De Christophe Levalois
| POUR CONNAÎTRE L'ORTHODOXIE EN SERBIE L’histoire connue des Serbes remonte au VIIe siècle de notre ère. La christianisation a suivi peu après. Les premiers évêchés sont mentionnés au IXe siècle. Mais, c’est au XIIe siècle que les Serbes constituèrent une puissance redoutée et au début du siècle suivant que son Eglise acquiert son autonomie. Deux hommes furent à l’origine de cette vigoureuse affirmation : Stefan Nemanja (1113-1199), prince unificateur de la Serbie avant de devenir le moine Siméon, et Rastko, son fils cadet, qui devint au Mont Athos le moine Sava. L’histoire de ces deux êtres d’exception tient de la légende tout en étant bien réelle : des puissants de ce monde mettent au service du Seigneur leur pouvoir, leurs qualités et par-delà leurs vies qui deviennent dès lors exemplaires et posent les fondements d’une nation. Cette histoire est merveilleusement bien racontée par Mgr Nicolas Vélimirovitch dans sa Vie de saint Sava . Ce livre passionnant permet de connaître un personnage essentiel de l’orthodoxie en Serbie, sa vie édifiante. De plus, des observations et des notes fournissent des renseignements historiques, culturels et cultuels indispensables pour bien comprendre les traditions serbes. L’auteur, Mgr Nicolas Vélimirovitch (1880-1956) est l’une des grandes figures, avec le Père Justin Popovic, de l’orthodoxie en Serbie au XXe siècle . Poète, écrivain, évêque d’Ohrid et de Zica, il fut surnommé le " Chrysostome serbe ". Il fut l’ami de saint Silouane l’Athonite (1866-1938), canonisé en 1987, et du Père Sophrony (1896-1993) . Au cours d’une de ses visites au Mont Athos, il a ordonné diacre Sophrony en présence de Silouane . Il a aussi bien connu saint Jean Maximovitch (de Shangaï et de San Francisco) de 1929 à 1934 lorsque celui-ci, alors hiéromoine, célébrait et enseignait dans la ville de Bitol située dans son diocèse. Il avait une très haute estime pour le jeune hiéromoine et futur archevêque. Il disait à son propos : " Si vous voulez voir un saint vivant, allez à Bitol chez le Père Jean ". Saint Jean Maximovitch (1896-1966), appelé aussi saint Jean le Thaumaturge (" guérisseur "), a été canonisé par l’Eglise russe hors-frontières le 2 juillet 1994. Mgr Nicolas est l’auteur d’autres ouvrages dont une étude stimulante intitulée Théodule, le peuple serbe comme serviteur de Dieu . Il y démontre que la Théodulia – le " service de Dieu "- était " la voie et le but de l’Eglise comme de l’Etat tout entier " (p.13) en Serbie. Il oppose cette conception à la théocratie : " Quelle est donc la différence entre théocratie et théodulie ? C’est la différence entre un maître imposé et un serviteur volontaire. La théocratie peut être de deux sortes : cléricale ou laïque " (p.12). Il s’agit d’un plaidoyer puissant et solidement argumenté qui concerne l’histoire et le présent, l’Etat et le citoyen, la société et l’âme de chacun. On ne peut qu’être impressionné en prenant connaissance de l’histoire de la Serbie, notamment au Moyen-Age, surtout du XIIe au XVe siècles, de la longue liste de rois et de reines qui se sont retirés volontairement du pouvoir et ont terminé leur vie ici-bas comme simples moines et moniales. Dix-huit d’entre eux sont devenus des saints. Une reine est particulièrement chère au cœur des Serbes et des Français : Hélène d’Anjou, au XIIIe siècle, princesse française, vraisemblablement capétienne, devenue une sainte orthodoxe, fondatrice du monastère de Gradac. Elle est fêtée de 12 novembre. Les siècles suivants de l’histoire de la Serbie sont traversés de hauts faits, comme l’héroïque et sacrificielle bataille du prince Lazar à Kosovo Polje, le " Champ des Merles ", en 1389 contre les Turcs, d’oppressions, de révoltes, d’innombrables tragédies, de répressions sanglantes et de nombreux martyrs jusqu’au XXe siècle où des centaines de milliers de Serbes furent exterminés. Mgr Nicolas Vélimirovitch lui-même fut interné à Dachau durant une partie de la Seconde guerre mondiale et dut s’exiler lorsque le communisme s’imposa en Yougoslavie. Il a bien montré dans ses ouvrages que le cœur de la Serbie est l’orthodoxie et c’est dans celle-ci qu’au cours des siècles, qui furent souvent tragiques, les Serbes ont puisé la force de vivre malgré toutes les terribles épreuves, et souffrances, qu’ils ont traversé. Pour ceux qui souhaitent connaître l’ensemble de l’histoire politique, religieuse, culturelle et artistique de la Serbie, l’ouvrage d’Anne Yelen, intitulé En Yougoslavie orthodoxe , répondra à leur attente. On pourra compléter avec l’article de Kosta Christitch, "L’Eglise et la nation serbes au fil des siècles", paru dans la revue Regard sur l’est , n°22, juillet-août 2000, (www.regard-est.com) . Sur l’histoire également, les paroisses du diocèse serbe d’Europe occidentale diffuse un petit ouvrage synthétique du Père Radomir Popovic, L’Eglise serbe à travers l’histoire . Sur internet également, un très beau site (en anglais) est consacré aux monastères du Kosovo: www.kosovo.com . Il est très riche en informations, en magnifiques photographies de monastères et de la vie religieuse. En outre, plusieurs pages, avec des photographies, évoquent les nombreuses destructions (une centaine) d’édifices chrétiens (cathédrales, églises, monastères) de 1999 à ces derniers jours opérées dans cette région des Balkans. Sur cet affligeant sujet, l’Eglise serbe a fait paraître un cahier avec des photographies en couleur : Le Kosovo crucifié – Les églises orthodoxes serbes détruites et profanées au Kosovo et Métohia de juin à octobre 1999 en français et en serbe . Plusieurs pages, douloureuses, abordent également les massacres de centaines d’hommes et de femmes serbes, civils et religieux. Encore aujourd’hui, après tant de siècles de tragédies, l’Eglise serbe est une Eglise martyre.
(Mgr Nicolas Vélimirovitch, Théodule, p.36-37) |