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Publié le par Père Jean-Pierre

octobre 2007


Plus de cent intellectuels et théologiens musulmans écrivent à Benoît XVI et invitent les deux religions à une « compétition » dans l’amour du prochain

ROME

De notre envoyée spéciale permanente

Q
ue 138 musulmans théo­logiens de tous pays et de diverses tendances écrivent au pape et à d’autres respon­sables chrétiens constitue, déjà, un événement. Ce message intervient un an après la lettre des 38 intel­lectuels musulmans à Benoît XVI, qui répondait au discours de Ra­tisbonne. Les signataires avaient été déçus du manque de réaction du Saint-Siège. Ce second message, avec cent signataires de plus – chif­fre symbolique – est donc signifi­
catif. Comme le note le P. Étienne Renaud, enseignant à l’Institut pontifical d’études arabes et d’isla­mologie, « dans l’islam, le consensus des responsables – l’ijmaa – est une source importante d’autorité, après le Coran et la tradition. Le consensus est donc, ici, atteint. »
Sur le fond, plutôt qu’aborder le thème de la violence, le texte part de l’amour: amour pour Dieu, amour pour les hommes, prin­cipes que les deux religions ont en commun. C’est d’autant plus habile que la première encyclique de Benoît XVI (
«Dieu est Amour»)

portait sur ce même thème. Le mot
«amour» n’est cependant pas beaucoup utilisé dans le Coran, et ne fait pas partie des 99 noms donnés à Dieu. Or, ici, le message met sous le terme « amour de Dieu en Islam» ce qui est généralement plutôt présenté comme obéissance à Dieu. Comme si les musulmans avaient souhaité se rapprocher des chrétiens au plan du vocabulaire. Autre surprise, les musulmans examinent comment cet amour de Dieu s’exprime dans la Bible, Ancien et Nouveau Testament. Ils reconnaissent que les chrétiens ont eux aussi un Dieu unique, et ne reprennent donc pas l’accusa­ tion «d’associateurs» traditionnel­lement faite aux chrétiens, à qui est reprochée une divinité trinitaire. Le message passe ensuite à l’amour du prochain, citant cette phrase de Mohammed: «Aucun d’entre vous n’est croyant tant que vous n’aimerez pas pour votre prochain ce que vous aimez pour vous-mêmes.» Phrase dont il existe un commentaire cé­lèbre, qui s’interroge justement pour savoir qui est le prochain pour un
musulman. Ce qui n’est pas sans rappeler la parabole du Bon Sa­maritain pour les chrétiens.
Le message propose enfin aux chrétiens une parole commune, partant de ce que
« le prophète Mo­hammed n’a rien apporté de fonda­mentalement nouveau » par rapport au message du Christ. C’est faire l’impasse sur la divinité du Christ que nie l’islam, mais reconnaître en revanche le Christ comme messie. La lettre demande donc aux chré­tiens de considérer les musulmans

«non contre eux, mais avec eux»
, à condition, cependant, que les chré­tiens « ne déclarent pas la guerre aux musulmans à cause de leur religion, ne les oppriment pas, et qu’ils ne les expulsent pas de leur foyer» , allusion à la Palestine ou l’Irak. Le message invite les deux reli­gions à une «compétition» dans l’amour du prochain: «Chrétiens et musulmans constituent plus de 55 % de la population mondiale, ce qui fait de la relation entre ces deux communautés religieuses le plus important facteur contribuant à une paix significative dans le monde.» Et la lettre se conclut par ce verset du Coran, appel à reconnaître, pour les deux religions, un pluralisme non seulement de fait, mais de droit, cette diversité faisant partie du plan de Dieu: «Si Dieu l’avait voulu, il aurait fait de vous une seule et même communauté; mais Il a voulu vous éprouver pour voir l’usage que chaque communauté ferait de ce qu’Il lui a donné. »
La balle est dans le camp catho­lique.
«Ce texte est très intéressant et constitue un signal positif » a, dès vendredi, déclaré le cardinal Jean­Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interre­ligieux. Reste à savoir comment le pape choisira de répondre, sur le fond, à ce qui est une invitation à un dialogue théologique.

