Méditation du P.Lev Gillet.....

Publié le par Père Jean-Pierre

Le Messager orthodoxe

Reproduit de la revue
 Le Messager orthodoxe

TROUVER ET ÊTRE TROUVÉ

Le lendemain, Jésus se proposait de partir
pour la Galilée, et il trouve Philippe...

Il y a dans cette phrase quelque chose d’inattendu, d’un peu surprenant. Nous aurions peut-être estimé plus naturel que l’évangéliste écrivît : « Jésus rencontre Philippe ». Mais c’est bien le verbe « trouver », au présent (euriskei), que le texte grec original emploie. Le point de départ de la vocation et de l’apostolat de Philippe consiste dans le fait d’être « trouvé «. Quelles sont les implications spirituelles de ce terme ?

Trouver ne signifie pas rencontrer ou découvrir par aventure. Il est vrai que, par une extension fautive, on emploie quelquefois le verbe dans ce sens : j’ai trouvé un portefeuille, j’ai trouvé quelqu’un sur mon passage. Mais, à strictement parler, trouver signifie rencontrer après une certaine recherche. On cherche et l’on trouve ce qui a été perdu, ou ce dont on pressent ou désire l’existence, ou ce qui correspond d’une manière quelconque à une intention, même lointaine. Le fait de trouver implique une certaine relation, une certaine correspondance entre l’être qui cherche et l’être trouvé. Il y a comme une harmonie pré-établie, comme un rapport spécial et privilégié (quoique non toujours explicite) entre l’agent et l’objet de la trouvaille. L’étymologie exprime bien cette action ou cette situation intentionnelles, à tendance, puisque le verbe français « trouver « dérive du latin populaire tropare, « tourner autour «.

Jésus trouve Philippe, – il me trouve, après avoir longtemps, toujours « tourné autour de nous «, si j’ose dire. Il a cherché chacun de nous bien avant notre naissance, de toute éternité, puisque rien de ce qui a été fait n’a été fait sans lui. Il nous a éternellement enveloppés de son désir et de sa tendresse. Il y a des instants où nous sentons qu’il s’approche de nous (et ces instants existent dans la vie du plus grand criminel, du plus grand pécheur). À ces moments, son intention va se réaliser, sa recherche va devenir trouvaille, – si l’homme ne se referme pas. Tu crois que le Sauveur ne s’est pas occupé particulièrement de toi ? Mais il t’a cherché depuis toujours, depuis ton existence dans la pensée divine. Ne veux-tu pas être trouvé par lui ?

Et cela s’applique aussi bien aux relations entre les hommes. Je puis rencontrer un homme, ou trouver cet homme, ou être trouvé par lui. Dieu fasse que je ne rencontre pas les hommes, mais que je les trouve et sois par eux trouvé ! Une présence humaine nouvelle, même inattendue, même inconnue, ne doit pas être pour nous un accident, mais le terme d’une recherche obscure, tâtonnante : sans savoir qui je vais trouver, je peux désirer trouver, avoir l’intention de trouver, aimer d’avance ceux que je trouverai. Enfin je te trouve ! Ah, depuis si longtemps je t’ai cherché ! Je pose enfin ma main sur toi et je te déclare : bien des hommes et bien des femmes me sont chers – et chacun m’est autrement cher que toi, – mais nul ne m’est plus cher que toi !

Pascal met sur les lèvres de Jésus parlant à l’homme cette phrase merveilleuse : « Tu ne me chercherais pas, si tu ne m’avais trouvé ». Je puis retourner cette phrase : Seigneur, je sens que tu me cherches et, même si je résiste, le fait que tu me cherches me donne un espoir infini, l’espoir que tu me trouveras enfin. Ô mon Sauveur, tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé !

Archimandrite Lev Gillet,
Le Messager orthodoxe, No 32, 1965.

(Jean 1, 43).
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Publié dans Méditations

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