Egypte , dans La Croix du jour....

Publié le par Père Jean-Pierre

En Egypte, des convertis à l’islam veulent retrouver le christianisme
Demain, la plus haute instance administrative égyptienne doit trancher sur le cas de chrétiens convertis à l’islam qui veulent redevenir chrétiens sans être qualifiés d’apostats
LE CAIRE

De notre correspondante

«
Je ne m’appelle pas Hassan Kandil, je m’appelle Yous­sef Morcos. Je ne suis pas musulman, je suis chrétien. Je veux que mon nom véritable et ma religion figurent sur ma carte d’identité nationale. »
L’homme âgé d’une trentaine d’années s’exprime d’une voix émue, son passé le dé­chire encore. Il avait 6 ans quand son père s’est fait musulman pour divorcer et épouser Zeinab. Le pe­tit garçon est resté avec sa mère. L’année suivante, son père obtient par un jugement du tribunal le droit de tutelle sur son fils, afin de l’éduquer suivant les préceptes de l’islam. Double choc pour l’enfant, condamné à quitter sa mère, et à s’initier à une autre religion.
« J’avais déjà suivi des cours de catéchisme, j’aimais la Vierge et Jésus. Je voulais rester chrétien. »

Mais Youssef s’appelle désormais Hassan, et un cheikh lui parle du prophète Mohammed, lui apprend les versets du Coran…

«Quand je faisais la moindre faute en récitant les versets, mon père me battait. »

Les années s’écoulent, Youssef a des frères et des sœurs qu’il n’aime pas. Il se sent étranger dans cette famille. Il voit parfois sa mère en secret, elle lui a re­mis une minuscule petite croix qui ne le quitte pas. À 21 ans, il annonce sa décision de redevenir chrétien. Chassé du toit paternel, il retrouve sa mère et son Église. Enfin en paix avec lui-même, Youssef veut modifier son état civil pour se marier à l’église et avoir des enfants chrétiens. Le fonctionnaire refuse : ce serait une apostasie. Il lui faudra in­tenter un procès au ministère de l’intérieur pour obtenir éventuel­lement gain de cause.
C’est la première fois en Égypte qu’on assiste à un tel procès. Tout a commencé il y a près de deux ans, quand des chrétiens, deve­nus musulmans pour diverses raisons, ont réintégré leur foi d’origine. Ils ont ensuite voulu modifier leur nom et leur religion sur leur carte d’identité. Face au refus du ministère de l’intérieur, ils lui ont intenté un procès de­vant le tribunal administratif. Une grande première. Et une audace due à ce vent de démo­cratie qui commence à souffler au pays du Nil, mais surtout à l’action des ONG de défense des droits de l’homme. Plus de 300 cas se trouvent actuellement devant les juges du tribunal ad­ministratif, mais ils se ramènent à deux situations principales. Il y a le cas des enfants mineurs con­
traints de suivre la religion de leur père, même s’ils veulent demeurer chrétiens, comme Youssef. Et puis celui de l’adulte qui opte pour l’is­lam, puis se repent.
C’est le cas de Mohamed Na­tour, un homme d’affaires sexa­génaire et bedonnant, qui cache sans doute son trouble en jouant avec une grosse chevalière en or.
«Oui, je m’appelais Boutros Iskandar. Je me suis converti à l’islam sous le coup d’une grande passion. Je le regrette fort.» Il retrace son parcours sur le ton de la confidence. À 45 ans, il est tombé follement amoureux d’une jeune musulmane, Fatma, belle, douée, excellente peintre paysa­giste. Elle partage ses sentiments. « Comment hésiter ! Je suis devenu musulman, j’ai divorcé et je l’ai épousée. »
Il avait une femme et deux enfants, mais il possédait aussi les moyens d’entretenir deux ménages.
« J’invitais parfois à dé­jeuner mon fils et ma fille. Je n’ai jamais revu ma première épouse, aujourd’hui décédée. » Au fil des ans, Fatma, bien plus jeune que son mari, s’en désintéresse peu à peu. Sa famille l’aide à obtenir le divorce, et à refaire sa vie avec un médecin établi au Koweït.
L’heure de vérité sonne pour Mo­hamed Natour. La solitude suscite une longue réflexion. L’amertume l’envahit, mais aussi la honte. Il a toujours été chrétien : comment a-t-il pu renier sa foi ? Il se confie à un prêtre qui l’encourage à rede­venir chrétien. Mais le certificat de l’archevêché ne suffit pas, il doit modifier sa carte d’identité
pour légaliser sa situation, et permettre à ses enfants d’hériter à son décès. Car un chrétien ne peut hériter d’un musulman.
Le ministère de l’intérieur re­fuse sa demande et le tribunal administratif juge son cas
« ir­recevable » . Il attend aujourd’hui la sentence du Haut Conseil administratif. Ce jugement est d’un intérêt primordial car on se trouve aujourd’hui devant deux sentences contradictoires. En 2005, le président du tribunal administratif, un homme d’une grande ouverture d’esprit, a ad­mis le retour au christianisme de 30 personnes. Les avocats des de­mandeurs s’étaient basés sur trois principes : celui de la liberté de religion, prévue par la Constitu­tion égyptienne, celui de «pas de contrainte en religion » , inscrit dans la loi coranique, et enfin les divers traités internationaux relatifs aux droits de l’homme si­gnés par l’Égypte. En juin 2006, ce magistrat prend sa retraite, et son successeur adopte une voie diamétralement opposée, déclarant, le 24 avril 2007, l’irre­cevabilité de 45 cas en se basant sur un argument qui refuse « toute manipulation dans le contexte re­ligieux » . Il agite aussi le spectre de la peine de mort réservé aux apostats… Les avocats de la défense ne se laissent pas démonter. À leurs yeux, ce juge s’est basé sur la loi coranique, et non pas sur la légis­lation religieuse et ils font appel devant le Haut Conseil adminis­tratif, qui a admis la recevabilité de leur demande et a fixé l’audience du jugement au 1
er
septembre. À la veille de l’audience, les personnes concernées craignent un report du jugement qui prolongerait leur an­goisse. Elles redoutent surtout un jugement négatif. Mais si la plus haute instance administrative leur donne gain de cause, cela constituerait une jurisprudence et marquerait un tournant mémo­rable dans l’histoire des chrétiens d’Orient.
DENISE AMMOUN

Ce jugement est d’un intérêt primordial car on se trouve aujourd’hui devant deux sentences contradictoires.


Célébration copte dans la cathédrale Saint-Marc, au Caire.
Les avocats des musulmans qui aspirent à redevenir chrétiens s’appuient notamment sur le principe de liberté de religion, prévue par la Constitution égyptienne.
RE Z A / W EBI S TA N

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Publié dans infos diverses

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