ISABELLE DE GAULMYN

Le message invite à relancer le dialogue avec les chrétiens.

 
 
L'archevêque Innocent a célébré la liturgie à la paroisse orthodoxe de Clamart

Clamart Le dimanche 14 octobre 2007, pour la fête de la Protection de la Mère de Dieu, l'archevêque Innocent de Chersonèse a présidé la divine liturgie à la paroisse orthodoxe des Saints Constantin et Hélène de Clamart. Cette communauté, dirigée par le père Mikhail Ossorguine, a rejoint depuis juillet 2007 le diocèse de Chersonèse du patriarcat de Moscou.

Cette visite fut la première de l'archevêque Innocent dans cette paroisse en tant qu'évêque diocésain.

Le Synode encourage le dialogue interreligieux et interculturel

Le 4 et le 5 octobre 2007 une délégation de l'Eglise orthodoxe russe, conduite par le métropolite Valentin d'Orenbourg, a participé au Dialogue sur les questions de la coopération interreligieuse et interculturelle pour la paix, organisé dans le cadre de la 62e assemblée plénière de l'Organisation des Nations Unies.

Le 12 octobre 2007, le métropolite Cyrille de Smolensk et de Kaliningrad, président du département des relations extérieures du patriarcat de Moscou, a présenté au Saint-Synode de l'Eglise russe les résultats de cette participation. Les pères synodaux ont encouragé "les efforts dans la promotion du dialogue entre les cultures et les religions sur la base de l'ONU" et ont jugé importante la participation des délégués de l'Eglise russe à de telles manifestations.

 
Le patriarche orthodoxe menace Israël du tribunal international
Jean-Marie Allafort

 

« Théophile III n’en peut plus » écrit le quotidien israélien Yediot Aharonot dans son édition du week-end. Le patriarche orthodoxe de Jérusalem attend depuis deux ans que son élection soit reconnue par l’Etat d’Israël mais en vain. Il se dit harcelé par des promoteurs immobiliers proches du pouvoir et qui exercent sur lui des pressions pour qu’ils cèdent des terres et des biens fonciers en contrepartie d’une reconnaissance officielle. « Je ne suis pas prêt à servir les intérêts particuliers d’hommes d’affaires privés, proches du pouvoir, pour recevoir une reconnaissance. Dans cette affaire, je ne suis pas le criminel » déclare-t-il.

Le patriarche Théophile III se dit prêt à porter l’affaire devant le tribunal international de la Haye puisque le recours à la Cour Suprême d’Israël n’a pas permis de débloquer la situation. Le patriarche ne veut plus recevoir nuitamment des envoyés du gouvernement d’Israël lui proposant des arrangements.
Théophile III n’est plus seul dans son combat contre l’Etat d’Israël. Des chefs d’Eglises du monde entier lui ont accordé une aide financière de 50 000 dollars pour qu’il puisse faire appel à un bureau d’avocats spécialisés dans le droit international. De plus, il jouit du soutien juridique d’un des plus célèbres avocats d’Israël.

Théophile III a été élu par le Saint Synode à la tête de l’Eglise grecque orthodoxe de Jérusalem en août 2005 en remplacement du patriarche Irénée, déchu pour avoir vendu des biens de l’Eglise dont deux hôtels et des magasins près de la porte de Jaffa à Jérusalem à un groupe de Juifs religieux de « Ateret HaCohanim ». Cette organisation formée en association rachète des biens fonciers aux musulmans et aux chrétiens en vieille ville et à Jérusalem-Est. « Ateret HaCohanim » est aussi un centre d’études talmudiques spécialisées sur les questions liées au Temple de Jérusalem et au sacerdoce lévitique. Selon Théophile III, Israël ne le reconnaît pas parce qu’il multiple les démarches pour annuler cette transaction financière.

