Tewfik Aclimandos : « La société égyptienne est de moins en moins ouverte »

Publié le par Père Jean-Pierre

2/01/2011 19:03

 La Croix

S’il n’y a pas de volonté du pouvoir égyptien d’abandonner les coptes, ces derniers font cependant les frais de politiques qui leur sont défavorables

ENTRETIEN
Tewfik Aclimandos, chercheur associé à la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France

"La Croix" : L’attentat d’Alexandrie intervient-il dans un contexte de moindre tolérance de la société égyptienne à l’égard des coptes ?

Tewfik Aclimandos : La société égyptienne est de plus en plus crispée, de moins en moins ouverte à ce qui n’entre pas dans la norme, même si le débat d’idées reste vif et la communauté des intellectuels très mobilisée. 

La dégradation du climat confessionnel en est une des illustrations. Le communautarisme gagne les deux communautés, musulmane et chrétienne. Les violences restent le fait de petites minorités, mais qui ont de grosses capacités de nuisance.

Il n’y a pas de jour sans que les tensions communautaires ne fassent l’actualité, qu’il s’agisse de l’autorisation de construction d’églises, d’histoires de cœur interconfessionnelles ou de la réforme des manuels d’enseignement : quel discours tenir sur les coptes et le christianisme dans un enseignement très islamisé ? Le sujet déchaîne les passions.

Il y a aussi au quotidien des disputes de quartier, et surtout le dossier des conversions qui entretient un climat délétère, car la conversion de l’islam vers le christianisme ou inversement pose problème. L’opposition du Patriarcat copte au divorce a créé une situation impossible. 

Certaines femmes chrétiennes fuguent pour pouvoir assumer leur relation amoureuse avec un musulman. Des hommes et des femmes se convertissent à l’islam pour pouvoir divorcer. Le sujet a pris une tournure passionnelle depuis que deux femmes de prêtres ont disparu après avoir été soupçonnées de conversion.

Les autorités égyptiennes soutiennent-elles les coptes ?

Elles feront, c’est certain, tout pour retrouver les coupables de l’attentat. Sont-elles dépassées par les événements ? D’un côté, on voit bien qu’elles sont embarrassées par le dossier confessionnel : elles sont ainsi incapables de régler la question de la construction d’églises. D’un autre, on ne peut pas dire qu’il y a une stratégie globale délibérée pour « lâcher » les coptes. 

Nous sommes dans une situation où se mettent en place plusieurs stratégies aux effets secondaires parfois très pervers. Ainsi dans le cadre de la lutte contre les Frères musulmans pour les empêcher d’accéder au pouvoir, les mouvements salafistes ont été encouragés, or ceux-ci sont ouvertement antichrétiens. 

Certains bons candidats coptes aux élections n’ont pas été soutenus par le parti au pouvoir car jugés incapables de battre les Frères musulmans. Tout cela nourrit le ressentiment.

Recueilli par MARIE VERDIER

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