L'Ascension ,textes et Homélie...

Publié le par Père Jean-Pierre

Jeudi 17 mai 2007

Ascension de notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ

Liturgie : Epître : Ac 1, 1-12 ; Evangile : Lc 24, 36-53

Seigneur, lorsque tes Apôtres te virent enlevé au-dessus des nuées, au milieu de leurs lamentations et de leurs larmes,  Christ vivifiant, ils étaient tout rempli d'abattement et, au milieu des pleurs ils disaient : «Maître, ne nous laisse pas orphelins, nous que Tu as aimés par compassion, nous tes serviteurs. car Tu es ami des hommes. Mais, comme Tu l'as promis, envoie nous ton très Saint-Esprit qui illumine nos âmes».
Ayant accompli l'économie divine nous concernant, et ayant uni les habitants de la terre à ceux du ciel, Tu T'es élevé au ciel dans la gloire, Christ notre Dieu, pour ne plus jamais T'en éloigner mais pour y demeurer sans cesse ; et Tu dis à ceux qui T'aiment : «Je suis avec vous, et personne ne prévaudra contre vous».
0 Christ, après avoir chargé sur tes épaules la nature égarée, Tu t'es élevé et Tu l'as présentée à Dieu le Père.
Les Apôtres sont transportés de joie en ce jour, en voyant leur Créateur élevé sur les nues ; espérant fermement recevoir l'Esprit, ils s'écrient dans la crainte : «Gloire à ton Ascension.»

La prière des Eglises de rite byzantin

Texte à méditer
Après l'Ascension du Seigneur, les Apôtres s'en retournèrent, comme il est dit dans l'Evangile, avec une grande joie (Lc 24, 52). Le Seigneur sait quelle joie Il leur a donnée, et leur âme éprouva intensément cette joie. Leur première joie était de connaître le véritable Seigneur, Jésus Christ. La deuxième joie, de L'aimer. La troisième, de connaître la vie éternelle et céleste. Et la quatrième joie, de désirer le salut pour le monde comme pour eux-mêmes. Et enfin, ils étaient dans la joie parce qu'ils connaissaient le Saint-Esprit et voyaient comment il œuvrait en eux. Les Apôtres parcouraient la terre et parlaient au peuple du Seigneur et du Royaume des Cieux. mais leurs âmes languissaient et aspiraient à voir le Seigneur. Aussi ne craignaient-ils pas la mort, mais allaient avec joie à sa rencontre, et, s'ils désiraient vivre sur terre, c'était uniquement par amour des hommes.

Saint SILOUANE de l'Athos

L'ASCENSION ET LA MERE DE DIEU

La fête de l'Ascension, célébrée traditionnellement dans toute l'Eglise le quarantième jour après Pâques, se réfère à ce que nous disent les Evangiles de Marc et de Luc et les Actes des Apôtres au sujet de la fin de la vie terrestre de Jésus. Après sa Résurrection, pendant quarante jours, le Christ se montra à ses disciples et leur promit d'envoyer sous peu de jours l'Esprit Saint, puis tandis «qu'il les bénissait , il fut enlevé au Ciel. Alors deux hommes vêtus de blanc apparurent aux apôtres et leur dirent : «Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous à regarder le ciel ? Ce Jésus qui, d'auprès de vous, vient d'être enlevé au ciel, reviendra de la même manière que vous l'avez vu partir vers le ciel.» Et saint Luc ajoute : «Ils revinrent à Jérusalem en grande joie et ils étaient continuellement dans le Temple à louer Dieu».

Les textes liturgiques byzantins vont reprendre ces faits en les méditant.

Le premier hymne des Vêpres de la fête nous met tout de suite dans l'atmosphère si particulière de l'Ascension : "Le Seigneur est monté aux cieux afin d'envoyer le Paraclet au monde. Les cieux ont préparé son trône ; les anges sont saisis d'admiration en voyant l'Homme au dessus d'eux. Le Père accueille celui qui demeure éternellement en son sein. L'Esprit Saint ordonne à tous ses anges : Elevez vos portes, princes. Toutes les nations applaudissez. Car le Christ est remonté, là où il était depuis toujours".

Nous voyons bien la scène. C'est le moment de préciser que cette montée aux cieux exprimée de façon spatiale, comme si une fusée emportait le Christ au-delà des nuages, n'est qu'une façon de parler. Il s'agit de dire que Jésus a quitté visiblement la terre et a rejoint Dieu le Père pour régner avec Lui.

