A propos de Sibiu

Publié le par Père Jean-Pierre

jeudi 13 septembre 2007 Antoine Arjakowski
logo

Le 3e rassemblement œcuménique européen de Sibiu s’est achevé le dimanche 9 septembre par une cérémonie de clôture présidée par le cardinal Péter Erdö, président de la CCEE, et par le révérend Jean-Arnold de Clermont, président de la CEC.

Plus de 2700 personnes ont participé à cet événement, dont 450 journalistes. Sur les 1542 délégués des Eglises chrétiennes en Europe, il y avait à Sibiu une moitié de représentants catholiques dont 733 catholiques romains et 42 grecs catholiques. D’éminentes personnalités catholiques ont participé à ce rassemblement comme le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et président de la Conférnce des Evêques de France. Dans son homélie prononcée lors de la cérémonie de clôture le dimanche 9 septembre, l’évêque français a appelé les participants à ne pas retenir de l’évangile que les passages dont chacun peut s’accomoder, mais à suivre le Christ de façon radicale. Il a conclu sa méditation de la sorte :
« Puissent nos rencontres œcuméniques être un aiguillon pour avancer, plus avant ensemble, sur cette route à la suite du Christ ! Peut-être cette route nous paraît-elle à certains jours trop difficile, trop au dessus de nos propres forces. N’oublions pas alors que cet appel du Seigneur n’est pas seulement l’expression d’une exigence, il est aussi la promesse d’un don. C’est le Christ qui nous donne lui-même la force de marcher avec lui. Dans la célébration de l’Eucharistie, le Christ nous appelle à venir à sa suite, à nous unir à lui, à vivre avec lui nos existences comme des vies données et livrées. C’est lui qui nous communique l’Esprit et nous permet de nous mettre sur la longueur d’onde de la volonté de Dieu. Rendons grâce au Père qui réalise pleinement dans son Fils ce que le livre de la Sagesse avait annoncé : « Qui donc a découvert ce qui est dans les cieux ? Et qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ? C’est ainsi que les chemins des habitants de la terre sont devenus droits ; c’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît et, par la Sagesse, ont été sauvés. » (Sag. 9, 16-18). »

Son allusion à la difficulté du cheminement œcuménique était nécessaire pour un grand nombre de délégués tant certaines positions prises par des courants chrétiens divergent paraissent parfois irréconciliables.

Il y a en premier lieu une opposition entre d’une part les habitués du mouvement œcuménique, théologiens souvent chevronnés, qu’ils soient clercs ou laïcs, ayant trouvé un consensus sur la plupart des problèmes théologiques, et d’autre part les nouveaux-venus appartenant le plus souvent à des populations peinant à s’intégrer au sein de la modernité et de la mondialisation. N’as-t-on pas entendu à Sibiu de la part d’un représentant de l’Eglise Orthodoxe Russe une condamnation de la démocratie et de la ‘faiblesse inhérente à la lutte permanente que s’y livrent les partis politiques ?’

Il y a également une opposition entre les courants utopistes, les courants de résistance, et les courants pragmatiques, pour reprendre la triade de l’intellectuel français Jean-Baptiste de Foucauld. Sur la question des frontières de l’Eglise notamment, qui a été un sujet très commenté en Roumanie, il y a ceux qui affirment que l’Eglise est une et qui refusent par conséquent d’introduire un relativisme ecclésiologique, il y a ceux qui résistent à cette position en rappelant que l’Esprit qui souffle où il veut dépasse les frontières ecclésiales institutionnelles, il y a ceux enfin qui évitent d’entrer dans le débat et se consacrent à établir des conventions inter-ecclésiales pour actualiser l’unité eschatologique de l’Eglise.

Il y a enfin les courants insistant sur leurs identités propres (qu’il s’agisse des mouvements homosexuels ou des Eglises encore non pleinement reconnues au sein de l’oikumenè) et ceux cherchant plutôt à s’ouvrir au dialogue inter-religieux post-confessionnel.

Dans tous les cas l’assemblée de Sibiu a montré que le paysage chrétien s’était reconfiguré en profondeur depuis la chute du mur de Berlin. Les lignes de tensions ne sont plus confessionnelles mais traversent de façon trans-confessionnelle chaque tradition chrétienne. L’enjeu majeur dans cette perspective sera la capacité des Eglises dans l’avenir à faire comprendre à leurs ouailles qu’il y a dans l’Eglise plusieurs niveaux de conscience, plusieurs sensibilités, et que ceux-ci ont tous leur place dans l’Eglise, - Maison du Père, Corps du Christ, Temple de l’Esprit-Saint -, dès lors qu’ils prennent conscience qu’ils se complètent mutuellement.

Aussi la capacité des délégations chrétiennes à trouver des points forts d’unité est de la plus haute importance non seulement pour les Eglises mais aussi pour les sociétés européennes. Les participants de l’assemblée ont adopté le samedi 8 septembre une déclaration finale qui témoigne des points de convergence du corps ecclésial œcuménique rassemblé à Sibiu :

-   La réaffirmation que les racines communes entre les chrétiens sont beaucoup plus profondes que les divisions.

-   Le désir des responsables politiques européens de coopérer avec les Eglises chrétiennes sur la base du nouveau traité réformateur européen.

-   L’absence de propos contre le prosélytisme des catholiques et des protestants de la part des délégués orthodoxes.

-   L’insistance des participants à unir la doctrine avec la pratique en appelant à ‘un style de vie chrétien crédible porteur d’un témoignage joyeux à la lumière du Christ tant dans la vie privée que publique’.

-   Alors que l’assemblée se déroulait pour la première fois à ce niveau dans un pays de tradition à majorité orthodoxe, le plein soutien de l’ensemble des Eglises orthodoxes au mouvement œcuménique.

-   Le désir des participants à poursuivre les discussions sur la reconnaissance mutuelle du baptême dans l’esprit de l’accord réalisé en Allemagne en juin 2007 entre onze Eglises chrétiennes.

-   L’adhésion réaffirmée de l’ensemble des délégués chrétiens à la Charta Oecumenica.

-   La participation active des jeunes qui ont publié un texte de consensus oecuménique appelant notamment à la création d’une Agence européenne pour la paix pouvant faire contre-poids à l’Agence européenne militaire.

La véritable avancée cependant de cette assemblée a été certainement l’avènement d’un consensus œcuménique en matière de doctrine sociale. Ce consensus rendu possible par la convergence de vues entre des personnalités telles que le patriarche œcuménique Bartholomée I, l’évêque luthérien Margot Kässman et le professeur italien Andréa Riccardi a aboutit à plusieurs recommandations pratiques d’importance, - qu’on citera dans le désordre -, en faveur du continent Africain ; en faveur des personnes migrantes, des demandeurs d’asiles, et des réfugiés ; en faveur des objectifs de développement du millénium décrét par les Nations Unies ; en faveur de la création d’un processus consultatif en matière de justice écologique ; en faveur de l’instauration d’une période de prière entre le 1er septembre et le 4 octobre ‘pour la protection de la création et la promotion de styles de vie durables’ ; en faveur d’initiatives pour la remise de la dette et la promotion du commerce équitable. La déclaration reprend également les termes de la déclaration inter-religieuse du Bosphore en 1994 : ‘la violence et le terrorisme au nom de la religion constituent un déni de la religion’.

Antoine Arjakovsky
Directeur de l’Institut d’Etudes Œcuméniques de Lviv, Ukraine

Photo CCEE-KEK / Ag. Siciliani

Publicité

Publié dans infos diverses

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article