'Empire Russe, furent soumis à un régime spécifiquement sévère par rapport aux autres parties de l'URSS, comme par exemple l'Asie centrale, épargnée par la famine[13]. Un zèle particulier dans les réquisitions des vivres vis-à-vis des paysans ukrainiens qui montraient une démotivation pour la collectivisation stalinienne fut appliqué par les escadrons de la « Commission extraordinaire pour la réquisition du blé » (TchKhK) dirigée par Viatcheslav Molotov en novembre 1932. Ce zèle allait jusqu'aux confiscations complètes de la récolte (natoural'nyï chtraf) des paysans qui ne coopéraient pas [14]. Molotov n'hésite pas à se rendre en personne dans l'Ukraine affamée par l'Holodomor pour inciter les communistes défaillants à rester fermes vis-à-vis des paysans révoltés et décimés par la faim.

De plus, le régime stalinien avait installé un système limitant les migrations des populations au sein de l'URSS, les frontières de l'Ukraine furent donc fermées. Le passeport intérieur, avec un tampon attachant son propriétaire à son lieu de résidence, était un héritage de la Russie impériale, et rendu encore plus strict par les autorités soviétiques. Les paysans quant à eux n'avaient même pas droit au passeport et donc aucun droit non seulement pour déménager, mais non plus pour se déplacer. Cependant, un flot de paysans affamés avait pu affluer au nord pour se réfugier en Biélorussie, relativement épargnée par la famine[15]. De plus, il fut légalement interdit de porter secours et assistance aux « koulaks » qui pouvaient déambuler dans les villes.

Le 10 novembre 2003, une déclaration aux Nations Unies en lien avec le 70e anniversaire de la « grande famine en Ukraine de 1932-1933 » rappelle le devoir de mémoire des victimes, qu'ils soient Ukrainiens, Russes, Kazakhs ou autres nationalités[16]. L'ONU ne place pas cependant Holodomor parmi les 4 génocides répertoriés du XXe siècle.

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