Pentecostaire

Publié le par Père Jean-Pierre

Dimanche 29 avril 2007 : 4è dimanche après Pâques

Dimanche du Paralytique

Ton 3 ; Matines : 4è Evangile

Epître : Ac 9, 32-42 ; Evangile : Jn 5, 1-15

Sauveur, mon Dieu et mon Seigneur * voulant ressusciter les mortels déchus * Tu es venu sur la terre comme un homme * pour guérir les maladies de tous en ta grande miséricorde * Tu es allé à la porte des brebis * Tu as par ta parole guéri le paralytique * couché depuis trente-huit ans.
Te voyant, le paralytique mort avant la tombe t'appela * Seigneur, aie pitié de moi * Car ma couche est devenue mon tombeau. Que me rapporte la vie ? La piscine des brebis m'est inutile * Car il n'y a personne pour me prendre quand les eaux se soulèvent * Mais je viens à Toi, la source des guérisons pour dire avec tous : Seigneur tout Puissant, gloire à Toi. Comme Tu as relevé le paralytique, Seigneur * relève à ton ordre mon âme cruellement paralysée par tant de fautes * Que, sauvé, je puisse Te dire Christ compatissant, gloire à ta puissance.

Textes liturgiques orthodoxes

Texte à méditer

L'Evangile de ce jour nous montre le Seigneur en train de guérir miraculeusement un paralytique de la ville de Jérusalem. Les guérisons miraculeuses des malades sont une preuve inéluctable que le Seigneur est véritablement Dieu-Homme, notre divin Sauveur. «Le paralytique, semble-t-il, n'avait ni parents ni autres membres de famille. Et il ne se trouva ni homme compatissant, ni ami pour s'occuper de son sort de malade. Comment est-ce possible ? Et pourtant il en fut malheureusement ainsi : pas un seul ami. L'ami ! Voici une réalité qui est honorée du plus profond des siècles... Tel est l'ami : celui qui édifie, console, corrige, soutient, donne de la joie»

Métropolite de Nikala GEORGES in Lumière à mes pieds, Athènes 1965, pp. 21-25).

Kondakion, t. 1

A mon âme tristement paralysée * par mes péchés et mes transgressions * veuille, Christ, comme au Paralytique de jadis * en ta divine providence accorder la guérison * afin que, délivré, je puisse te chanter : * Dieu de tendresse, gloire à ta puissance infinie.

 

Ikos

Toi qui tiens en ta main tout l'univers. * Seigneur Jésus co-étemel à ton Père divin * et partageant avec l'Esprit le pouvoir souverain, * tu apparus dans la chair guérissant les maladies et chassant les passions, * aux aveugles tu as rendu la clarté, * tu as fait surgir le Paralytique par ton verbe divin, * lui ordonnant aussi de marcher et de prendre sur ses épaules son grabat, * avec lui nous te célébrons et chantons : * Dieu de tendresse, gloire à ta puissance infinie.

HOMELIE
LE PARALYTIQUE DE BETHESDA

(Jean 5,1-15)

