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Publié le par Père Jean-Pierre

patriarche de Moscou
Pour la première fois, Alexis II, le chef de l’Église orthodoxe russe, vient en France. Aujourd’hui au Conseil de l’Europe à Strasbourg, demain à Paris

 




SICHOV/SIPA

Alexis II en 2004.

 

 
 
patriarche de Moscou
Pour la première fois, Alexis II, le chef de l’Église orthodoxe russe, vient en France. Aujourd’hui au Conseil de l’Europe à Strasbourg, demain à Paris

 




Cette visite historique en France signe le réchauffement des relations entre catholiques et orthodoxes

D
e l’avis général, la visite que le patriarche Alexis II de Moscou commence aujourd’hui en France est historique.
« C’est la première fois qu’un patriarche de Moscou sort de Russie à l’invitation de l’Église ca­tholique », résume le P. Hyacinthe Destivelle, dominicain, directeur du centre Istina spécialisé sur l’or­thodoxie slave. « Cette visite s’inscrit dans le cadre du rapprochement de l’Église catholique avec l’ensemble des orthodoxes », précise Mgr Mau­rice Gardès, archevêque d’Auch, président du Conseil pour l’unité des chrétiens de la Conférence des évêques de France.
L’intervention du patriarche AlexisII de Moscou devant le Conseil de l’Europe, ce midi à Strasbourg, est à l’origine de tout.

« Venant en France, le patriarche a alors fait savoir qu’il souhaitait se recueillir sur la relique de la Cou­ronne d’épines, à Notre-Dame »,
ra­conte Mgr Gardès. La Conférence épiscopale catholique a alors invité officiellement le patriarche ortho­doxe à venir à Paris.
Cette « première » symbolise aussi le net réchauffement entre catholi­ques et orthodoxes observé depuis plusieurs mois
(lire ci-contre), à travers le dossier particulier du patriarcat de Moscou, l’Église la plus importante de toute l’ortho­doxie en termes de fidèles, avec qui les relations étaient jusqu’ici particulièrement tendues. Avant l’élection de Benoît XVI, en effet, il ne se passait pas un mois sans que Moscou dénonce le « prosélytisme »

de certains catholiques en Russie et l’
« uniatisme »
– la présence d’une Église catholique de rite byzantin – en Ukraine.
Aujourd’hui, le discours de Mos­cou semble avoir radicalement changé.
« En Ukraine, les relations entre orthodoxes et gréco-catholi­ques vont dans le bon sens. Il y a des pas en avant de part et d’autre,

explique à
La Croix le P. Alexandre Siniakov, chargé de la communi­cation du diocèse du Patriarcat de Moscou en Europe occidentale.

Certaines communautés travaillent ensemble, par exemple en faisant le catéchisme en commun. »
Quant au prosélytisme, le remplacement de l’archevêque à Moscou, Mgr Ta­deusz Kondrusiewicz, Biélorusse de souche polonaise nommé par Jean-Paul II, par un Italien (lire La Croix du 24 septembre) va, lui aussi, dans le bon sens pour le patriarcat :
« Les évêques changent… Et s’ils sont italiens, il n’y aura plus de problè­mes »,
reconnaît le P. Siniakov.
Pour autant, ce développement des relations avec l’Église catho­lique ne va pas de soi pour tout le monde à Moscou.
« Le voyage du patriarche est aussi un geste im­portant en direction de ses propres fidèles », explique le P. Destivelle. En mai, l’Église orthodoxe russe s’est réunifiée avec l’Église russe hors frontières, mettant fin à un schisme de quatre-vingts ans (lire

La Croix
du 18 mai). Et cette Église de la diaspora, dont beaucoup de membres vivent aujourd’hui en Russie où elle est influente de par ses finances, se caractérise aussi par un profond rejet de tout dialo­gue œcuménique. « Or, demain, un patriarche russe va, pour la première fois, prier solennellement dans une cathédrale catholique, souligne le P. Destivelle. Ce geste, retransmis à la télévision russe, sera un symbole très fort pour les Russes. »

Autre volet de cette visite en France, les relations des différen­tes Églises orthodoxes entre elles.

« Pour nous c’est un grand événe­ment »,
confie Michel Sollogoub, secrétaire du conseil de l’archevê­ché des paroisses russes en Europe occidentale : ce diocèse, séparé du patriarcat de Moscou dans les an­nées 1930 et rattaché depuis à celui de Constantinople, s’oppose fron­talement à Moscou depuis 2003. L’Église orthodoxe russe souhaite le retour de cet archevêché dans son giron, allant jusqu’à mener des actions en justice pour récupérer la propriété de plusieurs églises, à Nice et à Bayonne notamment. Au risque de mettre à mal l’unité des orthodoxes en France, même si, comme le reconnaît Michel Sollogoub, « l’ambiance n’est plus la même qu’il y a trois ans ».
Ainsi, le patriarche AlexisII rencontrera demain
« les évêques orthodoxes de France». Le pro­gramme officiel ne précise pas qu’il s’agit de « l’Assemblée des évêques orthodoxes de France » : un détail qui ne trompe pas, indiquant combien le patriarcat de Moscou est actuellement en délicatesse avec cette structure représentative des orthodoxes français, mise en place en 1997 pour faire progresser l’unité interorthodoxe en France, où coexistent six juridictions différentes (Constantinople pour les Grecs et pour les Russes, Antio­che, Moscou, Belgrade, Bucarest).

« Cette rencontre sera l’épreuve du feu de l’unité orthodoxe »,
prédit un théologien. Elle s’inscrit aussi dans une stratégie de rapprochement avec l’Église catholique : « Il s’agit de dire que l’Église orthodoxe russe ne s’occupe que des Russes présents en France et ne veut pas d’une Église orthodoxe locale. Donc qu’elle ne fait pas de prosélytisme », explique ce même expert.
Tout cela se situe enfin dans le contexte plus large de l’
« alliance stratégique » entre catholiques et orthodoxes, que le patriarcat de Moscou appelle de ses vœux de­puis plusieurs années, notamment sur les questions d’éthique. On note ainsi que la visite d’Alexis II coïncide avec la publication, en français, d’un manuel de doctrine sociale orthodoxe russe. « Le dialo­gue avec l’Église catholique est une priorité du patriarche, explique le P. Siniakov. Il y a beaucoup de con­vergences, notamment en matière sociale. » Un sujet qui contribue encore plus au rapprochement entre Rome et Moscou, au point qu’une rencontre entre le pape et le patriarche de toutes les Russies, longtemps différée, n’est plus à ex­clure. « Peut-être pas dans un mois, mais dans un an ou deux », a déclaré le patriarche au Figaro. Comme le confie le P. Siniakov : « Pour nous, cette visite de notre patriarche en France est une étape vers une ren­contre avec le pape. »

NICOLAS SENÈZE

La visite d’Alexis II coïncide avec la publication, en français, d’un manuel de doctrine sociale orthodoxe russe.




CORINNE SIMON/CIRIC
Des membres du Patriarcat de Moscou
se recueillent devant les reliques de la Passion à Notre-Dame de Paris. Alexis II effectuera la même démarche.

 

 
 

 

 
 
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Publié dans infos diverses

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