Il est clair que c'est un langage symbolique et que Dieu n'est pas à situer dans ce qu'on peut appeler le « ciel terrestre », ni même le ciel astronomique. Il est dans une autre dimension.

Le Fils de Dieu retrouve donc une existence invisible après avoir vécu sur terre une trentaine d'années. Cela pourrait sembler normal, si j'ose dire.

Mais ce qui est tout à fait extraordinaire c'est qu'il monte aux cieux avec son corps. C'est si extraordinaire que le texte cité ci-dessus précise que les anges sont dans l'admiration - on peut traduire aussi qu'ils sont dans la stupeur - en voyant un homme au-dessus d'eux. Et tout au long de l'office, nous entendrons évoquer l'étonnement, la stupeur des anges. Non seulement l'Invisible s'est fait voir, l'Incorporel a pris un corps, comme nous l'avons chanté à Noël, mais quand Il quitte la terre, il emporte son corps avec Lui. On ne peut que balbutier en évoquant ce mystère, mais tous les textes liturgiques sont très clairs, comme celui-ci, par exemple : «En toi-même ô Dieu, tu renouvela la nature d'Adam tombée au plus profond de là terre. Et en ce jour tu l'élevas au-dessus de toutes les Principautés et Puissances ( c'est à dire au-dessus de tous les anges car dans ton amour pour elle, tu la fis siéger avec toi...»

Et les Incorporels, c'est-à-dire encore les anges, de s'interroger : «Quel est-il, cet homme magnifique ? C'est qu'il n'est pas seulement homme, il est Dieu et homme à la fois.»

Cela, c'est la merveille qui rend les anges stupéfaits. Le Fils de Dieu, s'il est toujours Dieu, est désormais toujours homme, et par Lui la nature humaine est élevée jusque auprès du Père. Un tropaire dit : «Tu as assumé sur tes épaules, ô Christ, la nature égarée et, t'élevant aux cieux, tu l'as présentée à Dieu, ton Père.»

Le Christ est à jamais Dieu et Homme, et notre nature humaine, jadis déchue, est transfigurée et déifiée en Lui par son contact avec la divinité. C'est pourquoi il est si important de communier au Christ dans l'Eucharistie. C'est dans cette communion que nous participons nous aussi à la divinisation de la nature humaine du Christ.

Maintenant je voudrais évoquer la place de Marie, la Mère de Dieu, lors de l'Ascension de son Fils. Dans l'Evangile il n'en est rien dit. Dans les textes liturgiques il est précisé : «... Tu es allé vers le Mont des Oliviers avec tes disciples ainsi que celle qui t'avait enfanté, toi le créateur et l'artisan de toutes choses. Car elle qui, étant ta mère, avait souffert plus que quiconque lors de ta Passion, il était juste qu'elle soit comblée d'une joie sans pareille, par la glorification de ton corps...».

Ainsi, de même que la Mère de Jésus avait vécu d'une façon intense la Passion de son Fils, de même était-elle associée à sa glorification. Il est vrai que plus qu'aucune mère, elle pouvait dire du corps de son fils qu'il était sa propre chair, puisqu'elle l'avait enfanté virginalement.

L'icône de la fête de l'Ascension transcrit de façon visible cette présence de la Mère de Dieu lors de l'Ascension et elle le fait de façon très marquée qui n'est pas sans signification. L'icône représente le Christ bénissant porté par des anges et situé dans la partie supérieure de l'icône. En dessous se trouvent les apôtres qui entourent Marie. Celle-ci est au centre, toute droite, exactement sous le Christ et deux fois plus grande que Lui qui est représenté assis et déjà s'éloignant. De part et d'autre de la Vierge et un peu en arrière se trouvent deux anges vêtus de blanc qui montrent le Christ et s'adressent aux apôtres, lesquels, divisés en deux groupes de part et d'autre de Marie forment un cercle parfait.

La Vierge a une attitude hiératique à la fois de prière, une main dressée vers le haut, et de compassion pour le monde, l'autre main ouverte vers le bas. Son immobilité verticale contraste avec les silhouettes animées des apôtres dont plusieurs tendent les mains vers le Ciel.

Il est certain que l'ensemble du groupe formé par les apôtres et la Vierge représente l'Eglise ; et que Marie, comme l'indique sa place centrale et unique, encadrée par deux anges lumineux, est - dans le contexte de l'icône représentant aussi la marche de l'Eglise vers le Second Avènement - la figure privilégiée de l'Eglise (1).