Yediot Aharonot révèle une seconde affaire de biens fonciers dans la région de Beit Shemesh. En 1995, un promoteur immobilier, Yaacov Rabinovitch, voulant acquérir un terrain appartenant à l’Eglise orthodoxe près de Beit Shemesh en vue de la construction d’un nouveau quartier juif religieux avec 5000 appartements signa un contrat avec le patriarcat.
Rabinovitch s’engageait à payer 5 millions de dollars à l’Eglise et au terme de la construction, le patriarcat recevrait 800 logements dont il serait propriétaire (un bien immobilier s’élevant à 150 millions de dollars). Lors de la signature, Rabinovitch paya un demi-million de dollars mais, contrairement à la promesse faite, il n’a pas encore pu racheter les terrains proches appartenant au KKL et le nouveau quartier n’est toujours pas construit.

 

L’avocat de Rabinovitch, Ouri Messer, un proche de Ehud Olmert, est actuellement en procès
 pour signature de faux et falsification de documents. Lors d’une autre vente de biens de l’Eglise 
orthodoxe en 2000 dans le quartier de Rehavia au même Rabinovitch, l’avocat avait fait signer 
au patriarche de l’époque, malade et vieillissant, un document stipulant qu’en échange de 20 millions
 de dollars l’Eglise renonçait à son patrimoine immobilier à Beit Shemesh.
En découvrant l’escroquerie, le patriarcat avait annoncé son désir d’annuler la vente du terrain de 
Beit Shemesh.

Depuis les pressions ne font que se multiplier. Selon le patriarche « des prêtres et d’autres personnes
 n’ont transmis des messages que je devais rencontrer Ouri Messer parce qu’il était proche 
du Premier ministre. Le message disait qu’il pouvait arranger ma nomination. J’ai refusé. »

La reconnaissance par l’Etat d’Israël de la légitimité du patriarche a de nombreuses implications
 juridiques surtout quand on sait que l’Eglise grecque orthodoxe est plus grand propriétaire
 foncier du pays. Par exemple, c’est sur ses terrains que sont construits la Knesset, le bureau 
du Premier ministre comme la plupart des ministères à l’entrée de Jérusalem, la résidence du 
Chef de l’Etat ou encore la grande synagogue de Jérusalem.

Théophile III doit faire face également aux problèmes internes de sa communauté. 
Le patriarche déchu Irénée, toujours reconnu par Israël comme légitime n’a pas quitté 
la vieille ville de Jérusalem et réunit autour de lui un petit groupe de religieux et de fidèles
 provoquant une scission au sein de l’Eglise.

Enfin, les promoteurs israéliens ont la dent longue à Beit Shemesh. La communauté des
 sœurs et des frères de Beit Jamal à proximité est régulièrement inquiétée. Des promoteurs
 leur ont proposé à plusieurs reprises d’acheter leurs terrains mais la supérieure a toujours 
*repoussé les offres. La communauté subie régulièrement des actes de vandalisme et la police 
n’a toujours pas réussie à mettre la main sur les malfaiteurs.

Mis en ligne le 10 octobre 07


Une grande exposition dans la cité mosellane retrace l’essor du christianisme en Europe grâce à l’empereur romain

TRÈVES (Allemagne)

