Saint Païssy Velitchkovsky: Le Parchemin/ Six Chapitres sur la Prière Mentale (XIV)

Publié le par Père Jean-Pierre

DIMANCHE 20 FÉVRIER 2011

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Saint Païssy Velitchkovsky: Le Parchemin/ Six Chapitres sur la Prière Mentale (XIV)


CHAPITRE VI
Le commencement de l'apprentissage de la divine prière de l'intellect dans le cœur.
Jadis, cette très sainte activité de la prière dmentale, rayonnait en plusieurs endroits où les Saints Pères avaient leurs demeures. De ce fait, en ce temps-là, il y avait aussi beaucoup de maîtres experts en cette activité spirituelle. Pour cette raison aussi, nos Saints Pères, quand ils écrivaient à ce sujet, ne parlaient que du bénéfice spirituel inexprimable qui en procédait, n'ayant nul besoin, comme je le pense, de disserter sur l'expérience de cette activité qui convient aux débutants. Et même si certains ont écrit à ce sujet quelquefois, cela était très compréhensible seulement pour ceux qui avaient l'expérience de cette activité, car pour ceux qui n'en avaient pas l'expérience, c'était tout à fait incompréhensible. Mais certains des Saints Pères, quand ils virent que des instructeurs véritables et confirmés de cette activité commençaient à être peu nombreux, et craignant que les premiers pas de cette prière mentale ne soit perdus, décrivirent, aussi le commencement et l'expérience de cette prière, la manière selon laquelle un débutant devrait l'apprendre, comment il devrait entrer avec son intellect dans le pays du cœur puis y former là cette prière avec l'intellect en vérité et sans erreur. Le divin enseignement des Pères concernant ce sujet, est exposé ici.
Saint Siméon le Nouveau Théologien parle ainsi à propos du commencement de cette activité : "L'attention vraie et détrompée, et la prière consiste en ceci que durant le temps de la prière l'intellect gardee le cœur et demeure toujours en lui, c'est-à-dire que, depuis les profondeurs du cœur, le cœur doit envoyer une prière au Seigneur. Et quand il goûte avec le cœur que "le Seigneur est bon" (Ps. 33 : 8) et se réjouit avec douceur, l'intellect ne sort plus du lieu du cœur. Et avec l'apôtre, il dit : "Il est bon pour nous d'être ici" (Matt. 17 : 4). Et examinant sans cesse les lieux du cœur, il acquiert une certaine moyen de chasser toutes les pensées de l'Ennemi qui y ont été semées". Et plus loin il parle encore plus clairement de cela : "Assis dans une cellule silencieuse dans un coin choisi, fais en sorte de faire ce que je te dis : Ferme la porte et élève ton intellect au-dessus de tous soucis, et presse ton menton sur ta poitrine, mouvant l'œil des sens en harmonie avec l'intellect. Retiens l'inspiration par le nez afin de ne pas expirer trop fort, et efforce-toi de trouver mentalement l'endroit où est le cœur en toi, où il est naturel que tous les pouvoirs de l'âme soient situés. 
D'abord tu trouveras là, ténèbres et rude grossièreté. Mais, si tu continues a faire cela nuit et jour, tu obtiendras - ô merveille - la joie incessante"*. Et plus loin il parle plus clairement de ceci comme suit : "Aussitôt que l'âme a trouvé le lieu du coeur, immédiatement elle voit ce qu'elle n'a jamais vu auparavant : elle voit de l'air au milieu du coeur et celui-ci est entièrement brillant et rempli de discernement. Et à partir de ce moment-là, peu importe d'où vient une pensée, avant qu'elle n'entre et ne prenne forme, elle est immédiatement bannie et détruite par l'invocation de Jésus-Christ. De là, l'intellect, se souvenant du mal fait par les démons, élève contre eux une colère naturelle, les poursuit et jette à terre les adversaires spirituels. Et vous apprendrez aussi d'autres choses avec l'aide de Dieu, en gardant l'intellect et en gardant Jésus dans le coeur. (Homélie 68 "Sur les trois formes de l'attention et de la prière") 
Saint Nicéphore le Jeûneur, enseignant avec encore plus de clarté ce qui concerne l'entrée de l'intellect dans le cœur dit : "D'abord, que ta vie soit une vie de silence, sans soucis, et en paix avec tous. Puis en entrant dans ta chambre, enferme-toi et assis dans un coin, fait ce que je te dis : tu sais que ce que nous inspirons, n'est autre que cet air; nous ne l'expirons que par le cœur. Et c'est la cause de la vie et de la chaleur du corps. Le cœur draine l'air, afin de laisser partir sa chaleur par la respiration et d'avoir de la fraîcheur. La cause de cette activité, ou plutôt son serviteur est quelque chose de léger, qui, créé très infime par le Créateur, comme une sorte de soufflerie, aspire aisément et expire ce qui l'entoure, c'est-à-dire, l'air. De cette manière, le cœur, tirant sa fraîcheur, à l'aide de l'air et laissant sortir la chaleur, accomplit sans discontinuer la fonction pour laquelle il fut établi au sein de la vie. 
Alors, étant assis et concentrant ton intellect, force-le à entrer dans le cœur avec la respiration. Et quand il entre là, ce qui s'ensuit ne sera pas sans joie et sans bonheur". Et plus loin : "De ce fait, ô Frère, entraîne ton intellect à ne pas sortir trop vite de là; car il trouvera cela très ennuyeux à cause de la claustration et du confinement intérieur. Mais quand il s'habituera il ne supportera plus de s'aventurer ailleurs à l'extérieur, car le Royaume des Cieux est en nous, et quand nous l'examinons là, et que nous le cherchons par la prière pure, alors tout ce qui est extérieur devient vil et haïssable. Si immédiatement comme je l'ai dit, tu entres avec l'intellect dans le lieu du coeur que je t'ai indiqué, alors remercie Dieu et glorifie-Le, réjouis-toi et continue cette activité sans discontinuer et tu apprendras ce que tu ne sais pas. Et tu dois savoir aussi que l'intellect ne doit pas rester silencieux et oisif, mais doit avoir comme activité et labeur incessant ces paroles : "Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi" ; et il ne doit jamais cesser cette activité. Cela empêche l'intellect d'être étouffé et le préserve de l'atteinte et des pensées de l'Ennemi, et l'élève chaque jour dans l'amour et le désir divin. Mais si, ô Frère, après avoir œuvré longtemps, tu ne peux pas entrer au pays du cœur, comme nous te l'avons ordonné, fais ce que je te dis et avec l'aide de Dieu tu trouveras ce que tu cherches."