Sa représentation entre les anges symbolise aussi l'aspect spirituel de l'union liturgique du ciel et de la terre. C'est en Elle d'abord que, comme le dit Nicolas Cabasilas, « les anges et les hommes sont devenus une même Eglise par la manifestation du Christ qui est à la fois du ciel et de la terre ».

(1) Ce thème de la représentation de la Mère de Dieu dans l'icône de l'Ascension a fait l'objet d'un travail théologique présenté en 1989 à l'Institut Saint-Serge à Paris par le Hiéromoine Gabriel : LA MERE DES VIVANTS, La représentation de la Mère de Dieu dans l'icône de Ascension et sa signification ecclésiale. On en trouvera un résumé dans un article publié par le même auteur, Le Christ Grand-Prêtre et la Nouvelle Ève, dans la revue Paix n° 63, à propos de la relation entre la femme et le sacerdoce ministériel. A la suite de Vladimir Lossky et de Léonid Ouspensky, cet auteur met en relation l'icône de l'Ascension avec celle de la Pentecôte. La glorification ultime de la Mère de Dieu a eu lieu, historiquement, lors de la Pentecôte, comme pour les autres disciples, sans qu'aucune anticipation de cette descente hypostatique de l'Esprit n'ait été possible avant la Résurrection du Christ. L'Esprit Saint vient à ce moment reposer sur elle en plénitude comme Personne divine ; il porte alors à son ultime aboutissement le cheminement dans la Grâce de la Mère de Dieu. Ce cheminement, accompli à la suite de son Fils, a commencé lors de l'Annonciation, laquelle ne pouvait constituer une fin en soi, et s'est accompli parallèlement à l'engagement de son Fils vers l'ultime Pâque de la Nouvelle Alliance, à travers sa prédication, sa Passion, sa Résurrection et son Ascension. C'est, entre autres choses, tout ce cheminement qu'exprime l'icône de l'Ascension de manière synthétique, comme archétype de la marche de l'Eglise vers le Second Avènement, au-delà du simple événement historique. (Note de l'Editeur)

Kondakion, t. 6

Ayant accompli en notre faveur ton œuvre de salut, après avoir uni les cieux et la terre et les hommes avec Dieu. * dans la gloire,  Christ notre Dieu, tu montas vers le ciel * sans pour autant nous délaisser, * mais restant toujours parmi nous * et disant à ceux qui conservent ton amour : Je suis toujours avec vous * et personne à jamais ne peut rien contre vous.

Ikos

Laissant à la terre les terrestres soucis, * à la poussière ce qui est fange et rebut., * venez, sortons du sommeil et portons vers le haut nos yeux et nos cœurs, * élevons aussi nos regards et nos pensées de la terre vers les portes du ciel, * comme si nous étions sur le mont des Oliviers, * les yeux fixés sur le Rédempteur emporté par la nuée, * c'est de là que le Seigneur est parti pour le ciel, * c'est là aussi qu'aux Apôtres il distribua ses dons largement, * leur donnant force et comme un Père les consolant, * les conduisant comme des fils et leur disant : Je ne m'éloigne pas de vous, * je suis toujours avec vous * et personne à jamais ne peut rien contre vous.

HOMELIE
L'ASCENSION DU SEIGNEUR

(Luc 24,36-53)