De notre envoyé spécial

T
rèves est de ces anciennes capitales enfouies par l’Histoire; nul n’imagi­nerait, en parcourant ses charmantes ruelles, qu’elle fut l’une des plus vastes cités de l’empire romain. Depuis cet été et jusqu’au 4 novembre, la petite ville allemande en bord de Moselle s’enorgueillit de ce glorieux passé impérial en accueillant, avec succès (près de 500 000 visiteurs à ce jour), la première grande ex­position dédiée à son hôte le plus illustre, Constantin.
L’empereur romain est réputé y avoir passé les dix premières an­nées de son règne, à partir de 307. C’est durant cette période qu’un an après sa conversion à la suite de sa victoire à la bataille du pont Milvius, il cosigne le célèbre édit de Milan (313) garantissant aux chrétiens, jusqu’alors persécutés, leur liberté dans tout l’empire. Les cultes païens seront, eux, interdits par Théodose en 392. L’intérêt de l’exposition n’est toutefois pas de détailler ces événements, simple­ment mentionnés, mais plutôt de mettre en lumière l’articulation s’opérant, en Occident, entre une Antiquité finissante et une ère chrétienne naissante. Non sans chevauchement.
«L’empereur et les chrétiens», au Musée épiscopal de Trèves, l’un des trois sites de l’exposition, illustre cet apprivoisement de la foi chrétienne par l’empire romain, mais aussi la romanisation du christianisme. Dans l’architecture d’abord, dont cette période ouvre un nouveau chapitre. Constantin,
lit-on dans l’exposition, « croyait devoir ériger des temples au Dieu des chrétiens », même si, dans le christianisme, le «vrai» temple de Dieu est en chaque fidèle et, de là, au lieu où se réunit l’assem­blée. Il est vrai que, l’édit de Milan favorisant la diffusion de l’Évan­gile, les assemblées grandissent et imposent des bâtiments propres, à l’origine des églises épiscopales et paroissiales. Leur construction réclame des moyens. « Constantin fut le premier à fournir argent, ma­tériaux et main-d’œuvre », explique l’exposition, étalant des maquet­tes des monuments sur les hauts lieux chrétiens tous érigés sous son règne : Saint-Pierre et Saint­ Jean-de-Latran à Rome, grotte de la Nativité à Bethléem, église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, dont on peut voir la reproduction de l’édifice antique. Pour poursuivre ces chantiers, on n’hésite pas à détruire rues et quartiers romains, les ruines romaines servant même de carrières de pierres. L’exposition l’illustre à travers l’exemple de la cathédrale de Trèves : sous son sol ont été retrouvés les restes d’une superbe mosaïque d’une villa romaine.
Mais symboles chrétiens et art décoratif romain font aussi bon ménage. Figures mythologiques et chrétiennes cohabitent: des
christogrammes sont visibles sur des objets du quotidien. Sous Constantin, «les chrétiens ont désormais une nouvelle approche d’eux-mêmes », rend compte l’expo­sition, qui retrace les hésitations de la nouvelle religion vis-à-vis d’une représentation picturale jugée au départ trop proche du culte païen. Mais, dès le IV

e
siècle, des frises des miracles des Évangiles et des scè­nes de la vie du Christ couvrent les sarcophages. Cette proximité des deux cultures se traduit jusque dans les pièces de monnaie de l’empire, qui reprennent côté pile la figure du Christ.
Comment dès lors distinguer Dieu et César? L’exposition soulève la difficulté pour les chrétiens sous Constantin de
« se préserver de l’influence impériale toute-puissante et veiller à ne pas déroger aux principes chrétiens ».

Constantin lui-même traduit ce mélange des genres, décrétant le dimanche jour de repos, tandis
que son empire intervient dans les querelles internes à l’Église. Dans sa ville de Constantinople, il fait entourer son sarcophage des figures des douze Apôtres, tel un héritier du Christ, tout en se faisant représenter en colosse digne de Zeus, sur une statue de plus de 12 mètres de haut. Le site du Musée régional de Trèves, lieu phare de l’exposition, en offre une impressionnante simulation en trompe-l’œil. Constantin devient lui-même l’objet d’une dévotion et d’un mythe, thème du troisième site de l’exposition au musée de la ville. Comme sa mère Hélène, il est vénéré tel un saint. Et, pour les souverains à venir, sert d’utile modèle de pouvoir temporel.

SÉBASTIEN MAILLARD

Informations pratiques : Tous les jours, jusqu’au 4 novembre
Guides et explications disponibles en français

Pour poursuivre ces chantiers, on n’hésite pas à détruire rues et quartiers romains, les ruines romaines servant même de carrières de pierres.

 
 
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Publié dans infos diverses

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