Nicolas Sarkosy a écrit à Benoit ,lu dans La Croix

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Cette longue lettre au contenu substantiel est un signe de plus, aux yeux du Saint­Siège, de l’ouverture du nouveau chef de l’État aux problèmes religieux

ROME

De notre envoyée spéciale permanente

Q
ue le pape écrive pour félici­ter un nouveau chef d’État, rien de plus banal dans les usages diplomatiques du Saint-Siège. Mais que le réci­piendaire, en l’occurrence Nicolas Sarkozy, lui réponde sous la forme d’une lettre substantielle et lon­gue – dont
La Croix a eu connais­sance – est chose plus rare. Surtout venant de la France, pays qui, aux yeux de Rome, fait souvent montre d’une laïcité trop raide. Benoît XVI y a été très sensible, au point de s’en féliciter ouvertement samedi devant l’archevêque orthodoxe Chrysosto­mos II de Chypre.
C’est ainsi, confirme-t-on à Paris, que le nouveau président de la Ré­publique française parle, dans sa lettre, des otages et fait mention du sort d’Ingrid Betancourt, qu’il a recommandée à l’attention du pape, et aussi des autres otages, aux Phi­lippines et dans le monde. Requête entendue puisque le pape, lors de l’Angélus du 10 juin, déclarait :
« On me demande malheureusement sou­vent d’intervenir en faveur de person­nes, parmi elles également des prêtres, enlevées pour diverses raisons et dans diverses parties du monde (…). Je les porte toutes dans mon cœur et dans ma prière, en pensant, entre autres, au cas douloureux de la Colombie » , ajoutait-il, adressant « un appel pres­sant aux auteurs de ces actes exécra­bles, afin qu’ils prennent conscience du mal qu’ils font et rendent au plus tôt à l’affection des leurs ceux qu’ils détiennent prisonniers ».

Benoît XVI se serait également montré sensible à l’inquiétude manifestée par Nicolas Sarkozy à propos des minorités chrétiennes
persécutées dans le monde.
Ce nouveau climat de la part du pays responsable, aux yeux du Vatican, de la suppression de la mention des
«racines chrétiennes de l’Europe» dans le débat sur la Constitution européenne, est donc bien accueilli à Rome. Déjà, l’entre­tien accordé par Nicolas Sarkozy, alors candidat, à l’hebdomadaire

Famille chrétienne
, où il affirmait notamment que le christianisme
«participe de manière essentielle à l’identité nationale»
, avait été lu ici avec intérêt. Et au lendemain de son élection, le cardinal Jean­Louis Tauran se réjouissait, dans le quotidien catholique Avvenire , de la «position extraordinairement ouverte de M. Sarkozy sur le thème des religions » . Le cardinal français, qui fut responsable de la diplomatie vaticane pendant l’essentiel du pon­tificat de Jean-Paul II, avait rappelé le livre écrit par l’actuel président français La République, les religions, l’espérance , où ce dernier évoquait la possibilité de réformer la loi de 1905, pilier de la laïcité française
« rompant ainsi avec un tabou de la politique française»
. Une perspec­tive à laquelle le candidat Sarkozy a ensuite déclaré renoncer, dans son entretien à La Croix (nos éditions du 4 avril 2007) .
Une autre preuve de la satisfaction de Rome après le choix des Français a été donnée mercredi par le cardinal Tarcisio Bertone: tranchant avec la prudence diplomatique de mise dans
la Curie romaine, le secrétaire d’État se félicitait des voyages de Nicolas Sarkozy en Europe et des change­ments de la position de la France par rapport aux racines chrétiennes de l’Europe: «Nicolas Sarkozy s’est déplacé un peu partout en Europe, et je vois que la France aussi est en train de changer ses orientations et ses positions sur ce thème, disait le bras droit du pape. C’est une bonne chose, car une saine laïcité peut aussi être parfaitement compatible avec la reconnaissance de ses racines, de ses origines chrétiennes et de sa propre identité chrétienne. »

Cependant, la réponse de Nicolas Sarkozy à Benoît XVI ne semble pas faire mention des racines chrétien­nes, mais évoque plus largement la spiritualité en Europe. D’ailleurs, au Saint-Siège même, cette mention ne figure plus au rang des urgences. Certes, le pape y reste attaché. Mais, dans le contexte actuel, Rome est beaucoup plus inquiète sur le point de
savoir si, dans le futur traité simplifié discuté aujourd’hui par les dirigeants européens (lire page 4) , sera conservé ou non l’article 52 de l’ancien projet, reconnaissant le principe d’un dia­logue institutionnalisé entre Églises et instances européennes.
En attendant, il est probable que le nouveau chef de l’État français se rende rapidement en visite officielle au Vatican. S’il est encore trop tôt pour en connaître la date, le souhait de Paris est de consacrer autant que possible ce déplacement au seul Saint-Siège, sans le lier à une visite aux autorités italiennes comme le font beaucoup d’autres chefs d’État. Ce rendez-vous devrait avoir lieu avant le déplacement prévu de Benoît XVI en France, pour le 150

e
anniversaire des apparitions de Lourdes, déplacement dont la date précise reste elle aussi en suspens : on a parlé de la fin mai, mais aujourd’hui, il semble qu’il aura plutôt lieu à l’automne 2008.
ISABELLE DE GAULMYN

Nicolas Sarkozy a recommandé à l’attention du pape le sort des otages aux Philippines et dans le monde, et fait mention d’Ingrid Betancourt.




Le cardinal Ricard et Mgr Vingt-Trois reçus à l’Élysée pour l’investiture de Nicolas Sarkozy le 16 mai dernier. Ce nouveau climat de la part de la France responsable, aux yeux du Vatican, de la suppression des « racines chrétiennes de l’Europe » dans la Constitution européenne, est bien accueilli à Rome.

PATRICK KOVARIK/AFP

 

 
 
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