St Luc nous a donné deux récits de l'événement de l'Ascension (Luc 24,50-53 et Actes 1,9-11) qu'en dehors de lui la finale de Marc seule signale d'un mot (Mc 16,19). Le premier récit de Luc ne dit même pas que Jésus est monté aux cieux, mais seulement qu'il quitta ses disciples en les bénissant. A la fin de son Evangile, Luc a voulu demeurer dans le vague afin d'introduire son récit circonstancié du début des Actes.
Depuis Pâques, Jésus avait surtout parlé aux disciples du Royaume de Dieu. Puis, dans les derniers jours de la Quarantaine, il leur avait laissé entendre qu'un grand événement allait se produire en leur faveur à Jérusalem. Simultanément, il leur prescrit une mission précise de prédication par toute la terre après cet événement mystérieux qui les revêtira d'une Force venue d'en haut (Lc24,49), de ce Souffle Saint de Dieu qui doit les baptiser d'un baptême de feu et non plus d'eau comme avait été celui de Jean que Jésus lui-même avait reçu dans le Jourdain (Actes 1, 8).
Il n'en fallait pas davantage pour porter au paroxysme l'espérance messianique encore très humaine des disciples. Ceux-ci savaient que l'ère messianique se caractériserait par le débordement de cette toute-puissance du Souffle divin qui, par son feu purificateur, opérerait le jugement final (Mt3,11 ; Lc3,17). Dans leur impatience, ils questionnaient Jésus et leur interrogation est tout à fait révélatrice à la fois de leurs espérances, de leurs illusions et du malaise en lequel ils se trouvent : « Est-ce en ce moment-ci que tu établis le Royaume en faveur d'Israël ? ». Ils ont cru comprendre que Jésus leur annonçait comme imminente cette ultime manifestation que, simultanément, d'autres indices ou paroles de Jésus semblaient différer : le pressentiment de son nouveau départ, l'élargissement de cette nouvelle œuvre de prédication. Et la réponse de Jésus ne dut guère les satisfaire. Car elle est évasive et équivoque.
Jésus savait parfaitement que les disciples ne pouvaient être instruits que par le choc existentiel des événements. Il se borne à les préparer à ce choc. Ils recevront le Souffle divin qui les portera, témoins du Ressuscité, en dehors même des frontières d'Israël auquel naguère encore ils restreignaient le Royaume. Quant à la nature exacte de ce dernier, c'est le secret du Père. Et sur ces mots, il les quitte en s'élevant en l'air. Aussi habitués qu'ils dussent être depuis Pâques aux allées et venues d'un corps ressuscité, ils durent être tout de même assez stupéfaits de cet insolite départ. Jusqu'ici, Jésus disparaissait (Cf. Lc24,31 ). Cette fois, c'est sous leurs yeux qu'il s'élève en un mouvement qui indique bien un transfert vers un autre monde. Ils en demeurent le nez en l'air ! Et voici qu'une apparition les avertit que, cette fois, c'est un départ définitif, et qu'ils ne verront plus Jésus avant son retour décisif.
Il nous semblerait qu'à cette annonce leur cour eût dû se contracter douloureusement. Or, Luc nous dit qu'ils rentrèrent à Jérusalem «avec une grande joie» (Lc24,53). C'est parce qu'ils ont cru comprendre que ce départ de Jésus serait de très courte durée et qu'il serait assez vite suivi de l'inauguration des derniers temps avec le don du Souffle de Dieu. Ce serait l'événement décisif qui leur ferait rejoindre leur Maître dans sa gloire de Ressuscité et consacrerait l'événement de son Royaume glorieux.
Ce que les disciples ne pouvaient alors savoir, nous, nous le savons : Jésus est remonté auprès de son Père afin que vienne l'Esprit Saint. Désormais, le mode de présence ici-bas sera le Saint-Esprit. Ce sera ce qu'on pourrait appeler paradoxalement la présence dans l'absence. Ceci doit nous faire comprendre que l'expérience chrétienne n'est pas psychologique (du moins dans son essence), mais pneumatique. L'expérience que nous avons à faire est celle du Saint-Esprit et chacun saint qu'en grec «Esprit» se dit «Pneuma». Ce qui ne va jamais sans la souffrance, la prière et l'ascèse. Cette expérience peut avoir des contrecoups, des retentissements dans notre affectivité. Mais nous ne devons jamais confondre cette dernière, « humaine trop humaine», avec le Saint-Esprit ! Les belles liturgies, les volutes parfumées de l'encens, le beau chant liturgique, les beaux vêtements des célébrants, rien de tout cela ne doit être l'occasion d'un retour sur soi-même générateur d'une complaisance envers des émotions agréables et susceptibles de produire la jouissance de notre conscience religieuse par elle-même. Le Ressuscité a quitté cette terre afin que le Saint Esprit de son Père qui, de toute éternité repose sur Lui, le Fils Unique-Engendré, vienne opérer en chacun d'entre nous une greffe divinisatrice, nous fasse pénétrer dans l'Acte générateur éternel de son Père sur Lui.
L'Ascension n'a de sens qu'en fonction de la Pentecôte. Les disciples avaient pourtant été prévenus et, deux mille ans plus tard, que faisons-nous de cet avertissement salutaire ? dans l'intimité de la dernière scène : «Il est de votre intérêt que moi je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, le Paraclet ne viendra pas à vous. Si je vais, je lui donnerai mission auprès de vous» (Jn16,7). Le «Paraclet» est, en quelque sorte, dans saint Jean, le nom propre du Saint-Esprit. Il signifie «celui qui se tient à côté» de quelqu'un pour le défendre, le conseiller, le consoler, le réconforter, le soutenir. Parlant de l'Ascension nous ne pouvons que faire déjà référence à la Pentecôte.

Père André Borrély

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Publié dans Liturgique

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