La lecture liturgique et ecclésiale, le troisième dimanche après Pâques, du passage du quatrième évangile nous relatant la guérison par Jésus du paralytique de Béthesda, se justifie doublement.
D'abord, tout comme le Grand carême a pour origine la préparation des catéchumènes au baptême dans la nuit de Pâques, le temps pascal est le temps liturgique au cours duquel la sainte Eglise parachève la catéchèse de ses enfants nouveaux-nés, les «illuminés» de la nuit de Pâques, les nouveaux baptisés.
Or, cette guérison du paralytique a une résonance incontestablement baptismale: la croyance selon laquelle celui qui descendait le premier dans la piscine des brebis, à Béthesda, y était guéri, l'Eglise l'a utilisée liturgiquement pour nous parler du baptême pascal où le néophyte est descendu dans la piscine baptismale pour en remonter (pour en ressusciter!) né de nouveau, re-né.
La paralysie de l'infirme de Béthesda est un cas désespéré : il est dans cet état depuis trente-huit ans. Il est le symbole de l'humanité tout entière qui, laissée à ses propres forces, ne peut que vivoter d'une vie morte mais non point vivre, ce qui s'appelle vivre. Et le Christ guérit cet infirme, c'est la Vie elle-même, c'est le Dieu Vivant devenu l'un des hommes et qui vient se pencher sur cette humanité pécheresse et déchue pour la faire renaître, pour l'arracher à la mort, ainsi que nous le montrent les icônes de Pâques : piétinant les portes de l'Hadès (disposées en forme de croix), le Ressuscité prend par la main Adam et Eve, l'Homme et la Femme, l'Humanité. Et, en hébreu, hawa, « Eve », signifie : la Vivante. Il les arrache aux ténèbres de l'Hadès et les amène à la lumière fulgurante de sa résurrection.
En second lieu, la lecture liturgique de ce texte johannique en temps pascal se justifie pleinement par le fait que toute paralysie, partielle ou totale, de notre corps, nous «parle» de notre mort qui se profile à l'horizon de toutes nos joies, de tous nos succès, de toutes nos espérances. La position normale d'un cadavre est la position allongée et l'un des signes cliniques de la mort est la rigidité. Inversement la preuve qu'un homme est bien vivant, c'est qu'il peut se tenir debout et se déplacer. Le vingtième canon du premier concile œcuménique (Nicée, 325), que nous serions bien inspirés d'un peu mieux respecter, dit qu'il ne faut pas « plier le genou le dimanche et aux jours du temps de la Pentecôte» : un chrétien qui croit à la résurrection avec tout son corps et non point seulement avec ses hémisphères cérébraux, c'est un homme debout. Et quand Jésus ressuscite, il se relève de la mort. L'Un de la Trinité est devenu l'un des hommes pour nous rejoindre en tout, hormis le péché, dans notre condition désembrayée de Dieu. Il a donc voulu connaître même cette paralysie intégrale qu'est toute mort. Et Pâques, c'est la victoire de la filiation divine de Jésus de Nazareth sur cette paralysie effroyable dont la perspective nous désespère, nous révolte et nous affole.
Il est ressuscité pour faire de chacun de nous un vivant, pour nous guérir de toute paralysie spirituelle. Car enfin, en quoi consistent, le plus souvent, nos pauvres existences ? Nous sommes paralysés par les œuvres à faire, par le temps «perdu» (Proust) qui fuit et par la crainte angoissée du futur, par la mort qui vient, par la maladie qui nous manifeste impitoyablement que notre vie galope ventre à terre vers son terme dernier. Nous sommes paralysés par le regret du passé, de notre enfance qui n'est plus, de notre jeunesse que jamais plus nous ne retrouverons. Le Christ ressuscité, lui, vient essentiellement libérer notre liberté. Il vient nous donner la joie de laisser s'écouler le temps sans s'agripper pour le retenir, de n'avoir d'autre sécurité que le dessein inconnu de son Père sur chacun d'entre nous. Ne plus être des paralytiques, c'est consentir, onéreusement, certes, mais salutairement, à tout perdre afin de tout posséder, c'est accepter, dans la foi vive et l'amour, d'être délivré de soi pour se livrer tout entier à l'Amour. C'est ouvrir le fond de notre être personnel à notre Père céleste dans la démission de soi-même. C'est le fait de bondir dans la jubilation de n'être rien parce que le Ressuscité est tout ; dans l'allégresse d'être dépouillé de tout parce que, dans le Ressuscité, tout est retrouvé ; dans l'exultation d'être inutile parce que le Ressuscité seul est nécessaire. Le contraire du paralytique c'est l'homme libre, l'homme libéré par le ressuscité. Et il n'est de fondement inattaquable à notre liberté (à l'égard du temps, de la corruption et de la mort) que dans la résurrection du Vivant, dans l'événement de Pâques.

Père André Borrély

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Publié dans Enseignement

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