Le Cimetière des innocents

Publié le par Père Jean-Pierre


LE LIVRE DU JOUR

Le Cimetière des innocents : victimes et bourreaux en Union soviétique (1917-1989)

d’Alexander Yakovlev

Calmann-Lévy, 280 p., 20 €

De plus en plus de voix s’élèvent en Russie pour évoquer les crimes de l’ère soviétique, surtout ceux ordonnés par le «petit père des peuples », Joseph Staline. Ainsi, Alexander Yakovlev, devenu membre du Parti communiste de l’Union soviétique en 1943, témoigne aujourd’hui.
Au début des années 1990, il avait été chargé, sous Gor­batchev, de recenser et de réhabiliter les victimes du communisme dans son pays. Ayant accès aux archives secrètes du KGB (services secrets) et de la Guépéou (police politique), il tire un inventaire métho­dique des crimes de l’époque de Lénine jusqu’à la peres­troïka. L’auteur démontre que Staline et Lénine ont planifié l’asservissement et l’assassinat de millions de personnes. Il rappelle un à un tous les crimes du régime : la prédilection de Lénine pour les prises d’ota­ges, l’appauvrissement vo­lontaire des paysans, les en­fants exilés dans des camps, les purges successives dans l’armée et les milieux intel­lectuels.
Il revient aussi sur l’épi­sode du « complot des blou­ses blanches » qui touche les médecins juifs et les mesu­res de répression touchant les minorités ethniques. Pur produit du parti, Alexan­der Yakovlev entreprend dans son livre son intros­pection. « Dans la foi qui m’avait animé jusque-là, j’avais été sincère, écrit-il. Je l’étais tout autant dans mon rejet. J’ai fini par dé­tester Staline, qui m’avait si cruellement trompé. » Désa­busé et meurtri, Alexander Yakovlev conclut : « Ce n’est qu’après s’être affranchie du bolchevisme que la Russie pourra espérer guérir. »

PHILOMÈNE BOUCHON

 
 
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