 
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après 
THE SCROLL 
Containing 
SIX CHAPTERS ON MENTAL PRAYER
By Our Father of Blessed Memory [saint] 
STARETZ PAISIUS VELITCHKOVSKY
Orthodox Word
Saint Herman of Alaska Brotherhood,
Platina,
California, USA
1972
*
(Gravure de saint Païssy: 
Dominique Aymonier-Lopez)
*


*Dans la traduction russe des Homélies de Saint Siméon le Nouveau Théologien, l'évêque [saint] Théophane le Reclus fait à ce moment du texte une remarque sous forme de note, prévenant le lecteur que ces techniques, à cause du manque de guides spirituels peuvent engendrer de fâcheuses conséquences. Il doit donc être bien compris que la pratique des techniques exposées dans le chapitre VI ne doit pas être détachée des conditions indispensables exposées au chapitre IV : il faut au minimum être sous l'obédience (la direction spirituelle) d'un père spirituel dans un monastère.
Pour les laïcs, ces techniques peuvent être réduites à une simple pratique que l'Evêque Théophane expose ainsi : "Il s'agit surtout d'acquérir l'habitude de garder l'intellect dans le cœur. On doit faire descendre l'intellect depuis la tête jusqu'au cœur, et le planter là, c'est-à-dire acquérir l'habitude d'une prière sans distraction qui peut être acquise en général commodément en cheminant dans la Voie de Dieu par le labeur de la prière, et surtout par la fréquentation de l'Eglise".

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